
dimanche 21 octobre 2007
Le
« bouddhisme engagé » fait partie du renouveau spirituel caractérisant
le bouddhisme en Asie du Sud-Est, et tout particulièrement en
Thaïlande, depuis quelques décennies. Sont directement impliqués des
moines de forêt, des nonnes, des responsables d’entreprises et diverses
personnalités. Parmi ces dernières le plus connu est sans aucun doute
Sulak Sivaraksa.
S’engager pour la paix
Manifestation en Thaïlande
en faveur des birmansLe « bouddhisme engagé » fait partie du renouveau
spirituel caractérisant le bouddhisme en Asie du Sud-Est, et tout
particulièrement en Thaïlande, depuis quelques décennies. Sont
directement impliqués des moines de forêt, des nonnes, des responsables
d’entreprises et diverses personnalités. Parmi ces dernières le plus
connu est sans aucun doute Sulak Sivaraksa qui, toutes proportions
gardées, peut être considéré comme le « Aung San Suu Kyi thaïlandais ».
Sulak SivaraksaSulak est en effet le plus actif militant de ce
pays, critique du régime en place et théoricien du « bouddhisme
engagé » au sein de l’INEB (Réseau International des Bouddhistes
Engagés) dont il est l’initiateur. Agé de soixante-sept ans il a,
pendant trente-cinq ans, combiné une ouvre intellectuelle provocatrice
avec un infatigable travail sur le terrain en Thaïlande. Il a mis en
place des projets de développement rural, de nombreuses organisations
non gouvernementales ayant pour objet d’explorer, en Thaïlande et dans
le monde, des modèles de développement soutenables, enracinés dans la
tradition, et fondés sur l’éthique et la culture spirituelle.
Régulièrement, Sulak a été persécuté par les diverses dictatures
qui ont gouverné la Thaïlande à de nombreuses reprises depuis 1932. Il
a connu l’exil, la prison, les procès, les intimidations, et toutes les
difficultés inhérentes à une vie de contestation. Sulak a été nominé à
deux reprises, en 1993 et en 1994, pour le Prix Nobel de la Paix. Il
est venu en France à la fin de l’année 2000, dans le cadre d’un congrès
sur le bouddhisme à L’UNESCO, pour exposer son action qui consiste
essentiellement à inclure les principes bouddhiques de base, la
compassion et la sagesse, dans les comportements économiques, éducatifs
et politiques, dans un esprit de responsabilité globale. C’est ce qu’il
nomme le développement de « ariya vinaya », la conduite noble (ou la
conduite des esprits nobles).
Ariya Vinaya« Dans la pensée et la pratique bouddhiques le
concept d’ariya fait référence à la qualité devant guider le chemin
vers l’Eveil et la vie noble. L’essence de vinaya réside dans la
compréhension de la vérité éternelle au sujet du noble chemin. Par
conséquent ariya vinaya est un processus dynamique de notre pensée et
de notre action, et le mode de vie menant à la plus haute réalisation.
C’est une révolution et un combat quotidien pour le changement à
l’intérieur de nous-même. Les implications de ce changement sont
pertinents à la fois pour l’individu et la société. Cette lutte
ininterrompue implique de reconnaître nos traits négatifs telles que
l’avidité, la haine et l’ignorance. En termes d’idéal, ariya vinaya est
une approche holistique de la paix, du développement, et de la vie en
société, fondée sur une conception bouddhique du monde (...)
Ariya vinaya est une vision bouddhique du monde qui est
particulièrement pertinente en raison des problèmes auxquels nous
sommes confrontés aujourd’hui. Les problèmes tels que la pauvreté, le
sous-développement, la violence structurelle, les guerres, la
transformation dans les relations entre l’homme et la nature, et les
conséquences du modèle de développement adopté, ne peuvent pas être
compris simplement en termes de politique gouvernementale. Il est
urgent de reconnaître la crise spirituelle qui engloutit l’humanité.
Par conséquent les réponses passeront nécessairement par des moyens
spirituels. Il n’est pas obligatoire que vinaya soit statique. C’est
également un processus continuel d’introspection qui doit provoquer de
nouveaux aperçus et fournir de nouvelles interprétations à nos valeurs
et traditions. Ceci permettra non seulement d’en préserver la
continuité mais également d’assurer leur pertinence pour notre époque
et les situations changeantes (...)
Dans une perspective bouddhique,
la signification de liberté est beaucoup plus large
que l’interprétation occidentale.Il n’y a aucun doute que les valeurs de démocratie,
liberté et égalité sont ancrées dans nos anciennes traditions. Dans une
perspective bouddhique la signification de liberté est beaucoup plus
large que l’interprétation occidentale. La notion bouddhique inclut le
fait d’être libéré de l’avidité, de la haine et de l’ignorance. Mais de
quelle façon pouvons-nous traduire la libération individuelle en termes
de liberté collective au sein de nos sociétés ? C’est ici que je
reconnais les obstacles humains au nom de la religion, de la culture et
des systèmes sociaux. De ce contexte naissent la nécessité et la
signification de la justice. Cette idée de justice est fondamentale et
pertinente pour comprendre le sens de la liberté et de l’égalité dans
une société. L’oligarchie aux Etats-Unis, la démocratie de l’élite en
Occident, et l’Inde en tant que plus grande démocratie au monde, sont
de pauvres reflets de notre idée de justice dans une démocratie
politique. Le combat, par conséquent, ne peut être défini en termes de
modernité contre tradition. Dans le combat pour réaliser la liberté,
l’égalité et la justice nous rétablissons tout simplement la vérité et
la base de vie qui fut déniée à l’humanité ordinaire. Il y a une forme
de sacré dans notre reconnaissance de la vérité. La reconnaissance de
la souffrance est le début de la connaissance. »
ConclusionsSulak Sivaraksa vise dans toutes ses actions à
impliquer largement tous les responsables religieux, au sujet desquels
il est tout particulièrement critique. Lors d’une récente conférence
aux Nations Unies il déclarait : « Les responsables religieux peuvent
aisément être la proie de l’illusion et de l’arrogance. Fréquemment ces
personnalités succombent à la séduction de l’Etat, de l’argent ou de la
gloire, et ainsi ferment-ils les yeux sur les souffrances des pauvres
et des personnes marginales. Ils affichent parfois un mode de vie
luxueux et ostentatoire. Tout simplement, ils ne vivent pas ce qu’ils
prêchent. Si nous devenons de bons compagnons pour de tels responsables
religieux ils peuvent redécouvrir les vertus d’humilité et de
simplicité et peuvent s’efforcer de réduire leur hypocrisie. Ils
peuvent même acquérir un niveau élevé sur le plan éthique et religieux,
refusant de faire des courbettes au pouvoir politico-économique. »
Divers groupes d’étude et d’action sont directement affiliés à
l’INEB, International Network of Engaged Buddhists, ces groupes ayant
pour but de replacer les valeurs bouddhiques au sein des activités de
la société en impliquant directement les communautés laïques et
monastiques, chacune dans leur rôle respectif. De nombreux autres
organismes (associations interreligieuses, de développement, de chefs
d’entreprises, etc. ) collaborent également à ses actions. Tout ceci
contribuant à créer un véritable mouvement de régénération au sein du
bouddhisme en Thaïlande qui, pour de nombreuses raisons (entre autres
du fait de son statut de « religion d’Etat »), s’enlise lentement dans
la sclérose.
Extrait d’un texte de Michel-Henri Dufour
www.buddhachannel.tv
Un site français sur le bouddhisme engagé :
Karuna
» Le renoncement, entre désir et volonté
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