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Ethique de Vie - Ne jamais abandonner les autres

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Ethique de Vie - Ne jamais abandonner les autres

Message par Admin le Sam 03 Juin 2017, 13:55



Ne jamais abandonner les autres





8 mars 2017 – Pavillon du Meunlam, Bodhgaya

Aujourd’hui, dans son enseignement sur l’Ornement de la précieuse libération, le Karmapa aborde la partie qui traite des huit bienfaits de la bodhicitta intentionnelle. En premier lieu, la bodhicitta intentionnelle donne accès au mahayana. Ce qui fait de nous un pratiquant du mahayana est que nous avons en nous la bodhicitta intentionnelle. C’est ce qui distingue le chemin du mahayana, ce qui indique qu’une personne a une vraie compassion.

Et ce qui fait de notre compassion une grande compassion est l’ampleur de notre résolution : nous voulons faire le bien de l’infinité des êtres sans exception, leur apporter le bonheur et les libérer de la souffrance. Si nous pouvons assumer cette responsabilité, alors notre compassion est grande ; sinon, nous ne faisons que répéter des paroles creuses.

La bodhicitta intentionnelle est aussi la base de tout l’entraînement d’un bodhisattva. Elle est si puissante que, si nous parvenons à la maintenir, nous pouvons même reprendre des vœux de pleine ordination que nous avons brisés. Garder les vœux de libération individuelle (pratimoksha) par contre, ne nous permettrait pas de reprendre les voeux de pleine ordination de façon parfaite. Des quatre forces qui permettent de réparer les fautes, la bodhicitta intentionnelle est la plus grande en terme de pouvoir du support. La bodhicitta intentionnelle est aussi la graine qui, en se transformant, offre une racine stable pour l’état de bouddha.

La bodhicitta intentionnelle apporte un mérite incommensurable, et par ailleurs,  l’abandonner a des conséquences énormes : cela apporte la souffrance, une capacité moindre à faire le bien d’autrui et un retard dans l’obtention du plein éveil. Le Karmapa ajoute qu’il a lu dans un manuel d’instructions que si la bodhicitta intentionnelle se détériore, les conséquences négatives en sont aussi immenses que vaste est l’espace ; il y a donc à la fois de grands dangers et de grands bienfaits.

Le 10e sujet et le dernier de ce chapitre ‘L’Adoption correcte de la bodhicitta’ traite des causes qui nous font perdre la bodhicitta que nous avons cultivée. Comme c’est un point crucial de la pratique, le Karmapa y consacre un peu de temps. Le Karmapa explique : « La bodhicitta n’est plus là quand nous abandonnons un être. L’engagement de ne pas se détourner des autres êtres est l’engagement majeur concernant le vœu de bodhisattva. » Les bodhisattvas se vouent à aider les autres, mais s’ils se détournent d’eux, comment peuvent-ils leur être bénéfiques?

Puis le Karmapa ajoute : « Comment mesurons-nous, ou comment définissons-nous ce qu’est abandonner autrui? » Dans son commentaire sur Le Flambeau qui illumine le chemin vers l’éveil d’Atisha, le 4e Gyaltsap Rinpoché (Drakpa Dœndroup, 1550-1617) écrit qu’abandonner les êtres signifie que votre esprit n’est pas capable de se réjouir pour eux. L’ami spirituel Kadampa Potowa dit que si, pour une raison quelconque, quelqu’un nous irrite, ceci signifie que nous perdons notre affection et notre compassion pour cet être. Le Karmapa donne alors un exemple extrême d’abandon d’autrui, en parlant de deux personnes ordinaires qui se disputent et se disent l’une à l’autre :’Dans cette vie, nous ne pourrons jamais être ensemble, et quand nous mourrons, nous serons enterrés dans deux cimetières différents.’ A une échelle différente, il donne l’exemple de la pensée ‘Si l’occasion se présente, je n’aiderai pas cette personne’. Ou ’Si on peut supprimer une faute chez cette personne ou un obstacle, je ne le ferai pas’. Ces exemples illustrent ce qu’on entend par perdre notre affection pour quelqu’un et l’abandonner.

Dans son explication approfondie des pratiques préliminaires, Jamgœn Kongtrul Lodreu Thayé cite Pouchoungwa qui parle des trois conditions qui doivent être réunies pour que le vœu soit rompu : 1) l’autre doit souffrir ; 2) il n’y a personne pour l’aider ; 3) nous avons la capacité de le protéger ou de l’aider. Quand ces trois conditions sont réunies et que nous n’aidons pas, c’est ce qui s’appelle abandonner le vœu de bodhisattva. L’ami spirituel Chèn Ngawa dit que, si nous pensons qu’il est impossible que nous nous entendions avec une autre personne, que nous ne pourrons jamais être en accord, ceci signifie l’abandonner.

Le Karmapa continue de citer d’autres auteurs et parle du maître Kadampa Shonnu Gyéchok (ou Kœnchok Soumgui Bang), qui était aussi un disciple de Jé Tsongkhapa, et qui a écrit le commentaire le plus important en tibétain du Flambeau qui illumine le chemin vers l’éveil. Il a écrit que, si nous pensons que la larve d’un pou est si petite et insignifiante que la tuer ne fait aucune différence, c’est abandonner les êtres. Nous n’accordons pas de valeur à leur vie ou nous ne nous rappelons pas que même cet être minuscule souhaite le plaisir et veut éviter la souffrance. Un pou et un éléphant sont différents en taille mais identiques en cela qu’ils ont tous deux une force vitale ; le simple fait que l’un soit plus gros ne le rend pas plus important.

Le Karmapa résume en disant qu’abandonner les êtres et rompre notre vœu de bodhisattva ne signifie pas abandonner tous les êtres : abandonner un seul être veut dire que nous nous sommes détourné de notre vœu de bodhisattva. Si nous n’éprouvons ni affection ni compassion, et pensons ‘Même si je pouvais aider cette personne, je ne le ferai pas. Même si je pouvais lui éviter le danger, je ne le ferai pas,’ alors nous rompons notre vœu de bodhisattva.

Atisha a mentionné trois types d’êtres à ne pas abandonner : 1) ceux qui nous ont aidé ; 2) ceux qui nous font du tort ; 3) un être qui souffre véritablement. Le premier cas est le plus facile à respecter car nous éprouvons de la gratitude envers ceux qui nous ont aidé. Le deuxième est plus difficile et il nous faut comprendre que nous sommes lié à ceux qui nous causent du tort à travers le mûrissement de notre karma. Ici, à l’évidence, nous devons croire au karma comme cause et résultat : si nous avons fait du mal à quelqu’un dans le passé, le résultat est qu’on nous fera du mal dans le futur. Qu’on nous fasse du mal n’est pas bon, mais nous devons considérer l’être humain dans son ensemble, et en tant que tel, cette personne souhaite le bonheur et veut éviter la souffrance, tout comme nous ; aussi ne devons-nous pas perdre le sentiment de respect que nous avons pour elle ni arrêter de l’estimer. Le troisième cas proposé par Atisha est de ne pas abandonner un être qui souffre. Quand nous voyons la souffrance, nous devons penser à sa cause – le karma et les différentes perturbations -, ce qui fait naître en nous une grande compassion et un grand amour. N’abandonnant pas cette personne, nous pensons :’Comme ce serait merveilleux si elle était libérée de la souffrance et de sa cause ?’

2017.03.08

Le Karmapa souligne que l’entraînement à n’abandonner aucun être est mentionné en premier car il fournit la base pour le vœu de la bodhicitta intentionnelle. Il introduit alors la réflexion du 1er Karmapa : même si quelqu’un fait souffrir votre corps ou prend vos biens, si vous continuez de l’aider et de prendre soin de lui sans désespoir ni tristesse, c’est ce qu’on appelle ne pas abandonner un être. Laisser tomber notre propre bien pour penser d’abord aux autres, ceci requiert un vrai courage. Si nous nous focalisons sur notre propre succès ou sommes attaché à notre corps ou à nos possessions, il est difficile d’aider continuellement les autres ; il nous faut donc relâcher notre saisie de nous-même.

Le Karmapa cite alors un exemple tiré des enseignements Kadampa sur les étapes du chemin : votre maison prend feu et vous vous précipitez à l’extérieur. Sur le pas de la porte, alors que vous avez un pied dedans et un pied dehors, vous vous souvenez des autres personnes qui sont à l’intérieur et vous pensez :’Me sauver ne suffit pas. Il y a les autres que je dois protéger,’ et alors vous retournez à l’intérieur pour les secourir. Les grands bodhisattvas pensent ainsi ; pour les êtres ordinaires, c’est difficile en raison de leur fixation sur eux-mêmes. Pour y remédier, nous devons faire tout notre possible pour développer la réalisation de l’égalité de nous-même et des autres, car nous éprouvons tous le plaisir et la douleur.

Avec ce remède et cet exemple très clair de ce que ne pas se détourner des autres signifie, le Karmapa conclut sa présentation sur l’Ornement de la précieuse libération pour ce matin.

Source : http://www.kagyuoffice-fr.org/17e_karmapa/


_________________
«Il ne faut jamais blâmer la croyance des autres, c'est ainsi qu'on ne fait de tort à personne. Il y a même des circonstances où l'on doit honorer en autrui la croyance qu'on ne partage pas.»[ Bouddha ]

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