Forum Bouddhiste: L'Arbre des Refuges

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    un peu d'histoire

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    Invité
    Invité

    un peu d'histoire

    Message par Invité le Dim 20 Déc 2009, 04:32

    1. Histoire du bouddhisme
    ancien



    1.1.
    Introduction


    Après
    son apparition vers les –VI siècle, le bouddhisme a fleuri en Inde pendant 12 à
    13 siècles avant de décliner et finalement de disparaître vers le VIII siècle.





    Ses
    véritables origines sont incertaines, perdues à travers les légendes. Dans
    l’ensemble, l’histoire du bouddhisme indien est très mal connue. Un fait
    certain est l’expansion du bouddhisme sous le règne d’Asoka (milieu du –III
    siècle), qui le favorisa après s’être converti. Toute l’histoire de la
    philosophie bouddhique en Inde est sans doute solidaire de l’histoire
    politique.


    1.2.
    Le Bouddha et ses successeurs


    Le
    Bouddha a révélé la Loi (dharma) et
    établit la communauté (le samgha).
    Le bouddhisme ancien est avant tout une doctrine de moines, puisque seuls les
    moines peuvent parvenir à la délivrance. Après la mort du Bouddha, un concile
    de 500 Arhats fut réuni à Rajagrha par Mahakasyapa, homme hautement estimé du
    Bouddha mais d’un caractère rigide et intolérant. Ananda, le
    fidèle disciple du Bouddha, seul à avoir entendu et mémorisé tous les discours
    du maître, ne pouvait y participer : bien que parfaitement au point sur la
    théorie, il n’était pas arhat. Il se
    retira dans la solitude et atteignit très vite cette condition d’arhat. Il deviendra ensuite le personnage principal du samgha jusqu’à la fin de sa vie.


    Le
    bouddhisme s’étendit vers l’Ouest. Les divergences doctrinaires se
    multiplièrent et 100 ans après la mort du Bouddha, un nouveau concile de 700
    arhats fut réuni pour circonvenir une crise. Mais les dissensions continuèrent
    en s’aggravant et différentes « sectes » existaient déjà vers -350.
    Cependant, les relations entre ces sectes n’étaient généralement pas mauvaises.
    De plus la rivalité poussa l’ensemble du mouvement bouddhique à un
    approfondissement doctrinal.


    Le
    moine Mahadeva proclama cinq points sur la condition de l’arhat (il peut être séduit en rêve, il a encore de
    l’ignorances et des doutes, …) qui rabaissa le niveau de cette condition. Très
    vite, la communauté se divisa entre partisans (Mahasamghika) et adversaires (Sthavira) de Mahadeva.


    1.3.
    Asoka


    Le
    grand évènement de l’histoire du bouddhisme fut la conversion d’Asoka, qui régna de -274 à -236. Bien qu’il prit le
    pouvoir grâce à un fratricide, il fut le plus vertueux des souverains de
    l’Inde. Il se convertit au bouddhisme à la suite d’une guerre impitoyable.
    Malgré sa grande dévotion pour le Bouddha, il fit preuve d’une très grande
    tolérance pour toutes les autres religions. Il propagea partout le bouddhisme,
    envoyant des missionnaires jusque en dehors des frontières de l’Inde. Cet élan
    missionnaire dura pendant les siècles suivants, le bouddhisme gagnant ainsi la
    Chine (+I siècle) et le Japon (+VI siècle).


    Sous
    le règne d’Asoka, les Sthavira connurent
    une nouvelle division à propos de la théorie que « tout existe », les
    choses passées, présentes et futures. Les novateurs, Sarvastivadin, se réfugièrent au Cachemire et introduisirent le
    bouddhisme dans la région himalayenne.


    1.4.
    Evolution du bouddhisme


    Le
    bouddhisme original, Theravada, est
    initialement un mouvement purement philosophique qui se transforma petit à
    petit pour donner dans le Grand Véhicule une religion pleinement évoluée
    satisfaisant les aspirations des dévots. Le panthéon hindou est absorbé,
    transposé, et la conception même du Bouddha se transforme.





    Toute
    l’histoire des philosophies de l’Inde est dominée par le dialogue
    brahmanisme-bouddhisme. L’apparition du bouddhisme a déclenché des polémiques
    et des discussions sans fin qui ont permit un développement et une mise au
    clair des concepts du brahmanisme. Le bouddhisme a donc été un ferment pour
    toute la pensée indienne. Le brahmanisme en sortira vainqueur, approfondi et
    enrichi par son apprentissage et ses emprunts au bouddhisme.


    1.5.
    La fin du bouddhisme en Inde


    Au
    V-VI siècles, la philosophie bouddhiste est encore très vivante. Le problème
    vient du fossé de plus en plus grand qui sépare le petit nombre de bouddhistes
    éduqués de la masse non éduquée et attirée vers l’hindouisme.





    La
    lutte philosophique avec le brahmanisme continue. Dinnaga est le premier
    bouddhiste à attaquer sérieusement les problèmes logiques et épistémologiques
    qu’avait déjà traité l’hindouisme. Ses résultats sont d’autant plus
    inacceptables pour l’adversaire. Le Vedanta de Sankara cherche à intégrer à sa
    philosophie la doctrine bouddhique de l’avidya en vidant les phénomènes de toute participation à l’Etre absolu, et
    par là même de toute réalité. Malgré cela, Sankara se présente comme l’ennemi
    par excellence du bouddhisme.





    Après
    le VIII siècle, le bouddhisme ancien déclina rapidement. Avec le Mahayana et le
    retour des masses bouddhistes aux divinités, les différences avec l’hindouisme
    sont moins prononcées. Certaines communautés ont fusionné avec la société
    hindoue ambiante, les autres ont été fragilisées. L’absorption du bouddhisme
    est surtout facilitée par l’essor des cultes théistes et des sectes dans
    l’hindouisme. Il a même eu parfois à subir des persécutions.


    Finalement
    le bouddhisme disparut de l’Inde, mais survécu sous une forme quelque peu
    altérée dans d’autres pays, en Chine, au Japon ou au Tibet par exemple.


    Seule
    à Ceylan la secte des theravadin survécu
    jusqu’à nos jours, perpétrant un bouddhisme archaïque fidèle à l’ancienne
    tradition. L’influence de la secte s’est étendue au Siam, en Birmanie, au
    Cambodge et au Laos.

    Invité
    Invité

    un peu d'histoire 2

    Message par Invité le Dim 20 Déc 2009, 04:35

    2. Le Bouddha


    2.1.
    Aspect historique de la vie du Bouddha


    Il
    serait né vers -558. De caste noble, appartenant à l’illustre lignée des
    Gautama, Siddhârta reçoit le surnom de Sakyamuni. Il se marie à l’âge de 16 ans et reçoit une éducation soignée, mais
    quitte le palais à 29 ans. Après 6 ans d’une vie d’errance et d’ascétisme dans
    le bassin moyen du Gange, cherchant la délivrance à la transmigration, il vécu
    son éveil sous un arbre (l’arbre de Boen -523 à 35 ans. A partir de là, il
    prêcha le reste de sa vie et mourut très malade à 80 ans, en -478.





    Il
    se proclame « éveillé » (buddha),
    guide et maître spirituel. Il reprend alors la route pour transmettre sa
    découverte, donnant naissance à une communauté de moines mendiants d’origines
    très diverses. Sa prédication a pour but la délivrance des hommes par rapport à
    la transmigration.


    2.2.
    Aspect légendaire de la vie du Bouddha


    La
    vie historique du Bouddha a été transfigurée à des dimensions mythologiques,
    comme toujours avec les grandes figures religieuses.





    Une
    légende prétend que le boddhisattva (l’
    « être à l’éveil ») a choisit lui-même ses parents, sa conception et
    sa gestation sont immaculées. Le mythe illustre que, dès sa naissance, le
    Bouddha transcende le Cosmos.


    Siddhârta reçoit l’éducation d’un prince, et est très
    brillant. Il épouse à 16 ans deux princesses des pays voisins, dont l’une lui
    donne un fils au bout de 13 ans. Il s’enfuit peu de temps après la naissance de
    ce fils (la tradition indienne ne permet le renoncement au monde qu’après la
    naissance d’un fils ou d’un petit-fils) car il a perdu la joie de vivre en
    contemplant et méditant sur la vieillesse, la maladie et la mort. Il veut
    délivrer l’humanité de ces trois maux.


    Symboliquement,
    les dieux accompagnent Siddhârta dans le début de son voyage en endormant les
    gens du palais, ainsi qu’au travers de son écuyer, mais très vite Siddhârta le
    renvois. Il devient un ascète itinérant sous le nom de Gautama (le nom de sa famille). Durant un an, il reçoit
    l’enseignement d’un maître brahmanique (et apprend la Samkhya),
    puis d’un maître yoga, dont il maîtrise également les enseignements très rapidement.
    Puis pendant six ans, suivit de cinq disciples, il s’adonne aux plus sévères
    mortifications. Arrivé à la dernière limite, il comprend l’inutilité de
    l’ascèse en tant que moyen de délivrance. Ses cinq disciples le quittent alors.


    Il
    reçoit alors une offrande de nourriture de la part d’une femme, et prend le nom
    de Sakyamuni. Il s’assoit au pied d’un
    arbre pour méditer. Là, il subit l’assaut de Mara, « la
    Mort », qui craint la découverte du Salut, ce qui sonnerait la fin de son
    royaume. Mais la Mère Terre se porte garante de Sakyamuni lorsque celui-ci la
    toucha de sa main droite, avec le geste devenu classique de la mythologie
    bouddhique. Mara est vaincu.


    Sakyamuni
    atteint alors l’éveil en trois veilles. Dans la première, il parcourt les
    quatre stades de la méditation et embrasse les mondes et leur devenir. Dans la
    seconde, il contemple ses vies antérieures et les existences infinies des
    autres. La dernière veille constitue la boddhi, l’Eveil, car il saisi la loi qui rend possible le cycle
    de naissances et renaissances, loi dite des « 12 productions en dépendance
    mutuelle ». Il découvre aussi les conditions nécessaires pour stopper ce
    cycle. Il possède alors les quatre « Nobles Vérités », il est devenu buddha, l’« Eveillé ».


    Mara
    tente une nouvelle fois Bouddha en lui proposant d’entrer immédiatement dans le
    parinirvana, ce qu’il refuse car il veut
    d’abord enseigner sa doctrine.


    Bouddha
    retrouve ses disciples, qui se convertissent. Dès lors, les conversions se
    multiplient, dont deux religieux éminents, Sariputra et Maudgalayana, ainsi
    qu’un ascète, Mahakasyapa.


    Le
    Bouddha fonde des communautés, et voyage beaucoup.


    Arrivé
    à l’age de 72 ans, son cousin Devadatta lui demande de lui abandonner la
    direction de la Communauté, ce que Bouddha refuse. Devadatta essaye alors de le
    tuer, sans succès. Il crée ensuite un schisme, en prônant une ascèse plus
    radicale, sans réel succès non plus.


    Très
    malade de la dysenterie, il réunit ses fidèles et leur demande s’ils ont encore
    des doutes au sujet de la Loi et de la Discipline. Nul ne répond. Il prononce
    alors ses dernières paroles : « C’est à vous que je m’adresse, ô
    moines mendiants : la périssabilité est la loi des choses ; ne
    relâchez pas vos efforts ! ». Il s’éteint trois nuits après. Ses
    funérailles ont suscité de nombreuses légendes.


    2.3.
    Les contemporains du Bouddha


    Au
    début du –VI siècle, l’Inde a connu une période religieuse florissante,
    comparable à la Grèce à la même époque. A côté de la tradition brahmanique
    existaient de très nombreux ascètes errants de tout types : yogins,
    magiciens, dialecticiens, matérialistes, nihilistes, … On ne connaît presque
    rien de la majorité de ces sramanas
    (« ceux qui font des efforts »).


    Ils
    s’interrogeaient tous ou presque sur le mécanisme des transmigrations. Ils
    usaient de pratiques très diverses, certains se réunissent en sectes, qui
    dureront plus ou moins longtemps.





    Les
    six adversaires du Bouddha étaient tous les six des « chefs de
    communauté » ou « fondateurs de secte », dont Mahâvîra qui fut, parmi les contemporains du Bouddha, la
    personnalité religieuse la plus importante, en tant que fondateur du jaïnisme.


    Le
    Bouddha considérait Maskarin Gosala comme son plus dangereux rival. Ce dernier
    était un puissant magicien. Ancien disciple de Mahavira, il fut le chef des Ajivika. Il se distinguait par un rigoureux fatalisme :
    « L’effort humain est inefficient ». Tout être doit parcourir son
    cycle à travers 8 400 000 éons, pour qu’à la fin la délivrance se
    produise spontanément. Les Ajivika
    allaient nus, et mendiaient leur nourriture. Beaucoup se laissaient même mourir
    de faim.


    2.4.
    Nature du Bouddha et les cultes qui
    lui sont rendus



    Initialement,
    on n’adressait pas de prières au Bouddha, car il était vain de lui demander des
    biens périssables et illusoires dont il prêchait sans cesse le renoncement.


    Mais
    rapidement des différences apparaissent dans les écoles quand à la nature même
    du Bouddha. Pour les Sthaviravadin,
    Sakyamuni était un homme qui s’est fait Bouddha, et par conséquent devint
    « dieu ». Mais pour d’autres, cette historicité est humiliante. Ils
    voient Sakyamuni comme un avatar d’un Bouddha existant déjà depuis de nombreux
    cycles cosmiques.





    Un
    culte aux reliques du Bouddha ou des saints (les stupas) apparaît au niveau populaire. On retrouve la même
    dévotion concernant les statues ou les lieux saints. Les divers objets ou
    activités appartenant à la vie du Bouddha sont susceptibles de faciliter le
    salut du fidèle grâce à la grandiose et irréversible action sotériologique de
    l’Eveillé.


    Bouddha
    fut d’abord représenté sous une forme aniconique : la trace de son pied,
    l’Arbre, la Roue. Puis vers le +I siècle les statues apparaissent. Il rayonne
    alors de lumière, lumière qui est depuis le Rig Veda l’image de l’esprit.

    Invité
    Invité

    un peu d'histoire 3

    Message par Invité le Dim 20 Déc 2009, 04:39

    3. L’enseignement du Bouddha


    Le
    bouddhisme primitif est essentiellement une doctrine de salut, la « voie
    de la délivrance » par excellence. Il vise à libérer l’être vivant de
    l’existence, car toute existence est nécessairement pénible, à briser
    l’enchaînement des vies qui se succèdent sans fin, car on ne meurt que pour
    renaître. Bouddha emprunte et développe l’analyse des maîtres Samkhya et Yoga,
    tout en rejetant leurs présuppositions théoriques, en premier lieu l’idée du
    Soi (purusha, atman).





    L’Univers,
    les dieux, la vie, tout n’est qu’ensemble de phénomènes physiques, biologiques
    ou psychiques en perpétuelle transformation. Le monde est continuellement créé
    par les actes bons ou mauvais des hommes. Le bouddhisme refuse de voir en une
    divinité un Dieu créateur, Eternel et Souverain. Les dieux ne sont pas niés,
    mais ils sont vus comme des sortes d’êtres supérieurs quoique limités.


    Tout
    ce qui existe est impermanent (anitya),
    car tout est « vide » (sunya) de « soi » (atman). Il n’y a pas d’« âme ». Aucun élément n’est permanent, immuable
    ou éternel, ni dans les êtres ni dans les choses. L’absence d’âme ou de Soi au fond du cœur de l’homme répond à l’absence de
    Dieu ou d’Etre Suprême au-dessus de l’univers. L’être est définitivement seul.


    Le
    bouddhisme est la seule religion dont le fondateur ne se déclare ni le prophète
    d’un Dieu, ni son envoyé, et qui rejette même l’idée d’un Etre Suprême.
    Religion sans Dieu, sans âme et sans culte, le bouddhisme prétend faire appel à
    la raison et à la compréhension, et non à la foi aveugle. Le bouddhisme se veut
    une thérapeutique de l’esprit et rien d’autre.





    Le
    Bouddha attribua sa réalisation et tout ce qu’il acquit et accomplit, au seul
    effort et à la seule intelligence humaine. La situation humaine est suprême
    selon le bouddhisme. L’homme est son propre maître et il n’y a pas d’être plus
    élevé, ni de puissance qui siège, au-dessus de lui, en juge de sa destinée. Le
    principe de responsabilité individuelle
    indique que l’homme doit se libérer, par son propre travail et sa propre
    intelligence, de toute servitude.


    L’enseignement
    bouddhiste vise à conduire l’homme à la sécurité, à la paix, au bonheur, à la
    compréhension du Nirvana. Le bouddhisme n’est pas une philosophie pessimiste,
    mais plutôt réaliste. Il est tout à fait opposé à une attitude d’esprit mélancolique,
    triste, sombre et morose, qu’il tient pour un empêchement à la compréhension de
    la Vérité. La joie est un facteur d’éveil.





    Le
    bouddhisme met l’accent sur le savoir, la compréhension, la vision, plutôt que
    sur la foi (plutôt aveugle) et la croyance. Il n’y a pas de dogme qui doive
    être cru, la « foi » bouddhique, c’est plutôt la confiance née de la
    conviction. La question de croyance se pose quand il n’y a pas de vision. Se
    forcer à croire une chose ne sert à rien, il faut comprendre. La tolérance
    envers les autres et leurs croyances est primordiale pour la tradition
    bouddhique.


    Il
    n’y a pas de péché selon le bouddhisme : les racines de tout mal sont
    l’ignorance et les vues fausses. Aussi longtemps qu’il y a doute, perplexité,
    incertitude, aucun progrès n’est possible. Mais il doit y avoir doute aussi
    longtemps qu’on ne comprend pas, qu’on ne voit pas clairement.





    Le
    Bouddha affirmait qu’il n’y a pas de doctrine ésotérique dans son enseignement.
    Il était un instructeur pratique et n’enseignait que ce qui apporterait à
    l’homme paix et bonheur. Il ne s’intéressait pas à la discussion de questions
    métaphysiques inutiles, qui sont purement spéculatives et qui créent des
    problèmes imaginaires, et avait sagement mis en garde ses disciples à leur sujet.
    Il leur avait conseillé de ne s’intéresser qu’aux moyens capables de les faire
    avancer sur la voie de la délivrance. Une petite liste canonique de sujets
    proscrits fut établie, dont par exemple : l’éternité et l’infinité du
    monde ou du « soi », la nature de l’être après sa mort, le régime du
    saint entré dans le Nirvana, l’anthropogonie, … Malgré cela, bien vite les
    spéculations intellectuelles se multiplièrent, sur tous les sujets mis à part
    ceux de la petite liste.





    Bouddha
    s’élevait contre l’étalage des « pouvoirs merveilleux » (siddhi), même si lui-même a été amené à effectuer des
    grands miracles lors de la lutte contre les « six maîtres », ses
    rivaux. La priorité est donc donnée à la sagesse (prajna).





    « On
    est son propre refuge. »


    « Etre
    attaché à une chose (à un point de vue) et mépriser d’autres choses (d’autres
    point de vue) comme inférieures, cela les sages l’appellent un lien. »


    « L’enseignement
    est semblable à un radeau qui est fait pour traverser, mais non pour s’y
    attacher. »


    3.1.
    Les textes


    Le
    Bouddha n’a jamais accepté de donner à son enseignement la structure d’un
    système, et son enseignement était oral. Il est très difficile de différencier
    des « écrits originaux » du Bouddha, c'est-à-dire écrit par ses
    fidèles proches, de ceux inventés par les disciples durant les siècles qui
    suivirent. Les textes canoniques du bouddhisme primitif, écrits en pâli, ont
    donné lieu assez tôt à des essais de systématisation (textes connus sous le nom
    Abhidharma) d’une doctrine qui n’avait
    jamais prétendu être une système philosophique.





    La
    « corbeille des sermons » (sutrapitaka) est composé de 4 ou 5 recueils et forme l’ensemble de la doctrine.


    La
    « corbeilles de la discipline » (vinayapitaka) forme le code monastique, divisé en 4 parties
    concernant spécifiquement les moines, les nonnes, les règles générales
    importantes et les règles générales secondaires. L’ensemble forme un
    remarquable ouvrage de droit canon. Chaque école ancienne possède sa propre
    corbeille, avec des différences sensibles, mais sans désaccord profond.


    Plus
    tard, un troisième recueil canonique s’ajouta aux deux autres : la
    « corbeille de la doctrine approfondie » (abhidharmapitaka), qui présente des différences plus notables entre
    les sectes que les 2 autres recueils.





    Vers
    le –I siècle, des traités individuels apparaissent (comme par exemple la Voie
    de la pureté
    , et le Trésor de la
    doctrine Approfondie
    ), des commentaires
    (par exemple le Grand commentaire),
    ainsi que de nombreuses œuvres de genre très divers.


    3.2.
    La première noble vérité : tout
    est dukkha



    Le
    mot dukkha, dans l’énoncé de la première noble vérité, comporte évidemment le
    sens courant de « souffrance », mais il implique en plus les notions
    plus profondes d’« imperfection », d’ « impermanence », de « conflit »,
    de « vide », de « non-substantialité ». Dukkha est la
    souffrance ordinaire de la vie de tous les jours. Dukkha est aussi la
    souffrance causée par le changement. Par exemple, un bonheur s’accompagne
    forcément, au moment de sa cessation, d’une douleur. Dukkha intervient aussi en
    tant qu’état conditionné. En somme, tout ce qui est impermanent est Dukkha.





    « Le
    monde est un flux continu et il est impermanent » : une chose
    disparaît, conditionnant l’apparition de la suivante en une série de causes et
    d’effets. Il n’y a pas de substance invariable. Il n’y a pas de moteur immobile
    derrière le mouvement. Il y a seulement le mouvement.


    3.3.
    La seconde noble vérité est Samudaya,
    l’apparition ou l’origine (de dukkha)



    La
    cause, le germe de l’apparition de dukkha se trouve en dukkha même, cette cause
    n’est pas extérieure : « Tout ce qui a la nature de l’apparition,
    tout cela a la nature de la cessation ». La seconde noble vérité identifie
    l’origine de la souffrance inhérente à l’existence au désir, à l’appétit ou à
    la « soif » de nouvelles jouissances (tanha). C’est cette « soif » qui produit la
    re-existence et le re-devenir. Elle est liée à une avidité passionnée qui
    trouve sans cesse une nouvelle jouissance tantôt ici, tantôt là, à savoir (a)
    la soif des plaisirs des sens, (b) la soif de l’existence et du devenir et (c)
    la soif de la non-existence.


    Le
    terme soif comprend non seulement le désir et l’attachement aux plaisirs des
    sens, à la richesse, à la puissance, mais aussi l’attachement aux idées, aux
    idéaux, aux opinions, aux théories, aux conceptions et aux croyances. Les
    termes « soif », « volition » et « karma » ont
    tous le même sens. Ils désignent le désir, la volonté d’être, d’exister, de
    re-exister, de devenir, de croître de plus en plus, d’accumuler sans cesse.
    Dans le bouddhisme le karma prend le sens spécifique d’ « action
    volontaire ». Toute action qui est appuyée sur une volition produit ses
    effets. L’acte est comparé à une plante qui produit un fruit. Pour qu’un acte
    porte à un fruit, bon ou mauvais, il faut qu’il ait été voulu. Il n’est alors
    même pas nécessaire qu’il ait alors été réellement accompli matériellement.
    Dans la même logique, un acte complètement involontaire ne produit pas de
    fruit. La morale bouddhique est donc une morale de l’intention plus encore
    qu’une morale de l’action.





    La
    soif n’est ni la première, ni l’unique cause de l’apparition de dukkha, mais
    plutôt la cause la plus palpable. Elle n’est elle-même que la conséquence
    d’autres éléments, faisant partie du cycle des causes et des effets. Tous ces
    facteurs sont autant conditionnés que conditionnant, ils sont tous relatifs et
    interdépendants.


    Pour
    supprimer la soif, il faut suivre la voie aux huit membres, c'est-à-dire
    cultiver huit vertus : l’opinion correcte, la pensée correcte, la parole
    correcte, l’activité correcte, les moyens d’existence corrects, l’effort
    correct, l’attention correcte et la concentration mentale correcte. Un libéré,
    bien qu’il continue à agir, n’accumule pas de karma, parce qu’il est libéré de
    la fausse notion de soi. La libération n’est pas lié à une quelconque moralité.
    La théorie du karma est une théorie de causes et d’effets, d’action et de
    réaction ; elle exprime une loi naturelle qui n’a rien à voir avec l’idée
    d’une justice rétributive.





    La
    théorie de production mutuelle (ou
    Production Conditionnée, pratityasamutpada) dit que dans le
    monde, rien n’est absolu. Toute chose est conditionnée, relative et
    interdépendante. Elle décrit l’enchaînement des causes et effets expliquant le
    cycle des vies et renaissances, par l’interdépendance entre l’ignorance, le
    désir et l’existence. La volonté, comme toute autre pensée, est conditionnée.





    « Quand
    ceci est, cela est ;


    Ceci
    apparaissant, cela disparaît ;


    Quand
    ceci n’est pas, cela n’est pas ;


    Ceci
    cessant, cela cesse. »





    Par
    l’ignorance sont conditionnées les actions volitionnelles ou formations
    karmiques ;


    Par
    les actions volitionnelles est conditionnée la conscience ;


    Par
    la conscience sont conditionnées les phénomènes mentaux et psychiques ;


    Par
    les phénomènes mentaux et psychiques sont conditionnées les six facultés (les
    cinq organes des sens physiques et l’esprit) ;


    Par
    les six facultés est conditionné le contact (sensoriel et mental) ;


    Par
    le contact est conditionné la sensation ;


    Par
    la sensation est conditionné le désir (la soif) ;


    Par
    le désir (la soif) est conditionnée la saisie ;


    Par
    la saisie est conditionné le processus du devenir ;


    Par
    le processus du devenir est conditionné la naissance ;


    Par
    la naissance sont conditionnées la décrépitude, la mort, les lamentations, les
    peines, etc.


    3.4.
    La troisième noble vérité est Nirodha,
    la cessation (de dukkha)



    Pour
    éliminer complètement dukkha, on doit éliminer sa racine principale,
    c'est-à-dire la « soif ». On atteint alors le Nirvana, qui n’est pas
    une annihilation du soi, parce qu’en réalité il n’y a pas de soi à annihiler.
    S’il y a annihilation, c’est celle de l’illusion que donne la fausse idée d’un
    soi. Selon le bouddhisme, la Vérité absolue, le Nirvana, est qu’il n’y a rien
    d’absolu en ce monde, que tout est relatif, conditionné et impermanent, et
    qu’il n’y a pas de substance absolue qui ne change pas, qui est éternelle,
    comme le Soi, l’Ame ou Atman, en nous ou hors de nous.





    Celui
    qui a réalisé le Nirvana est l’être le plus heureux du monde. Il est libéré de
    tous les « complexes », de toutes les obsessions, des tracas, des
    difficultés et des problèmes qui tourmentent les autres. Sa santé mentale est
    parfaite. Il ne regrette pas le passé, il ne se préoccupe pas de l’avenir, il
    vit dans l’instant présent. Il apprécie donc les choses et en jouit dans le
    sens le plus pur sans aucune « projection » de son moi. Il est
    joyeux, il exulte, jouissant de la vie pure, ses facultés satisfaites, libéré
    de m’anxiété, serein et paisible. Il est libre de désirs égoïstes, de haine,
    d’ignorance, de vanité, d’orgueil, de tous empêchements, il est pur et doux,
    plein d’un amour universel, de compassion, de bonté, de sympathie, de
    compréhension et de tolérance. Il rend service aux autres de la manière la plus
    pure, car in n’a pas de pensée pour lui-même, ne cherchant aucun gain,
    n’accumulant rien, même les biens spirituels, parce qu’il est libéré de
    l’illusion du Soi et de la « soif » de devenir.


    Les
    possibles imperfections physiologique ou psychologique des délivrés vivants (arhat), et donc d’une déchéance possible, ont été le sujet
    de grandes controverses entre les diverses écoles bouddhiques.





    Le
    langage humain est trop pauvre pour décrire précisément le Nirvana, décevant et
    trompeur quand il s’agit de saisir la Vérité : « Les ignorants se
    laissent enliser dans les mots comme un éléphant dans la boue ». Parfois,
    des descriptions négatives sont utilisées : « l’extinction du désir,
    l’extinction de la haine, l’extinction de l’illusion » ; « La
    cessation de la Continuité et du Devenir est Nirvana ». Le Nirvana n’est
    ni cause ni effet, il est au-delà des causes et des effets. Il y a un sentier
    qui y conduit, mais le Nirvana n’est pas le résultat du sentier. Le Nirvana est
    la Vérité Ultime, il ne peut y avoir autre chose après le Nirvana. L’être
    coïncide avec le non-être.


    Le
    Nirvana est équivalent à la transcendance absolue du Cosmos, c’est à dire son
    anéantissement, comme illustré dans de nombreuses images et symboles. A l’idéal
    archaïque qui est d’assumer une certaine situation existentielle dans un Cosmos
    parfait, le Bouddha oppose l’idéal de l’élite spirituelle qui lui était
    contemporaine : l’anéantissement du monde et la
    « transcendance » de toute situation conditionnée.


    Le
    Nirvana n’est pas un état. L’expression populaire « entrer dans le
    Nirvana » est donc impropre. Le Nirvana peut être réalisé dans cette vie
    même ; il n’est pas nécessaire d’attendre la mort pour y parvenir. Le
    Nirvana est au-delà de la logique et du raisonnement. Un Arhat, au moment de sa
    mort, peut être comparé à un feu qui s’éteint après que le combustible ait été
    consommé.


    3.5.
    La quatrième noble vérité est Magga,
    le sentier (qui conduit à la cessation de dukkha)



    C’est
    le « Sentier du Milieu », car il évite deux extrêmes : l’un
    étant la poursuite du bonheur dans la dépendance des plaisirs des sens ;
    et l’autre étant la recherche du bonheur qui repose sur la mortification selon
    différentes formes d’ascétisme. Mais cette discipline du comportement ne suffit
    pas à déraciner les passions et vices. Les passions et vices, surtout latents,
    sont plus difficiles à vaincre que les erreurs. Il importe avant tout de bien
    connaître ses propres ennemis intérieurs et de choisir avec grand soin les
    armes qui permettront de les vaincre.





    Le
    Sentier du Milieu est aussi nommé « le Noble Sentier octuple » car il
    se divise en huit voies : (1) Compréhension juste, (2) Pensée juste, (3)
    Parole juste, (4) Action juste, (5) Moyens d’existence justes, (6) Effort
    juste, (7) Attention juste, (Cool Concentration juste.


    Ces
    8 voies sont liées entre elles et chacune aide à cultiver les autres, il faut
    donc les suivre de concert. Elles se regroupent en 3 groupes : conduite
    éthique, discipline mentale et sagesse.


    La
    conduite éthique (sila ; voies3, 4
    et 5) est fondée sur la vaste conception d’amour universel et de compassion
    pour tous les êtres vivants, ce qui est la base de l’enseignement du bouddha.


    La
    discipline mentale (samadhi) compte les
    voies 6, 7 et 8. L’effort juste consiste à faire obstacle aux états mentaux
    mauvais, à s’en débarrasser et à cultiver les états mentaux bons. La
    Concentration juste conduit aux 4 étapes de Dhyana.


    La
    Sagesse (prajna) compte les voies 1 et
    2. La pensée juste concerne les pensées de renoncement, de détachement non-égoïste,
    les pensées d’amour et de non-violence étendues à tous les êtres. La voie de la
    Compréhension juste consiste à comprendre les choses telles qu’elles sont
    vraiment, c'est-à-dire les 4 nobles vérités.





    Les
    5 empêchements à la compréhension claire, à tout progrès, sont : les
    désirs sensuels ; la malveillance, la haine ou la colère ; la torpeur
    et la langueur ; l’excitation et le remords ; les doutes sceptiques.


    Les
    7 facteurs d’éveil sont : l’attention ; l’investigation et la
    recherche concernant les divers problèmes sur la doctrine ; l’énergie de
    travailler avec détermination, jusqu’à ce que le but soit atteint ; la
    joie ; la détente du corps et de l’esprit ; la concentration ;
    et enfin l’équanimité, c'est-à-dire être capable de faire face, avec calme,
    sans en être troublé, à toutes les vicissitudes de la vie.





    Certains
    auteurs insistent sur le fait que le long combat contre les passions ne peut
    être mené à bien sans quitter le siècle. Selon eux, il faut renoncer aux liens
    sociaux, aux biens personnels, à la famille pour mener l’existence de moine
    mendiant et vagabond.


    D’autres
    auteurs, au contraire, indique que la voie du milieu peut être suivie sans
    quitter sa vie, c’est une discipline de tout les jours qui s’intègrent tout à
    fait dans une vie active.


    3.6.
    La doctrine du Non-Soi : Anatta


    La
    méditation sur les 2 premières vérités mène à la découverte de l’impermanence, la non-substantialité (anatta) des
    choses et des êtres propres. Contrairement au vedantin, à l’orphique ou au
    gnostique, le bouddhiste ne se sent pas égaré parmi les choses, mais partage
    leurs modalités d’existence.





    Selon
    la philosophie bouddhiste, ce que nous nommons « être »,
    « individu » ou « moi » n’est seulement qu’une combinaison
    de forces ou d’énergies physiques et mentales en perpétuel changement, que l’on
    peut diviser en 5 groupes ou agrégats (skandha). C’est un flux d’apparitions et de disparitions instantanées, il n’y
    a donc pas d’esprit permanent, immuable, qui puisse être appelé
    « soi », « âme » ou « ego ».


    Pendant
    la durée de la vie, les énergies qui nous constituent naissent et meurent à
    chaque instant, et pourtant nous continuons à exister sans un Soi immuable et
    impermanent. C’est une série qui continue sans rupture, mais qui cependant
    change à chaque instant, comme un fleuve. La mort est l’arrêt complet du
    fonctionnement de l’organisme physique, mais la volonté, la soif d’exister, est
    une force formidable, l’énergie la plus puissante au monde. A la mort physique,
    cette énergie ne cesse pas d’exister, elle permet aux l’agrégats de subsister
    jusqu’à ce qu’ils se manifestent sous une autre forme physique.





    Les
    cinq agrégats sont :


    • Le premier agrégat de la
      Matière. C’est l’ensemble des apparences ou du sensible, qui comprend la
      totalité des choses matérielles, les organes des sens et leurs objets.
    • Le second agrégat des
      Sensations, comprenant les sensations physiques ou mentales. Le mental
      n’est pas vu comme opposé à la matière, c’est un organe comme les autre,
      percevant le monde des idées plutôt que le monde physique.
    • Le troisième agrégat des
      Perceptions. Ce sont les perceptions qui reconnaissent les objets
      physiques ou mentaux, c’est-à-dire les phénomènes cognitifs.
    • Le quatrième agrégat des
      Formations Mentales (samskara),
      comprenant tous les actes volitionnels bons ou mauvais. La volition est
      une construction mentale, une activité mentale. Sa fonction est de diriger
      l’esprit dans la sphère des actions bonnes, mauvaises ou neutres. La
      volition est ce que le Bouddha appelle karma. Les sensations et
      perceptions ne sont pas des actes volitionnels : elles n’ont donc pas
      d’effets karmiques.
    • Le cinquième agrégat de la
      Conscience. La conscience est un acte d’attention à la présence d’un objet
      physique ou mental. La conscience dépend de la matière, de la sensation,
      de la perception et des formations mentales, et ne peut pas exister
      indépendamment de ces conditions.






    Ce
    que l’on appelle « Je » ou « Etre » est seulement une
    combinaison d’agrégat physiques et mentaux qui agissent ensemble d’une façon
    interdépendante dans un flux de changement momentané, soumis à la loi de causes
    et d’effets. L’idée du Soi éternel est donc une croyance fausse et imaginaire
    qui ne correspond à rien dans la réalité. Elle est la cause des pensées
    dangereuses du « moi » et « mien », des désirs égoïstes et
    insatiables, de l’attachement, de la haine, de la malveillance, des concepts
    d’orgueil, d’égoïsme et autres souillures, impuretés et problèmes. Les idées
    fausses de Dieu et d’Ame sont si profondément enracinées dans l’homme, elles
    lui sont si proches et si chères qu’il n’aime pas entendre et ne veut pas
    comprendre un enseignement quelconque qui leur soit contraire.


    La
    négation du Soi, sujet des
    transmigrations mais susceptible de se délivrer et d’atteindre le Nirvana,
    entraîna d’innombrables controverses sur lesquelles Bouddha ne voulait pas se
    prononcer. Selon lui, ces questions trouvaient leurs solutions dans
    l’expérience de l’Eveil, elles étaient insolubles par la pensée et au niveau de
    la verbalisation.


    Bouddha
    reconnaissait cependant une certaine unité et continuité de la
    « personne » (pudgala) :
    « Le fardeau, c’est les cinq skandha : matière, sensations, idées, volitions, connaissances ; le
    porteur du fardeau, c’est le pudgala,
    par exemple ce vénérable religieux, de telle famille, de tel nom, etc. ».


    3.7.
    Bhavana, la culture mentale


    L’enseignement
    du Bouddha, particulièrement sa voie de « méditation », vise à
    procurer un état de parfaite santé mentale, d’équilibre et de tranquillité. Les
    formes classiques de méditation ne sont pas rejetées, mais conduisent à des
    états mystiques qui sont des créations et des productions mentales n’ayant rien
    à voir avec le Nirvana.


    La
    culture mentale vise à débarrasser l’esprit de ses impuretés, de ce qui le
    trouble, comme les désirs sensuels, la haine, la malveillance, l’indolence, les
    tracas et agitations, les doutes ; et à cultiver les qualités telles que
    la concentration, l’attention, l’intelligence, la volonté, l’énergie, la
    faculté d’analyser, la confiance, la joie, le calme, conduisant finalement à la
    plus haute sagesse qui voit les choses telles qu’elles sont et qui atteint la
    Vérité Ultime, le Nirvana.





    La
    véritable méditation bouddhique, appelée vipassana pour « vision » de la nature des choses,
    est une méthode analytique basée sur l’attention, la prise de conscience, la
    vigilance, l’observation. Cette méditation ne fuie pas la vie, elle se fait en
    rapport avec elle, avec nos activités quotidiennes. Une première étape
    méditative est « l’attention à la respiration », pour laquelle une
    position assise est nécessaire. Il s’agit simplement de se focaliser pleinement
    sur sa respiration normale. L’exercice améliore les facultés de concentration,
    et procure une grande détente. Les autres formes de méditation peuvent se faire
    debout, voir même en marchant.


    L’une
    d’entre elles consiste à se rendre attentif à tout ce que l’on fait, actes ou
    paroles, dans la routine quotidienne de la vie. La vraie vie, c’est le moment
    présent, et non pas les souvenirs ou les projections dans le futur. Le but est
    de s’oublier complètement et se perdre dans ce que l’on fait. Dès qu’un orateur
    devient conscient de lui-même et pense « je m’adresse à un
    auditoire », son discours est troublé et le cours de ses pensées rompu.
    Toute grande œuvre – artistique, poétique, intellectuelle ou spirituelle – est
    accomplie dans le moment où son créateur est complètement absorbé dans son
    action, où il s’oublie absolument, où il est débarrassé de la conscience de
    soi.


    Une
    forme de méditation concerne notre propre esprit. Il s’agit de le regarder en
    face, posément, et de comprendre ses mécanismes, ses réactions. Il ne s’agit
    pas d’une attitude critique, ni de juger et de discerner ce qui est juste et
    faux ou bien et mal. Il s’agit simplement d’observer, d’être attentif,
    d’examiner. Cela permet une distanciation vis-à-vis des passions et émotions,
    négatives ou positives.


    Une
    autre forme de méditation porte sur les sujets moraux, spirituels et
    intellectuels.





    Le
    moine s’entraîne d’abord à réfléchir perpétuellement sur sa vie physiologique,
    pour prendre conscience de tous les actes qu’il accomplissait jusque-là
    automatiquement. Cette lucidité ininterrompue lui confirme la friabilité du
    monde phénoménal et l’irréalité de l’âme : elle contribue surtout à
    « transmuter » l’expérience profane. Ensuite, le moine peut aborder
    les techniques : les méditations (jhana), les recueillements (samapatti) et les concentrations (samadhi).


    Dans
    le premier jhana, le moine se détache du
    désir et en éprouve joie et félicité accompagnées d’une activité intellectuelle.
    Dans le second jhana, il obtient
    l’apaisement de cette activité intellectuelle et connaît la sérénité. Le
    troisième jhana le détache de la
    joie. Il demeure indifférent, pleinement conscient, et éprouve la béatitude de
    son corps. Le quatrième et dernier jhana lui fait renoncer à la joie comme la douleur, et obtient un état de
    pureté absolue, d’indifférence et de pensée éveillée.


    Les
    4 samapatti poursuivent cette
    purification. Vidée de ses contenus, la pensée est concentrée successivement
    sur l’infinité de l’espace, sur l’infinité de la conscience, sur la
    « nihilité », puis atteint un état qui n’est « ni conscience ni
    inconscience », proche de la catalepsie. Il « touche le
    Nirvana ».


    Les
    samadhi sont des exercices yogiques de
    durée plus limitée qui servent surtout d’entraînement psycho-mental.


    Les
    exercices yogiques doivent être pratiqués pour être complètement compris. Ils
    expérimentent des états de conscience qui se situent au delà des mots. Toutes
    les vérités révélées par le Bouddha devaient être « réalisées » à la
    manière yogique, c’est-à-dire méditées et « expérimentées ».





    On
    distingue 4 étapes dans la voie de la délivrance :


    1. L’« entrée dans le
      courant » est l’étape atteinte par le moine débarrassé de ses erreurs
      et doutes (il ne renaîtra que 7 fois)
    2. L’« unique
      retour », pour celui qui a réduit la passion, la haine et la sottise
      (une seule renaissance)
    3. Le « sans
      retour » pour le moine affranchi complètement des erreurs, doutes et
      désirs (il renaîtra dans un corps de dieu et obtiendra ensuite la
      délivrance)
    4. Le « méritant » (arhat), purgé de toutes les
      impuretés et passions, doué de savoirs surnaturels et de pouvoirs
      merveilleux (il atteindra le Nirvana dès la fin de sa vie)



    3.8.
    La morale bouddhiste et la société


    Théoriquement,
    il n’y a pas de cérémonie ou de baptême pour devenir bouddhiste. Si l’on
    comprend l’enseignement du Bouddha, si on a la conviction que cet enseignement
    est la voie juste et si on s’efforce de le suivre, alors on est bouddhiste.
    Mais, traditionnellement, dans les pays bouddhistes il y a un baptême et une
    cérémonie d‘intronisation. De même, la tradition a introduit des cérémonies
    cycliques. La plus grande de toutes les fêtes bouddhiques a lieu le jour de la
    pleine lune du mois de mai. Elle est connue sous le nom de Vesak, et célèbre la naissance, l’Eveil et la mort du
    Bouddha.


    Il
    n’y a pas non plus de mariage bouddhiste, mais souvent un moine vient prononcer
    une bénédiction à cette occasion, après la cérémonie civile. Par contre les
    moines bouddhistes officient aux cérémonies funèbres et y prononcent un sermon
    de consolation.





    Le
    Noble Sentier Octuple s’adresse à tous, sans distinction. La morale bouddhiste
    induit un respect entre les gens (famille, serviteurs, religieux, …). Il
    enseigne la non violence et la paix : « Jamais par la haine la haine
    n’est apaisée ; mais elle est apaisée par la bienveillance. C’est une
    vérité éternelle. »





    Le
    bouddhisme ne considère pas le bien-être matériel comme une fin en soi ;
    c’est seulement un moyen en vue d’un but plus haut et plus noble. Un certain
    minimum de conditions matérielles est favorable au succès spirituel.
    L’enseignement du bouddha touche aux questions sociales, économiques et
    politiques. Il affirme que la pauvreté est une cause d’immoralité et de crimes.
    Le bouddha suggère de mettre fin à la criminalité en améliorant la condition
    économique populaire. Le Bouddha tenait donc le bien être économique pour une
    condition du bonheur humain, mais un progrès seulement matériel ne rime à rien.





    Les
    10 devoirs du dirigeant : (1) libéralité, générosité et charité ; (2)
    un caractère moral élevé ; (3) sacrifier tout au bien du peuple ; (4)
    honnêteté et intégrité ; (5) amabilité et affabilité ; (6) austérité
    dans les habitudes ; (7) absence de haine, mauvais-vouloir,
    inimitié ; (Cool non-violence ; (9) patience, pardon, tolérance,
    compréhension ; (10) non-opposition, non-obstruction à la volonté
    populaire.

    Invité
    Invité

    un peu d'histoire 4

    Message par Invité le Dim 20 Déc 2009, 04:43

    4. Quelques développements du
    Theravada



    4.1.
    Monachisme


    Les
    laïcs sympathisant gagnaient des « mérites », leur assurant une
    post-existence dans un des différents « paradis », suivie d’une
    meilleure réincarnation. Un fidèle laïc doit respecter 5 préceptes ou
    commandements : s’abstenir de tuer, de prendre ce qui n’est pas donné, de
    commettre l’adultère, de mentir et de boire des boissons fermentées.


    Il
    leur est conseillé de jeûner avec les moines pendant l’uposadha. Mais leur devoir principal est le don aux moines.





    La
    Communauté bouddhique (samgha) est
    organisée par des règles monastiques (vinaya). La vie des moines est fixée dans les moindres
    détails, codifiée, dans les « corbeilles de la discipline ».


    La
    tradition attribue au Bouddha lui-même la formation, à contrecœur, d’un ordre
    de nonnes. Elles sont soumises à des règles plus strictes, et doivent respect
    et obéissance aux moines. Bouddha prétendit qu’à cause de la présence de ces
    nonnes, la Loi, qui devait durer 1000 ans, ne subsistera que 500 ans.





    Les
    futurs moines reçoivent une ordination mineure pour devenir novice, puis une
    ordination majeure qui fait d’eux des moines confirmés





    L’activité
    des moines se réduisait à la méditation, la prédication et à quelques humbles
    besognes (aumônes, entretien des huttes, …). Les moines se réunissent le soir à
    chaque changement de lune pour célébrer l’uposadha.


    Dans
    la mesure du possible des conditions climatiques, ils devaient voyager sans
    cesse, à pied, pour répandre la prédication.





    Les
    moines ne portaient que 3 vêtements de grossière toile ocrée, confectionnés
    avec des haillons ramassés dans la poussière. Les effets personnels étaient
    réduits au plus strict minimum. Ils ne se nourrissaient que des aliments reçus
    comme aumône lors de la collecte matinale, et ne devaient prendre aucune
    nourriture solide entre midi et l’aube du lendemain.


    Bien
    que leur vie était austère, les moines ne se livraient à aucune macération
    inutile.





    Le
    succès de la prédication entraîna une affluence de richesse pour la Communauté,
    sous forme de don, ce qui poussa les moines à la sédentarisation. La vie
    errante fut rapidement abandonnée au profit des monastères. Ceux-ci devinrent
    de plus en plus grands et complexes, de plus en plus richement décorés.


    Même
    si le régime demeurait très frugal, les moines n’étaient plus obligés de
    mendier. Mais les cellules individuelles conservèrent leurs dimensions réduites
    et leur austérité.


    Presque
    tous les moines accomplissaient un ou plusieurs grands pèlerinages. Ainsi les
    relations étaient conservées entre les monastères éloignés.


    Les
    enseignements donnés dans les grands monastères étaient très variés, faisant
    d’eux de vrais centres d’activité culturelle. La puissance économique des
    monastères et la réputation de sagesse des moines leur permis parfois de jouer
    un rôle politique.


    4.2.
    Cosmologie


    Dans
    l’espace sans bornes sont disséminés des milliards de mondes semblables et tous
    peuplés par les mêmes sortes d’êtres. Ils ont la forme d’un cylindre : sur
    le disque supérieur vivent les hommes, les animaux, certains dieux ; dans
    les enfers souterrain (chauds ou froids), les damnés ; dans l’espace
    au-dessus de la surface du monde, la plupart des dieux.


    Chaque
    monde se crée lentement, de lui-même, dure sans grand changement pendant un
    temps, puis retourne progressivement au chaos originel avant de renaître. Le
    même cycle recommence ainsi, sans commencement ni fin.





    La
    matière est formée des 4 éléments, et de matière dérivée (formes, sons, odeurs,
    …). Comme tout le reste, la matière n’est qu’un phénomène transitoire dépourvu
    de véritable substance. Nous sommes dans un univers d’apparence.


    Le
    monde physique possède ses lois propres, indépendantes de celles qui, régissant
    la pensée, obligent les êtres animés à renaître sans fin selon la valeur morale
    de leurs actes. Ainsi les miracles ont un domaine strictement limité et
    relèvent plutôt de l’illusion que de pouvoirs réels exercés sur la matière.


    4.3.
    Les controverses


    La
    théorie de la rétribution automatique des actes est difficilement conciliable
    avec la thèse rejetant l’existence du « soi », du principe vital ou
    de tout autre élément personnel permanent et susceptible de transmigrer d’une
    vie à l’autre. C’est sur ce point qu’insistèrent les adversaires du bouddhisme.
    Les différentes écoles apportèrent des réponses très variées.


    Une
    importante controverse concerna la « vie intermédiaire », vie brève et
    crépusculaire séparant la mort de la renaissance suivante, sujet qui suscita un
    grand intérêt populaire.


    Les
    conceptions touchant la nature du Bouddha (simple homme ou surhomme,
    complètement éteint ou éternel, lui porter un culte ou non ?) ont aussi
    beaucoup divisé.

    Invité
    Invité

    un peu d'histoire 5

    Message par Invité le Dim 20 Déc 2009, 04:45

    5. Le Mahayana, le Grand
    Véhicule



    Une
    nouvelle forme du bouddhisme apparaît en Inde vers le début de notre ère,
    prenant le nom de Mahayana ou
    « Grand Véhicule ». Ses adeptes considèrent avec dédain la forme
    ancienne du bouddhisme, qu’ils trouvent très limité et qu’ils nomment Hinayana,
    ou « Petit Véhicule ».


    Les
    sources du Mahayana sont très mal connues, mais ce nouveau bouddhisme a dû
    dériver d’une secte existante. Les plus anciens ouvrages littéraires sont les prajnaparamitasutra, ou sermons sur la perfection de sagesse. Tous les textes font l’éloge de la perfection (paramita), et de la sagesse (prajna) qui est la vertu essentielle des boddhisattva, et
    qui consiste en la doctrine de la vacuité universelle (sunyata).





    Le
    commun des dévots est très différent de l’élite des penseurs, il y a dont un
    clivage très net entre les vérités empiriques et la réalité vraie, formant deux
    registres de pensée suivant la catégorie de gens auxquels on s’adresse.


    Dans
    les premiers siècles de notre ère, la doctrine du Mahayana tend à se condenser
    en une philosophie à laquelle Nagarjuna
    donne une brillante expression, poussant la théorie de la vacuité universelle à
    son extrême limite.





    On
    sait relativement peu de chose de la vie et de l’organisation des communautés
    du Mahayana.


    La
    secte des madhyamaka, fondée par
    Nagarjuna, se scinda après quelques siècles d’existence en deux branches, la
    première accentuant le côté nihiliste, et la seconde (svatantrika) évoluant vers un aspect plus positif. La secte svatantrika se rapprocha et finira par se scinder avec celle des
    yogacara, l’autre grande secte du
    Mahayana.


    5.1.
    La voie du Boddhisattva


    L’essence
    du Mahayana, par ailleurs très complexe, réside dans la dévotion particulière
    adressée aux boddhisattva, les « Etres destinés à l’Eveil »,
    c'est-à-dire les futurs bouddhas.


    A
    travers eux, le Mahayana a pour but premier de faciliter le salut des laïcs.
    Les fidèles, plus tolérants, n’ont plus pour idéal l’Arhat solitaire, mais le Boddhisattva,
    modèle de bienveillance et de compassion, qui reporte indéfiniment sa
    délivrance pour faciliter le salut des autres. Le Mahayana change radicalement
    l’idéal de l’adepte : on n’aspire plus au Nirvana, mais à la condition de
    Bouddha. Toutes les écoles reconnaissaient déjà l’importance des boddhisattvas,
    mais les mahayanistes lui accordèrent la supériorité sur l’arhat, qui ne s’est pas complètement délivré du
    « moi » à force de trop développer la Sagesse, au détriment de la
    Compassion, pour atteindre un Nirvana propre.





    La
    carrière du bodhisattva commence en prononçant devant un bouddha le vœu
    d’atteindre l’Eveil pour mener les êtres au salut.


    Pour
    accumuler l’énorme somme des mérites nécessaires à l’acquisition lointaine de
    l’Eveil, les boddhisattva suivent une voie en 10 étapes appelées
    « terres » durant lesquelles ils pratiquent à la perfection
    l’exercice des 10 vertus comme la sagesse, le don ou générosité, la patience,
    le renoncement, la moralité, l’énergie, l’habileté dans les moyens de salut, la
    méditation, …





    Certain
    bodhisattva furent particulièrement célèbres. A une certaine époque on
    considéra chacun des grands bodhisattva comme une sorte d’émanation d’un
    bouddha particulier, historique et plus généralement mythique. Les légendes des
    bouddhas et boddhisattva sont nombreuses et généralement d’origine populaire.


    5.2.
    Nagarjuna et la vacuité universelle


    Le
    Mahayana formula la théorie de la « vacuité universelle » (sunyata) héritière de la
    « voie du milieu » prêchée par Sakyamuni. Nagarjuna, le « second Bouddha » (150-250), en fit
    la plus brillante expression. La véritable vie de Nagarjuna est cachée par la
    légende. Il fonda l’école des madhyamaka, ou « partisans de
    l’opinion moyenne ».





    Nagarjuna
    critique et nie par l’absurde les systèmes philosophiques adverses, démontrant
    l’impossibilité d’exprimer la Vérité Ultime (paramarthala) par le langage. Les énergies mentales sont captives
    par le filet du discours. Ainsi tout ce qu’élaborent les théories précédentes
    du bouddhismes n’existent pas ou ne sont que des vues de l’esprit : skandha, désir, karman, samskrta, impermanence,
    … Toute la doctrine du bouddhisme ancien est critiquée, et vue comme un
    enseignement mineur. Nagarjuna prétend donner une nouvelle interprétation de
    l’enseignement du Bouddha. Celle-ci se résume en la vacuité de substance
    propre, qu’il identifie avec la loi de production mutuelle, car la relativité
    d’existence des choses n’est autre que leur vacuité.





    Nagarjuna
    est solidaire de la tradition upanisadique. Partant de la loi de « production
    en dépendance » (ou conditionnée) du Bouddha dont la formule est
    « cela étant, ceci est », il montre que les choses, s’engendrant
    mutuellement et se transformant sans cesse, sont vides de nature propre. Etant vides de nature propre, elles sont incapables
    d’agir et, par conséquent, toute causalité est illusoire, si bien que ni les
    causes ni les effets n’existent. Ainsi, la loi de production mutuelle elle-même
    est aussi vide que les choses qu’elle régie. L’origine des phénomènes
    illusoires, leur cause à laquelle Nagarjuna ne peut échapper, est
    l’ignorance (avidya).


    Nagarjuna
    démontre 8 négations groupées en 4 couples d’opposés : il n’y a ni
    cessation ni production de quoi que ce soit, ni anéantissement ni éternité, ni
    unité ni multiplicité, ni venue ni départ. Il montre aussi que le temps n’est
    qu’une illusion, de même du mouvement et de l’immobilité.


    Le
    Mahayana proclame ainsi l’irréalité, l’inexistence en soi des « choses », des dharma. Les choses ne sont ni existantes ni inexistantes,
    ni composées ni incomposées, mais elles sont seulement vides de nature propre
    et analogues à une espace vide vu comme un absolu. Sa doctrine de la
    « voie du milieu » refuse toute affirmation et toute négation pures,
    elle fait de l’absence de toute réalité propre la réalité absolue, et la seule
    réalité vraie.


    Encore
    plus radical, Nagarjuna nie la différence entre celui qui est lié et le
    délivré, c'est-à-dire entre Samsara et Nirvana. Sans être la même chose, ils sont pourtant
    indifférenciés. Le Nirvana est identique à la véritable nature des choses, qui
    est indépendante de toute autre chose connue directement, dépourvue de toute
    pluralité, indifférenciée, indéterminée, ineffable, calme. Ce Nirvana est
    caractérisé par les 8 négations, il est l’aspect incomposé de la transmigration.


    La
    Vérité Absolue ne dévoile pas un « Absolu » de type vedantin, elle
    est le mode d’existence découvert par l’adepte lorsque celui-ci obtient la
    complète indifférence à l’égard des « choses » et de leur cessation.





    Nagarjuna
    a poussé à l’extrême limite la tendance innée de l’esprit indien vers la coincidenta
    oppositorum
    . L’idéal du boddhisattva garde
    sa grandeur malgré le fait que « tout est vide ». Il inspire la
    charité et l’altruisme bien que, tout en demeurant en Nirvana, il manifeste le
    Samsara. Il sait qu’il n’y a pas d’êtres mais il s’efforce de les convertir. Il
    est toujours plongé dans de profondes extases, mais il jouit des objets du
    désir…


    La
    vacuité ne s’oppose pas à la compassion : elle facilite le détachement du
    monde et conduit à l’effacement de soi.


    5.3.
    Les autres doctrines du Mahayana


    Le
    bouddhisme ancien avait déjà enseigné que tout est vide de « soi »,
    mais le Mahayana va plus loin en soutenant que tout est vide de nature
    propre
    .


    La
    doctrine du « transfert du mérite » (parinama) convie les adeptes à transférer ou dédier
    leurs mérites à l’illumination de tous les êtres.


    La
    doctrine de « l’embryon de Tathagata »,
    assez similaire à l’identité atman-brahman, dit que la nature du bouddha est
    présente au fond de chaque être, de chaque chose jusqu’aux particules de sable.
    C’est cette nature qui nous pousse à (re)devenir Bouddha.


    On
    retrouve aussi la thèse de l’illusion cosmique (maya) : tout est considéré comme un ensemble
    d’apparences trompeuses au piège desquelles se laissent prendre les êtres dont
    l’esprit est obscurci par l’erreur.


    Asvaghosa
    introduit le Tathata (« le fait
    d’être tel »), l’aspect réel des choses par opposition à leur aspect
    empirique. Elle est à la fois négative en ce qu’elle est au-delà de tout ce qui
    est conditionné, et positive en ce sens qu’elle englobe toutes choses. Elle est
    au-delà de toute réalité exprimable, et en cela est vide (sunya). Le schéma causal est assez clair dans la mesure ou
    le Tathata est une sorte d’absolu qui prête aux phénomènes leur apparence
    d’être.





    Ces
    doctrines austères n’empêchent pas une humanité extraordinaire sur le plan
    éthique : Nagarjuna s’adresse aux laïcs en prêchant le don, la
    bienveillance, la patience, la méfiance vis-à-vis des 8 pêchés capitaux, …


    5.4.
    La secte Yogacara


    L’école
    des yogacara, « ceux qui pratiquent
    les méthodes du yoga », fut fondée vers les -400, sûrement par Asangra.
    Elle est aussi nommé vijnanavadin,
    « ceux qui enseigne l’idéalisme », désignant le côté plus
    philosophique de la secte.





    La
    doctrine des yogacara se présente comme
    une vaste synthèse des enseignements bouddhiques anciens et de ceux du
    Mahayana. Asangra et Asvaghosa en sont les penseurs clef.


    La
    doctrine repose que l’affirmation du caractère illusoire de tout ce qui est composé,
    c'est-à-dire de l’univers dans son ensemble. Etant vides de nature propre, les
    choses n’existent qu’en tant qu’objets de la connaissance, que phénomènes
    mentaux et n’ont aucune réalité. Ces phénomènes mentaux laissent des
    imprégnations, qui réagissent les unes sur les autres et produisent de nouveaux
    phénomènes conscients, perceptions et idées. Ainsi s’expliquent à la fois la
    théorie de la maturation des actes et la cohérence de l’univers.





    Les
    connaissables ont trois natures propres : dépendante, imaginaire et
    parfaite. La nature parfaite a pour caractéristique la non-dualité. Asangra
    voit en elle la quiddité de toutes choses et l’identifie formellement avec la
    vacuité universelle.


    Le
    boddhisattva acquiert la connaissance de la nature purement mentale des choses,
    ce qui lui permet de se jouer de la réalité illusoire. La pratique des
    exercices psychiques du type yoga lui permet alors d’agir avec efficacité dans
    l’intérêt des êtres qu’il désire sauver et dans le sien propre.


    Le
    boddhisattva passe par plusieurs phases dans sa compréhension de la doctrine,
    avant de devoir cultiver les diverses vertus (les 10 terres). Il se débarrasse alors de toutes ses souillures et
    atteint l’Eveil.


    A
    sa mort, au lieu de disparaître dans la béatitude du parinirvana, il pénètre dans une extinction spéciale, dite
    instable, qui lui permet de rester pour l’éternité en relation avec les êtres
    plongés dans la transmigration et qu’il a fait vœu de sauver.

    Invité
    Invité

    un peu d'histoire 6

    Message par Invité le Dim 20 Déc 2009, 04:46

    6. Le bouddhisme indien tardif
    ou tantrique



    Une
    vaste synthèse doctrinale a été réalisée vers le VII-VIII siècle. On donne le
    nom générique de tantra, ou
    « fil », aux ouvrages fondamentaux de la nouvelle forme religieuse du
    bouddhisme, elle-même souvent appelée tantrisme. Le bouddhisme
    tantrique disparut de l’Inde après une assez longue période de prospérité.


    Le
    tantrisme emprunte sa base aux sutra du
    Mahayana, en accentuant les éléments légendaires et fantastiques. Sous
    l’influence de la religion populaire et de l’hindouisme, il se charge de magie
    et de dévotion, s’éloignant de la forme austère et rationnelle de ses débuts.
    Cependant, Le bouddhisme tantrique est très monastique et ésotérique, ses
    enseignements, jugés dangereux, étant réservés aux seuls initiés.





    On
    distingue 4 groupes de tantra, selon
    qu’ils décrivent les cérémonies (kriyatantra), la conduite des saints (caryatantra), les pratiques mystiques et magiques (yogatantra), ou la mystique considérée comme suprême (anuttarayogatantra).


    L’hindouisme
    de cette époque possède aussi ses propres tantra, relativement similaires à ceux du bouddhisme mais reposant sur des
    bases différentes.





    Les
    racines du tantrisme remontent très loin dans la préhistoire de la religion
    indienne, dans les croyances et les recettes des sorciers et des ascèses
    passant pour thaumaturges, ainsi que dans la dévotion populaire.


    La
    doctrine repose sur le constat que si, d’une part, tout est vide de nature
    propre et tout est équivalent à tout (identité universelle au sein du monde des
    illusions), et si d’autre part tout n’est que phénomène mental et illusion,
    alors l’imagination et l’esprit possèdent un pouvoir sans limite. Le salut
    n’est atteint que lorsqu’on a complètement assimilé ces vérités.


    Toutes
    les pratiques magiques sont ainsi justifiées, de même que parfois, en se basant
    sur la relativité du bien et du mal, les pratiques les plus scandaleuses. Toute
    une classe de sorciers bouddhiques, les siddha ou « parfaits », se sont ainsi attachés à transgresser les
    lois morales et les préceptes bouddhiques, pour mieux affirmer leur
    affranchissement par rapport au monde des illusions.


    Suivant
    une logique similaire, le dualisme sexuel et l’érotisme sont introduits dans la
    doctrine, prenant à contre-pied les antiques misogynie et chasteté monastique.
    La réalisation de l’unité fondamentale, sous-jacente à la multiplicité des
    choses, est très souvent définie comme résultant de l’union de deux principes
    complémentaires, pas forcément sexuels, mais cette union est souvent
    représentée comme celle de deux êtres de sexe différent. La béatitude née de la
    délivrance est assimilée à la volupté érotique.





    Les
    exercices psycho-physiologiques du yoga jouaient un rôle très important au sein
    du bouddhisme tantrique. En les pratiquant, l’initié identifiait son propre
    corps à l’univers et son esprit à un bouddha ou bodhisattva de son choix. Par
    le pouvoir de son imagination, l’initié pouvait même créer des divinités. Il
    utilisait ensuite les puissances surhumaines de ces personnages, liées à des
    pratiques rituelles et des formules magiques. Il pouvait ainsi méditer sur leur
    signification et pénétrer au sein de la réalité ultime, c'est-à-dire atteindre
    le salut.


    Ces
    exercices yogiques alliaient les méthodes classiques et de nouvelles, qui
    utilisaient la parole (avec des récitations de mantra) ou les gestes (mudra, littéralement « sceaux »).


    Chaque
    syllabe d’un mantra ou chaque geste
    possède un symbolisme très chargé. Les mantra peuvent aussi être visualisés dans des mandala de plus en plus sophistiqués.





    On
    connaît plusieurs écoles de bouddhisme tantrique : Vajrayana (la plus ancienne),
    Sahajayana, Kalacakra, … La secte du Sahajayana préconisait des méthodes innées (sahaja), c'est-à-dire la sublimation des instincts et des
    passions, dont la puissance devait être utilisée pour atteindre la vérité par
    intuition. C’est de cette secte que venaient les grands sorciers siddha, dont Padmasambhava, l’apôtre du Tibet au milieu du VIII siècle.

    Invité
    Invité

    un peu d'histoire 7, 8 et fin (désolé c'était trop long pour poster en une seule fois)

    Message par Invité le Dim 20 Déc 2009, 04:48

    7. Jaïnisme


    7.1.1. Les début du jaïnisme


    Mahâvîra est contemporain du Bouddha. Il parcourait les
    mêmes régions, était issu du même milieu social et avait la même tendance
    anti-brahmanique, mais les deux hommes ne se rencontrèrent jamais.


    Mahâvîra
    est le seul à avoir réussi à fonder une communauté religieuse qui survit encore
    de nos jours : le jaïnisme.





    Comme
    toujours pour les grands personnages, l’existence de Mahâvîra est largement
    enrichie de mythes, et les parallèles avec la vie du Bouddha sont nombreux.


    Il
    est le dernier d’une longue série de 24 Tirthamkara. Il quitte le monde princier à 30 ans en distribuant
    tous ses biens. Il abandonne le port du vêtement, et s’adonne pendant 13 ans à
    la méditation et au plus rigoureux ascétisme. Il obtient finalement l’
    « omniscience », une nuit, sous un arbre au bord du fleuve.


    Il
    continuera la vie errante pendant 30 ans, prêchant sa doctrine. Il meurt, et
    entre au nirvana, à l’age de 72 ans, quelques années avant le Bouddha.





    Le
    canon jaïna a été rédigé vers les -IV – -III siècles. L’enseignement est
    caractérisé par un intérêt pour les structures de la nature, la classification
    et les nombres. Il se distingue également par son ascétisme rigoureux :
    nudité permanente et nombreux interdits.


    La
    doctrine nie l’existence de Dieu, mais pas celle des dieux, qui ne sont pas
    immortels. Les cycles cosmiques se répètent à l’infini. Infini, aussi, le
    nombre des âmes : tout ce qui existe (animaux, plantes, pierres, gouttes
    d’eau, etc.) possède une âme. Tout est régi par le karman, à l’exception de l’âme délivrée.


    Le
    respect de la vie est le premier et
    plus important commandement jaïna. Mais, paradoxalement, la vie humaine est
    dépréciée. La doctrine partage le pessimisme et le refus de la vie qui
    s’étaient manifestés dans les Upanisad. Le karman joue un rôle essentiel : il crée la matière
    karmique qui s’attache à l’âme et la force à transmigrer.


    La
    délivrance s’accomplit par cessation de tout contact avec la matière. La
    méditation de type yogique, pour les moines et nonnes, est la voie pour arriver
    à cette libération.


    7.1.2. Le Jaïnisme après Mahavira


    Mahâvîra
    n’eut que quelques successeurs directs, les derniers omniscients à posséder
    intégralement les textes sacrés. En –77, une rupture eut lieu à la suite d’une
    famine : la communauté se divise en Svetambara, ceux « vêtus de blanc », et Digambara, ceux « vêtus d’espace », plus
    intégristes.


    Un
    dernier concile fut organisé au V siècle par les Svetambra, pour fixer la rédaction définitive des textes
    sacrés. La littérature jaïna est gigantesque, marquée par la monotonie et
    l’aridité. Il n’y a que très peu d’idées nouvelles par rapport aux concepts
    formulés par Mahâvîra.





    La
    doctrine du « point de vue »
    soutient qu’à propos de toute chose on peut émettre plusieurs affirmations
    complémentaires. La doctrine du « peut-être » implique la relativité ou l’ambiguïté du
    réel. Les actes marquent l’âme à la façon d’une teinte, la doctrine est aussi
    une sotériologie.


    L’originalité
    de la cosmologie jaïna tient précisément dans son archaïsme. Elle a conservé et
    revalorisé des conceptions traditionnelles indiennes négligées par les
    cosmologies hindouiste et bouddhiste. En particulier, le Cosmos est
    anthropomorphique : il est figuré comme un homme debout. Il a une série de
    paradis, dans la tête, et d’enfers, dans les membres inférieurs. Notre monde se
    situe au niveau du ventre. Les âmes délivrées rejoignent un des paradis.





    L’anti-brahmanisme
    des moines jaïns est un trait constant. Leurs ouvrages ne sont pas en sanskrit
    car ils veulent se faire comprendre des castes inférieures. Ils se sont donc
    moins directement opposés au brahmanisme que les bouddhistes. Mais le déclin du
    jaïnisme est irréversible à partir du XII siècle. Mais il compte encore de nos
    jours 1 500 000 membres, et grâce à leur situation sociale et à leur
    distinction culturelle, son influence est considérable alors que le bouddhisme
    a complètement disparu de l’Inde.





    8. Bibliographie


    Mircea
    Eliade, « Histoire des religions », 3 tomes, bibliothèque historique
    Payot.


    André
    Bareau, « Le bouddhisme indien », dans Histoire des religions I,
    Folio essai.


    Madeleine
    Biardeau, « Philosophies de l’Inde », dans Histoire de la philosophie
    tome I, Folio essais.


    Walpola
    Rahula, « L’enseignement du Bouddha d’après les textes les plus
    anciens ».

      La date/heure actuelle est Mer 23 Mai 2012, 09:43