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Les six bardos - Bérou Khyentsé Rinpoché

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Les six bardos - Bérou Khyentsé Rinpoché

Message par karma djinpa gyamtso le Sam 08 Jan 2011, 22:01




Bérou Khyentsé Rinpoché


Les six bardos


Ordinairement, l'Occidental considère l'étendue de son existence en termes opposés de vie et de mort, cette dernière étant bien souvent considérée comme l'anéantissement définitif de l'individu, la négation de l'existence. Or, il faut se rappeler que, selon la tradition tibétaine, il apparaît un continuum de l'existence qui n'est qu'une suite d'états de conscience (ou domaines, champs d'expérience) techniquement appelés "bardo*", c'est-à-dire « état intermédiaire ».
Le pratiquant bouddhiste aborde son existence dans la perspective globale des différents bardos (classés en six généralement), de leur continuité et interaction. La mort n'est donc pas l'objet d'une focalisation particulière, mais s'inscrit dans un processus global continu qui est pris en compte dans son ensemble.

* Dans l'enseignement qui suit, l'emploi du terme "bardo" tel quel se réfère plus particulièrement au bardo du devenir.

Bardo est un mot tibétain qui signifie "intervalle". On considère que la totalité du processus existentiel peut être définie en six bardos différents :

- Le bardo de la vie, la part de l'existence qui se situe entre le moment de la conception (l'entrée dans la matrice) et le moment de la mort (les premiers symptômes de la mort).

Au sein même de ce bardo se trouvent deux autres bardos :

- Le bardo du rêve (ou du sommeil).

- Le bardo de l'absorption méditative, qui sont des moments où l'on change d'état de conscience.

- Le bardo du moment de la mort.

- Le bardo du dharmata, le moment où l'esprit expérimente la possibilité de reconnaître sa propre nature.

- Le bardo du devenir, globalement l'intervalle entre une existence et la suivante.

Actuellement, nous sommes dans le bardo de la vie au sein duquel nous faisons l'expérience du bardo du rêve (ou du sommeil) qui se situe bien sûr entre l'instant où l'on s'endort et celui où l'on se réveille.
Si nous pratiquons la méditation, il est possible de faire l'expérience d'un autre type de bardo, l'intervalle de temps s'écoulant entre le moment où nous entrons en absorption méditative et celui où nous en sortons.
Le bardo du moment de la mort commence dès l'apparition des premiers symptômes liés à la résorption successive des principes vitaux et il se termine lors de l'apparition de la Claire lumière fondamentale ; ou bien, pour ceux qui ne la
reconnaissent pas, il se prolonge jusqu'au moment où l'on émerge d'une période d'inconscience totale qui peut durer de quelques heures jusqu'à trois jours.
La durée du bardo du moment de la mort varie de quelques instants à trois ou quatre jours, en fonction de l'état d'esprit du mourant, suivant qu'il a été préparé ou non à ce moment.
Le bardo du dharmata est l'intervalle durant lequel se manifeste la nature fondamentale de l'esprit, nommée Claire lumière, qui ne peut être reconnue que par celui qui en aura développé au cours de son existence la compréhension et l'expérience, à travers la pratique de la méditation.

Il y a trois types de Claire lumière :

- La claire lumière de base, qui est le dharmata, nature fondamentale de tous les phénomènes et de l'esprit.

- La claire lumière du chemin, aperçu de la claire lumière qui se manifeste en l'esprit lors des expériences méditatives au cours de notre existence.

- La claire lumière du fruit, l'expérience de reconnaissance de la claire lumière que l'on peut faire au moment de la mort.

Il est dit que la Claire lumière de base est semblable à la mère, et que la Claire lumière du chemin (celle qui est développée à travers la méditation) est semblable au fils. Et, de même qu'un petit enfant se jette spontanément dans les bras de sa mère dès qu'il la voit, la reconnaissant immédiatement, celui qui a développé la Claire lumière du chemin se fond immédiatement dans la Claire Lumière de base qui se manifeste lors du bardo du dharmata, cette reconnaissance du dharmata étant semblable à la rencontre du fils et de la mère, la Claire lumière du fruit.
La raison pour laquelle les grands méditants meurent en principe en posture de méditation et y demeurent un certain temps est qu'ils font alors l'expérience de cette Claire lumière fondamentale, dont la durée peut varier de quelques instants à plusieurs jours. Pour un être ordinaire, quelqu'un qui n'aura pas médité suffisamment et donc pas développé la Claire lumière du chemin, cette expérience passera totalement inaperçue, et il entrera immédiatement dans le bardo du devenir.
Certains textes ne distinguent que quatre bardos. Quoiqu'il en soit, que l'on parle de quatre ou six bardos, cela n'a pas d'importance car il s'agit de la même chose.

Du bardo du devenir au bardo de la vie

Le processus de transmigration d'un bardo existentiel à un autre diffère suivant le niveau de développement spirituel des individus, quant à la maîtrise, la conscience et la lucidité.
Pour un être totalement éveillé comme un Karmapa par exemple, le processus d'entrée de la conscience individuelle (ou principe conscient) dans la matrice n'aura rien de commun avec ce qui est expérimenté par un être ordinaire : la transmigration n'est pas ici le résultat inéluctable des tendances karmiques accumulées, mais la concrétisation d'un choix délibéré lié au vœu de venir en aide à tous les êtres. Le processus sera parfaitement contrôlé et perçu d'une manière dépourvue de toute illusion. Ainsi, la conception et la naissance se produiront dans les conditions les plus adéquates à l'accomplissement d'une activité bénéfique choisie. Le Karmapa va déterminer son père et sa mère pour sa vie future ; l'entrée dans la matrice sera expérimentée comme le confert d'une initiation, et les parents et les circonstances entourant la naissance vont être perçus comme un mandala... Tout le processus s'accomplira selon un aspect pur, déterminé par l'être éveillé.
Pour les êtres ordinaires, conception et naissance s'accomplissent sans aucun libre-arbitre, sans aucun contrôle possible, d'une façon complètement illusoire, trompeuse et confuse, hallucinatoire.
Dans certains textes, sont décrits les processus de renaissance en différents états d'existence. Lorsqu'on doit renaître en des états animaux, on n'expérimente pas l'entrée dans la matrice en tant que telle, on ne perçoit pas non plus ses futurs parents ni soi-même en tant qu'animaux. On a simplement l'impression, par exemple, comme dans un cauchemar, de se trouver dans un paysage désolé, exposé à des conditions pénibles, aux intempéries, telles la pluie ou la grêle. Poussé par le désir de se mettre à l'abri, on se précipite dans un terrier, une grotte... C'est ainsi qu'est perçue l'entrée dans la matrice, et dès cet instant on se retrouve prisonnier d'une nouvelle existence.
Si l'on doit renaître en des états infernaux, voulant échapper à des circonstances insupportables, au froid ou à la chaleur extrême, on va se précipiter dans des maisons, des constructions qui vont s'écrouler... Ainsi sera perçue l'entrée dans une existence de type infernal.
Au lieu d'être une démarche consciente, pour un être ordinaire le passage d'une existence à une autre est un processus totalement incontrôlé, semblable à un cauchemar, un état hallucinatoire.
Pour illustrer la dimension illusoire et trompeuse de ce qui est expérimenté dans le bardo au moment d'entrer dans une nouvelle existence, nous citerons une anecdote extraite de la biographie de Drugpa Künley, grand yogi tibétain. Cet être totalement éveillé adoptait un aspect et une conduite extérieure plutôt choquants et pouvant prêter à confusion : il était volontairement non-conformiste et se moquait des institutions et des gens en place, afin de permettre à chacun de secouer routines et habitudes et de prendre conscience de ses propres erreurs. Un jour, donc, il vit un jeune âne près d'un monastère et, s'adressant aux moines, il leur dit : « Vous croyez que c'est un petit âne, mais en fait c'est votre abbé, celui qui est mort il n'y a pas si longtemps, et savez-vous ce qui lui est arrivé ? Eh bien, dans le bardo, il a cru entrer dans un magnifique palais de cristal alors qu'en fait il entrait dans la matrice de l'ânesse ! »
Ces manifestations illusoires dénuées de toute réalité objective sont expérimentées individuellement, tout comme ceux dormeurs seront sujets à des productions oniriques indépendantes et différentes. C'est pourquoi, bien qu'il y ait de grands traits communs à tous au sein d'un même bardo, il n'est cependant pas possible de donner une description précise des mondes expérimentés durant le bardo (du devenir).
Le processus hallucinatoire qui nous fait expérimenter l'illusion du bardo n'est pas différent de celui qui nous fait percevoir l'univers tel qu'il nous apparaît ordinairement, cette perception étant elle aussi tout à fait illusoire. Quoiqu'il en soit, notre perception de l'univers nous semble extrêmement réelle, solide, du fait des tendances inconscientes qui habituent notre esprit à appréhender comme réel ce qui est irréel, comme permanent ce qui est impermanent, comme plaisir ce qui est en réalité souffrance... Ces mêmes tendances inconscientes continuent après la mort à conditionner ce processus de création d'illusions qu'est la traversée du bardo.

Le bardo du rêve

D'une manière générale, on inclut dans le bardo du rêve toute la période de sommeil entre l'endormissement et le réveil (bien que les périodes de sommeil profond soient sans rêves).

Lorsque nous dormons, les tendances inconscientes qui vont se manifester à travers le rêve sont les habitudes et inclinations générées et renforcées au cours de l'état de veille.

Ces tendances plongent un individu ordinaire dans une illusion onirique conditionnée par les actions et le vécu antérieurs ; le rêve est donc une conséquence karmique directe.

Le monde onirique est perçu comme étant parfaitement réel, dans la mesure où nous percevons des lieux et des êtres que nous avons connus à un moment ou à un autre, des circonstances déjà expérimentées auxquelles nous aspirons ou que nous redoutons, tous ces aspects étant en fait des extrapolations de notre vie à l'état de veille. Le rêve est donc vécu comme étant tout-à-fait réel, objectif et stable, bien qu'éminemment insubstantiel et impermanent, ne durant parfois qu'un bref instant ; cependant lorsque nous sommes dans le rêve, il ne nous vient jamais à l'esprit que ce rêve va s'arrêter !

Tout comme à l'état de veille, les tendances profondes qui nous font considérer notre vision de l'univers comme réelle entraînent en nous la production d'émotions conflictuelles telles attachement, aversion, jalousie, etc. Or si notre expérience du monde est en quelque sorte illusoire, à fortiori la plupart des rêves sont comme l'illusion d'une illusion !

Il faut cependant mentionner l'existence de certains rêves prémonitoires pouvant annoncer des événements ultérieurs, ou d'autres types de rêves qui sont des réminiscences d'existences antérieures faisant référence à des événements de notre passé profond. Ces rêves néanmoins illusoires se produisent généralement au petit matin, juste avant le réveil.

Le bardo de la vie

Nous nous trouvons actuellement dans le bardo de la vie.

Contrairement au bardo du rêve et aux bardos qui se déroulent durant la mort, nous jouissons maintenant d'un certain libre-arbitre, de la possibilité d'agir par rapport aux circonstances externes et internes ; nous avons de plus l'opportunité de pratiquer le Dharma. C'est la raison pour laquelle nous devons profiter de cet intervalle qui s'étend de la naissance à la mort pour nous efforcer de dissiper l'illusion qui recouvre notre esprit, pour essayer d'entretenir des habitudes vertueuses et créer des empreintes, des tendances profondes positives. Sans cela, si nous ne faisons rien pour calmer notre esprit et diminuer l'emprise des émotions conflictuelles, nous repartirons dans un nouveau cycle complètement illusoire.

Pour nous préparer et nous accoutumer à ce qui va suivre le moment de la mort, il existe certaines techniques, en particulier les Six doctrines de Naropa, qui furent transmises à celui-ci par Tilopa. Parmi ces six doctrines, se trouve ce qu'on appelle le yoga du rêve et le yoga du bardo. Celui-ci consiste à percevoir effectivement à l'état de veille tous les phénomènes (la manifestation) comme étant illusoires et donc pas différents fondamentalement de ceux que l'on perçoit après la mort dans le bardo. Quant au yoga du rêve, on peut dire globalement qu'il s'agit de prendre conscience, lorsqu'on rêve, qu'on est en train de dormir et de rêver, et de percevoir les productions oniriques pour ce qu'elles sont, c'est-à-dire dans leur dimension illusoire, n'ayant aucun pouvoir sur nous et pouvant être changées, manipulées à volonté.

Cela exige évidemment une grande stabilité mentale et un entraînement intensif de longue haleine. Cependant, si l'on pratique convenablement ces yogas, on développe très profondément en l'esprit la faculté de reconnaître les phénomènes tels qu'ils sont en réalité. Ainsi, lorsqu'arrive le moment de la mort, au lieu d'être emporté dans un maëlstrôm, un tourbillon d'émotions et de terreurs, de bruits fracassants, de lumières aveuglantes, on est conscient de parvenir dans le bardo (du devenir en particulier) et on voit les choses telles qu'elles sont.

On peut donc échapper à la frayeur, tout le processus s'accomplit d'une manière beaucoup plus paisible, et on peut aussi, d'une certaine façon, s'en rendre maître.

Toujours dans les Six doctrines de Naropa, le yoga du corps illusoire consiste à percevoir toutes les formes comme étant insubstantielles et n'ayant pas plus de réalité que l'arc-en-ciel, tous les sons comme étant vides tel un écho, et toutes les pensées comme étant semblables à des mirages. Cette pratique permet d'approcher la reconnaissance de la nature vraiment illusoire des phénomènes, que nous considérons ordinairement comme étant objectivement réels. Grâce à cet entraînement et à cette accoutumance à aller au-delà de la simple apparence des choses pour en voir l'essence, on développe en l'esprit une habitude ancrée, une empreinte profonde qui permet, au moment de la mort, de passer au-delà des illusions du bardo.

Bien entendu, il est sans intérêt de simplement parler de tous ces aspects, qui ne peuvent en fait être compris en dehors d'une pratique sérieuse et assidue. La seule utilité de ces yogas est justement de faire sortir l'esprit de ses jeux, habitudes et tendances profondes, ce qui ne peut s'effectuer qu'à travers la force d'un entraînement continu. Pour celui qui peut mener à bien un tel entraînement, dans le cadre d'une retraite par exemple, la transition dans les bardos sera grandement facilitée.

Tout comme les illusions oniriques, le monde manifesté que nous appréhendons à l'état de veille en tant que la réalité est en fait illusoire. Quoiqu'il en soit, nous sommes prisonniers de cette apparence que nous considérons comme réelle, solide, fixe, permanente (nos maisons, notre environnement, nos proches, etc.). Ce qui nous en rend prisonnier, c'est notre incapacité d'en reconnaître la nature fallacieuse. Lorsque nous rêvons, nous faisons l'expérience de situations parfois extravagantes, mais dont toutefois il ne nous viendrait pas à l'idée de mettre en cause l'existence. Dans le rêve, il n'y a pas d'autre réalité, d'autre univers que le rêve même. Et pourtant, au réveil, on se rend compte du caractère irréel, parfois invraisemblable, de ce que nous venons d'expérimenter dans le sommeil. De la même façon, si nous pouvions nous éveiller de cette pseudo-réalité que nous appréhendons à l'état de veille, nous réaliserions son caractère totalement illusoire.

Ce qui renforce notre conviction que cette réalité est stable et objective (c'est-à-dire indépendante de nous), c'est que nous en partageons la même vision avec une multitude d'êtres, les humains. Cependant, les animaux par exemple ont une autre perception de la réalité. De plus, à l'intérieur de chaque classe d'êtres, existent de subtiles différences quant à la perception de la réalité. Ainsi, chaque être humain appréhende le monde d'une manière qui lui est propre, individuelle, en fonction de son "karma de perception". Mais tant que l'on est pris dans ce processus illusoire engendré par l'ignorance fondamentale (avidya), on est incapable de le reconnaître. On demeure absolument persuadé que tout ce qui nous entoure existe par soi-même, indépendamment de nous, et qu'il n'y a pas d'autre réalité possible. Tout comme dans le rêve on expérimente de grandes joies ou de grandes peines, la chaleur, le froid, etc., nous appréhendons une réalité qui n'est que le reflet de nos illusions.

La réalité fondamentale est la même pour tous les êtres : elle est simplement perçue différemment suivant les différents états d'existence. Les êtres au karma négatif qui ont développé des tendances extrêmement néfastes vont percevoir la réalité fondamentale en tant que souffrance, telles les flammes dévorantes ou la glace éternelle des enfers ; d'autres vont expérimenter l'univers comme le domaine d'existence particulier de certaines classes d'animaux ; d'autres comme la félicité hélas temporaire des dieux, ou encore comme nous-mêmes humains le percevons.

Cette réalité fondamentale, lorsqu'elle est libre de toute illusion et complètement débarrassée des tendances inconscientes, se révèle comme les Terres pures de félicité, les Champs purs des Bouddhas. En fait, il n'y a pas d'un côté un monde qui est le samsara et de l'autre les Champs purs du nirvana ; il n'y a qu'une seule et même réalité fondamentale perçue respectivement suivant un mode confus ou dans sa nature propre, telle qu'elle est. La clé pour se libérer de l'illusion et de la souffrance qu'elle entraîne est la reconnaissance : à partir du moment où l'on reconnaît la nature véritable des phénomènes, leur caractère illusoire, on est délivré de l'illusion, exactement comme lorsqu'on s'éveille d'un rêve. Quel que soit le bardo dans lequel s'opère cette reconnaissance, elle est libératoire de l'illusion. Mais pour cela, il faut avoir pacifié son esprit, l'avoir établi dans la vigilance et la clarté nécessaires.

QUESTIONS/RÉPONSES


Qu'est-ce qui relie d'une existence à l'autre, pour qu'il n'y ait pas d'identité permanente mais qu'il y ait une continuité ?

L'esprit, l'individu, n'est pas quelque chose de fermé, de limité, avec un commencement et une fin. L'être est un peu comme un courant, comme un fleuve : il ne passe jamais la même eau et pourtant c'est toujours le même fleuve. De la même façon, il y a un "courant d'être", ou "courant de conscience", qui passe d'existence en existence. Il ne faut pas toutefois saisir le terme"conscience" au sens où on l'entend habituellement, car il s'agit ici d'un niveau extrêmement profond, primordial, ou primaire si l'on veut. Ce courant de conscience suscite la formation des agrégats, les éléments psycho-physiques qui composent notre individu et qui se dissolvent au moment de la mort pour retourner à l'état primordial. Au travers de toutes ces expériences passe un courant de conscience primordiale, et c'est cela qui transmigre.
Quoiqu'il en soit, il convient de ne pas le considérer comme quelque chose de permanent ; c'est pour cela que l'on parle de "courant de l'être".

Pourrait-on dire qu'un enterrement classique ne pose pas de problème, puisqu 'on ne perturbe pas le corps, tandis qu'une incinération peut être très nuisible, dans la mesure où la conscience individuelle reste liée au corps un certain temps ?

Il faut savoir que le contact entre l'esprit et le corps est maintenu jusqu'à la fin du processus de résorption des principes vitaux. A la fin de ce processus, on tombe dans un état d'inconscience dont on émerge en s'éveillant dans la dimension de la Claire lumière fondamentale. Cependant cette Claire lumière n'est perceptible comme telle que par celui qui s'est sérieusement entraîné durant sa vie à la reconnaître. Ainsi, pour l'immense majorité des gens, que l'on enterre ou incinère le corps n'a pas vraiment d'importance, pourvu qu'on leur permette de mourir dans le calme et qu'on ne s'empresse pas de manipuler le corps dès le décès.

Par contre, la situation est différente lorsqu'on a affaire à quelqu'un qui a pratiqué la méditation de manière profonde et intensive durant son existence.
Pour un grand méditant, il se produit au moment de la mort une sorte de"stase". Avant de mourir, il s'asseoit en posture de méditation. Les signes vitaux s'arrêtent complètement, cependant le yogi demeure en posture assise et le corps ne s'affaisse pas. Il peut rester ainsi plusieurs jours, sans qu'apparaisse aucun signe de début de décomposition. Le corps se refroidit, mais au niveau du milieu de la poitrine persiste une zone tiède. Et pendant toute cette période, le méditant demeure dans la contemplation de la Claire lumière fondamentale. Certains signes comme l'élasticité de la peau, le pincement des narines permettent d'autre part de déterminer de façon sûre que l'on a réellement affaire à un yogi en contemplation, et non pas simplementà un cadavre vidé de son courant de conscience.

Des personnes reviennent de comas dépassés et racontent qu'elles ont vu une lumière blanche formidable qui les envahissait, et que cette expérience, dans certains cas, leur apporte un approfondissement spirituel. Pensez-vous que ce soit possible ?

Si d'un point de vue clinique ces personnes étaient considérées comme mortes, du point de vue tibétain elles n'avaient pas réellement franchi le seuil de la mort, celui-ci se situant au-delà de ce qu'on définit habituellement comme la mort. Ces personnes ont vraisemblablement expérimenté le début du processus qui précède immédiatement la mort réelle, processus qui ne s'est pas poursuivi : juste avant la mort proprement dite, les deux principes vitaux blanc et rouge viennent se résorber au niveau du cœur. Ce processus s'accompagne d'états et de sensations provoquant des visions : à la résorption du principe vital blanc correspond l'apparition d'une lumière blanche, et à la résorption du principe rouge l'apparition d'une lumière cuivrée. Ainsi, cette lumière qu'ont perçue certaines personnes ayant fait des comas dépassés n'estpas la Claire lumière fondamentale du dharmata, la perception de la nature des phénomènes tels qu'ils sont.

Que pensez-vous de la mise à la morgue immédiate d'une personne qui vient de décéder, comme dans le cas notamment d'une personne qui meurt à l'hôpital ?

D'une certaine manière, mourir à l'hôpital n'est jamais très positif, du fait de l'acharnement thérapeuthique qui, s'il peut éventuellement être acceptable pour des individus ordinaires, est plutôt nuisible à un yogi ayant développé une pratique intensive. Rinpoché connaissait un lama, grand méditant qui avait obtenu les signes certains des accomplissements de sa pratique. Ce lama étant très malade, on le mit à l'hôpital. Là, voyant sa dernière heure arriver, il s'assit en posture et entra en méditation. Ses fonctions vitales commencèrent à se ralentir, il allait mourir, de la bonne façon. Mais alors un médecin a cru bon de planter des aiguilles, de le mettre sous perfusion et de le ramener à la vie ; il l'avait donc "sauvé". Seulement, pendant sept jours, le lama, qui était veillé par un moine, tint des propos complètement incohérents, parlant des apparences du bardo, etc. Et une semaine plus tard il est revenu à la raison et a dit : « Voilà, j'étais pratiquement dans le bardo et on m'a rappelé, comme ça ; il n'en est absolument plus question ! Je vais mourir demain, mais je ne me mettrai pas en posture de méditation. » Ainsi, il a dû renoncer à ce que font la plupart des grands méditants,à savoir demeurer assis en posture pendant quelques jours dans la contemplation de la Claire lumière du dharmata.

De la même façon, se retrouver immédiatement à la morgue n'est pas souhaitable et plutôt néfaste pour un méditant. Rinpoché a connu un lama qui est mort à Delhi, à l'hôpital. Bien entendu il faisait très chaud et quand Rinpoché arriva à l'hôpital pour aider ce lama en faisant la pratique de powa, le corps avait déjà été placé à la morgue, en chambre froide. Rinpoché fit les tests préliminaires indispensables pour pouvoir effectuer powa (il faut en effet s'assurer de l'état réel de la personne en question). Toutefois, dans son appréciation, il dut tenir compte des circonstances particulières (la peau, par exemple, qui aurait dû pour un méditant rester souple lorsqu'on la pince, avait perdu son élasticité à cause de la basse température du corps).

Il est dit que dans le rêve se manifestent les tendances profondes. Je voudrais savoir si Rinpoché conseillerait, comme le font les psychologues occidentaux, d'être vigilant et attentif vis-à-vis des rêves, afin de devenir conscient de ces tendances inconscientes ?

Les tendances inconscientes constituent l'un des voiles qui recouvrent notre esprit. Il y a le voile des émotions conflictuelles et, à la fois plus profond et subtil, il y a le voile des tendances fondamentales. Pour parvenirà l'Eveil, il faut se libérer de ces tendances inconscientes ; or ce n'est pas en les voyant qu'on s'en libère, mais en les purifiant, ce qui n'est pas la même chose. Pour ce faire, on va en premier lieu purifier au maximum le voile des émotions conflictuelles, et ensuite s'attaquer directement aux voiles plus profonds qui obscurcissent l'esprit. Ainsi, la connaissance détaillée des tendances inconscientes n'est pas en soi un but à poursuivre. Cette prise de conscience s'effectue d'ailleurs lorsque se dissipe le voile des émotions conflictuelles : l'esprit devient beaucoup plus clair et està même de percevoir ces tendances et de les purifier. Quoiqu'il en soit, on ne peut pas "court-circuiter" une partie du processus.

La date et les circonstances de notre mort sont-elles "programmées" dès la naissance, et si oui, par quoi ?

En principe, les circonstances de la mort sont tout à fait contingentes et dépendent de quantité de conditions et d'événements liés à l'existence présente. En fonction de son karma, chacun dispose d'une expérience de vie plus ou moins longue.

Mis à part de très rares exemples de karma extrêmement lourd et puissant qui impose une durée de vie relativement précise, il n'y a pas au départ de"programmation" inéluctable. La plupart du temps, lorsque le karma d'une personne prédispose celle-ci à rencontrer des obstacles suceptibles de raccourcir la durée de sa vie, il y a possibilité de les écarter lorsqu'ils apparaissent, dans la mesure où l'on agit de manière appropriée. Bien évidemment, lorsqu'on expérimente le mûrissement d'un karma très lourd, on ne peut plus dans ce cas parler réellement d'obstacle ; c’est le potentiel vital qui s'arrête, et il n'y a rien à faire.

Pour une mort sans peur

Tout ce qui naît doit mourir, du plus petit insecte jusqu'au Bouddha pleinement éveillé. Bien que la mort soit une fatalité et que personne ne puisse y échapper, nous la craignons, refusant bien souvent de nous confronter à cette réalité.
Quoiqu'il en soit, il faudra y faire face un jour ou l'autre, sans espoir d'y échapper. L'attitude devant la mort est différente suivant que l'on a pratiqué les enseignements du Bouddha, s'étant ainsi préparé à la mort, ou que l'on est profane. Pour celui qui n'a accompli aucune pratique spirituelle, la mort est totalement effrayante.
Elle est d'abord l'instant où il va falloir se séparer de tout ce à quoi l'on est attaché : sa famille, ses amis, ses possessions...Cela seul suffit à rendre l'idée de la mort insupportable, De plus, les souffrances de la mort, l'inconnu qui y fait suite rendent sa perspective encore plus effrayante.
Le pratiquant du Dharma sait que la seule chose qui puisse lui être réellement utile à ce moment est l'entraînement qu'il aura pu développer au cours de son existence ; et cette pratique commence justement par la contemplation de l'impermanence et de la mort, c'est-à-dire prendre conscience que tout (êtres et choses) est transitoire et que parents, amis et possessions devront tôt ou tard être abandonnés. C'est pourquoi de son vivant le pratiquant du Dharma se prépare à la mort, cet événement inéluctable. Il étudie les différentes phases du processus — la résorption les uns dans les autres des différents éléments subtils qui composent son corps : il se prépare aux désagréments liés à l'approche de la mort, ainsi qu'aux hallucinations qui apparaissent dans l'esprit à ce moment ; il se dispose à affronter ces souffrances et ces craintes le plus sereinement possible. Il sait ce qui va lui advenir au moment de quitter cette vie et qu'il y a de nombreuses façons de se préparer à ce voyage de la mort et du bardo. Il peut donc parvenir à cet instant dans une meilleure disposition d'esprit, un certain calme qui assurera une transition plus paisible.

Eléments, énergies, fonctions vitales

Notre corps qui sert de support à notre principe conscient est composé de cinq éléments qui sont la terre, l'eau, le feu, l'air et l'espace, et ceci à ta fois sur le plan physique et subtil.
Au niveau du corps, l'élément "terre" correspond aux os, aux parties les plus denses de l'organisme ; l'élément "eau" correspond au sang, à la lymphe et aux différentes humeurs qui parcourent le corps : l'élément "feu" correspond à la chaleur interne du corps ; l'"air" est associé au mouvement respiratoire, ainsi qu'à la circulation des énergies subtiles dans les canaux subtils ; l'élément "espace" correspond aux interstices qui autorisent la mobilité des différents organes internes les uns par rapport aux autres, au fait qu'ils ne forment pas un bloc compact. Au moment de la mort, la conscience quitte l'enveloppe charnelle et le corps devient un cadavre qui va peu à peu se décomposer : les cinq éléments vont retourner à l'univers, au milieu ambiant d'où ils avaient été extraits pour former notre corps.
Dans le processus du moment de la mort, ce sont les aspects subtils des éléments composant notre corps qui vont se résorber les uns dans les autres : l'élément terre va se résorber dans l'eau, puis l'eau dans le feu, le feu dans l'air et l'air dans l'élément espace. Conjointement, les "loungs", c'est-à-dire les vents, les énergies subtiles qui parcourent notre corps, vont cesser de circuler et d'être engendrés, entraînant la cessation des fonctions vitales qui leur sont liées et la production de symptômes correspondants.
Lorsque deux de ces énergies cessent de circuler, l'organisme devient incapable d'assimiler et de transformer la nourriture ; le corps cesse de produire la chaleur interne. On constate ainsi un refroidissement progressif à partir des
extrémités. La cessation d'un autre type de loung, l'énergie vitale qui circule dans les canaux médians, entraîne la perte de la faculté de compréhension et la confusion des pensées. Une autre énergie règle les fonctions excrétoires et d'élimination, et sa disparition entraîne la perte totale de contrôle de ces fonctions. Lors de la diminution de l'énergie motrice qui correspond à peu près à l'énergie nerveuse du système moteur, on est pris de mouvements incohérents, spasmodiques, et à sa cessation le corps devient incapable de tout mouvement. Une autre énergie dirige les fonctions de déglutition et de respiration ; à sa cessation, on devient incapable d'avaler quoi que ce soit, ainsi que d'inspirer ou d'expirer.

Résorptions successives, sensations et symptômes

Tout comme de notre vivant les différents éléments s'appuient les uns sur les autres pour former notre corps physique et subtil, à noire mort ils se résorbent les uns dans les autres, entraînant la production de signes internes et externes.
Lors de la résorption de la "terre" dans l'eau", le corps devient incapable de mouvement cohérent, Il devient impossible de maintenir la tête et on a l'impression de tomber, de glisser vers des profondeurs.
C'est le moment où le mourant demande qu'on le redresse sur son lit, qu'on remonte son oreiller ; il s'accroche aux draps comme s'il avait peur de tomber.
En général, rien ne peut le soulager car il s'agit d'une sensation interne de chute, un signe qui annonce vraiment l'imminence de la mort. A ceux qui ont activement pratiqué la méditation, apparaît également un signe secret consistant en certaines lumières qui commencent à se manifester en l'esprit, reflets de la luminosité primordiale.
Ensuite, vient la résorpiion de I'"eau" dans le "feu", associée à la dissolution du chakra du niveau du cœur. On constate à ce moment-là une irrégularité prononcée du rythme cardiaque, les muqueuses se dessèchent et on ressent une soif intense. Intérieurement, on perd le contrôle de ses émotions, qui s'élèvent subitement ; on peut se mettre en colère très rapidement.
Puis vient la dissolution du "feu" dans l' "air" accompagnée de la dissolution du chakra au niveau de la gorge. A ce moment, le corps commence à se refroidir par les extrémités et on a de plus en plus de mal à respirer ; les inspirations deviennent courtes et pénibles. Il est dit que l'on n'a plus alors que des respirations "froides", c'est-à-dire qu'on expire de l'air de plus en plus froid. Notre perception du monde extérieur devient précaire et intermittente ; à certains moments on reconnaît ceux qui nous entourent, à d'autres on est plongé dans la confusion.
A la dissolution de l'"air" dans l'"espace" correspond celle du chakra qui se trouve près des organes génitaux. Se manifestent alors les "râles" de l'agonie, c'est-à-dire de courtes expirations rauques et pénibles presque sans phase
d'inspiration.
A ce moment-là vont se produire des visions, des hallucinations qui varient grandement suivant l'individu, étant le reflet de l'existence qu'il aura menée. Celui qui a tué des hommes ou des animaux aura l'impression de voir ceux-ci se rapprocher pour se venger. Celui qui a mené une existence paisible et pratiqué le Dharma aura parfois l'impression que le Bouddha Amitabha vient le chercher, ou aura d'autres visions semblables de nature paisible ; il lui arrivera même de prononcer le nom d'Amitabha au moment de la mort.
Pour celui qui a développé une pratique intensive et dont l'esprit est stable, c'est le moment de se souvenir de son maître spirituel et de s'établir dans les pratiques du moment de la mort, de manière à n'avoir pas à subir les illusions du bardo mais à intégrer directement les champs purs. Se souvenir du lama et des yidams est toujours d'une très grande aide au moment de la mort, même pour ceux qui n'ont pas atteint un tel degré de stabilité.
Jusqu'à ce stade, il y a possibilité de revenir de la mort : on est dans ce que l'on peut appeler un coma profond. Ainsi certaines personnes, qui étaient sous l'emprise d'obstacles, peuvent revenir de ce qui était une mort apparente.

Le point de non-retour : fusion des deux principes vitaux

Ensuite vient la mort clinique, c'est-à-dire l'arrêt total du cœur et de la respiration extérieure ; c'est le moment de la résorption de l'élément "espace" dans la conscience. A partir de cet instant on entre dans un domaine d'où l'on ne revient pas. A ce point cessent tous les phénomènes de pensées discursives : l'esprit est soumis à des perceptions qui viennent de la dissolution de ce qui est l'essence même de la vie. En effet, durant toute notre existence, se trouvent en notre corps deux tiglés (billes, sphères) qui sont deux concentrations d'énergie subtile. Ces tiglés n'ont pas de couleur tangible, mais sont définis comme une sphère de lumière blanche au sommet de la tête, qui est le principe masculin provenant de notre père, et une sphère de lumière rouge au niveau du nombril, principe féminin issu de la mère. Ces deux tiglés sont les pôles de notre corps subtil. Au moment de la mort, ils vont converger vers la zone du cœur, faisant apparaître en l'esprit ce que l'on appelle le chemin blanc et le chemin rouge. La manifestation en l'esprit du chemin blanc — la descente du principe masculin — est comparée à cette grande clarté très belle, douée et blanche, qui apparaît dans le ciel lorsque la lune se lève. Le chemin rouge —remontée du principe féminin — se manifeste comme une grande clarté également très douée et belle, de couleur cuivrée, semblable à celle qui inonde le ciel avant le lever du soleil. Ces "chemins" se manifestent également au moment où l'on entre dans le sommeil, mais ils ne sont généralement pas perçus. Si l'on pouvait entrer consciemment dans le sommeil, on aurait l'opportunité d'expérimenter ces instants où la conscience est envahie d'un espace blanc puis d'une lumière cuivrée, dorée.
Au moment où les deux tiglés se rejoignent et fusionnent au niveau du cœur, se produit un obscurcissement total de la conscience, évanouissement complet de tout phénomène mental pouvant être parfois précédé de la sensation d'entendre
un bruit violent, comme un coup de tonnerre. Cette phase d'inconscience dure jusqu'à trois ou quatre jours pour les individus ordinaires ; pour ceux qui y sont préparés, elle peut ne durer que quelques secondes, voire être quasiment imperceptible. De cet état d'inconscience totale, on émerge dans la Claire-lumière du Dharmata, la nature fondamentale des phénomènes. Les grands méditants vont entrer directement dans la contemplation de cette Claire-lumière, sans cette phase de transition inconscience qui suit la fusion des deux principes vitaux.

La mort éveillée

Celui qui a poursuivi durant son existence un entraînement intensif fera en sorte de s'asseoir en posture de méditation lorsqu'il sentira venir le moment de la mort. Si ce n'est pas possible, on se couchera en adoptant la posture d'entrée en parinirvana du Bouddha : allongé sur le flanc droit, la main droite est glissée sous la joue, l'annulaire obturant la narine droite de façon à établir une circulation subtile qui favorise les dispositions positives et apaise l'esprit ; le bras gauche est posé sur le flanc gauche. Entrer ainsi dans la mort aide à dissiper les obstacles éventuels.

Rinpoché évoque la mort de Kalou Rinpoché : au moment où celui-ci est entré dans le processus de mort, il a manifesté le désir de s'asseoir en posture de méditation. Son entourage l'a aidé et a récité pour lui "les instructions qui permettent de voir clairement son yidam". Kalou Rinpoché est demeuré sept Jours durant parfaitement droit dans la posture. Lorsque le temps fut venu, lui furent données les instructions appropriées, qui disent : "Maintenant, fils de bonne famille, il te faut choisir entre te rendre dans les Terres Pures et y demeurer ou bien revenir pour le bien de tous les êtres. Il te faut désormais abandonner cette enveloppe charnelle afin de poursuivre ton chemin". A ce moment, la tête de Kalou Rinpoché a basculé sur le côté, et se produisit un écoulement de sérum d'une narine et d'un liquide rougeâtre de l'autre : ce sont les signes précis indiquant l'instant où la conscience individuelle quitte le corps, qui se sont donc manifestés très clairement.

Rinpoché raconte aussi l'histoire d'un de ses maîtres, Khempo Chimé, qui est mort seul à l'hôpital. Il demeurait dans une chambre individuelle et un serviteur s'occupait de lui. Peu de temps avant, le médecin lui avait dit ; " Il faut vous amputer les deux jambes, sans quoi je ne réponds de rien." Khempo Chimé répondit : "Non, je suis vieux maintenant, cela ne servirait à rien ; laissez-moi comme cela." Il demanda à son serviteur de l'habiller, puis, s'étant assis sur son lit, lui dit que tout allait très bien et qu'il pouvait vaquer à ses occupations. Se retrouvant seul, il fit "Ah, Ah" et expulsa son principe
conscient dans le Dharmakaya ; il demeura ensuite trois jours durant assis en méditation, immobile.

Il y a aussi l'histoire d'un Mahasiddha, yogi accompli, nommé Djamyang Tenpel, qui vivait au 19è siècle et fut disciple d'un des premiers Djamgœun Kongtrul. A l'origine, il était marchand, puis il réalisa subitement qu'il perdait son temps à parcourir le monde pour acheter et vendre des marchandises. Il conçut une profonde aversion pour le cycle des existences et demanda à recevoir des instructions. Les ayant reçues, il les mit en pratique, tant et si bien qu'il manifesta des accomplissements : il apparaissait à cheval dans l'espace en des endroits isolés ; c'était vraiment des productions miraculeuses. A la fin de sa vie, il souhaita demeurer en retraite dans une grotte ; il s'installa, continuant à méditer. Au moment de sa mort, on aurait dit quelqu'un de complètement malade et décrépi ; cependant, comme dernière preuve de sa réalisation, il griffa la roche, y laissant l'empreinte de sa main. Cette empreinte est toujours présente : Rinpoché l'a vue, étant lui-même allé méditer dans cette grotte. On raconte aussi qu'il avait une chèvre apprivoisée qui a laissé les empreintes de ses cornes sur le plafond de la grotte... Elle devait elle aussi voler quelque peu !

Rinpoché a connu un autre yogi de ce niveau, mort il y a seulement trois ou quatre ans, qu'il a rencontré lorsqu'il était retourné au Tibet. Ce yogi pratiquait une forme d'ascèse qui lui permettait de ne se nourrir chaque jour que d'une pincée de farine d'orge grillée et d'un peu d'eau. Il subsista ainsi pendant plus de vingt ans, méditant à plus de quatre mille mètres d'altitude, vêtu simplement d'un vêtement de coton blanc. Il vivait dans une sorte de hutte faite de rochers assemblés les uns contre les autres, y demeurant tout à fait serein et en parfaite santé.

Il existe beaucoup d'autres grands lamas comme cela. Notamment dans le monastère de Rinpoché en Inde, se trouve un lama qui peut s'il le désire arrêter de respirer pendant trois ou quatre heures, ou bien demeurer en méditation sans interruption et sans dormir : il n'a jamais sommeil ! Il y a deux ans, ce lama annonça à son entourage qu'il avait vu des signes de mort prochaine. Il est entré dans le processus de la mort, et au moment où il allait passer la limite au-delà de laquelle on ne revient pas, il a entendu une voix féminine qui lui a dit que ce n'était pas encore le moment de mourir et qu'il fallait attendre. Le processus s'est interrompu et il est revenu de l'"au-delà". Il vit toujours dans un monastère de Rinpoché.



Dernière édition par karma djinpa gyamtso le Sam 08 Jan 2011, 22:11, édité 1 fois
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Re: Les six bardos - Bérou Khyentsé Rinpoché

Message par karma djinpa gyamtso le Sam 08 Jan 2011, 22:10

QUESTIONS/REPONSES

- Est-il plus souhaitable pour un pratiquant d'être enterré ou incinéré ?

Cela ne fait pas de différence.

- Est-il préférable de réserver la lecture des Prières du Bardo aux mourants pour les personnes connectées au Dharma ou ayant pris refuge ? Peut-on les utiliser dans le contexte d'une grande catastrophe, par exemple ?

Dans tous les cas, on peut utiliser les Prières du Bardo pour accompagner une personne dans la mort, qu'elle soit bouddhiste ou non. puisque ces prières sont une incitation à la reconnaissance de la nature propre de son esprit et de ses projections.

- Est-ce que le bardo est propre à l'humain, ou bien est-ce qu'on le retrouve chez les animaux, dans le règne végétal, minéral, dans des entités comme la terre, les planètes ?

Tous les êtres vivants (tout ce qui possède un esprit, une conscience) passent dans le bardo. II y a deux exceptions à cela.
Les êtres qui ont accumulé un karma extrêmement négatif, à l'instant de leur mort renaissent directement dans les états infernaux sans passer par le bardo, du fait de la puissance de leur karma qui court-circuite pratiquement toutes les phases du processus. L'autre exception s'applique aux êtres qui à l'opposé, sont extrêmement purifiés et qui sont libres de toute trace de karma qui les maintiendrait dans l'illusion du bardo ; au moment de la mort, ils passent donc directement dans les Terres Pures.

- Dans notre état d'ignorance, il nous est impossible de savoir si nos actions sont vraiment justes et donc si, dans le bardo, on bénéficiera de bonnes conditions. Quelles "garanties" peut-on avoir par rapport à cela ?

La seule chose que nous puissions faire de notre vivant c'est nous efforcer d'observer une éthique correcte, d'appliquer la pratique juste qui nous est enseignée, de développer une bonne motivation ; si nous nous y appliquons sincèrement, sans aucun doute, dans le bardo nous bénéficierons de bonnes conditions. Il n'y a pas d'autre garantie possible ! Durant notre existence, si nous pouvons nous entraîner à reconnaître la véritable nature des phénomènes, par exemple dans le rêve, il est évident que cela nous sera d'une grande aide dans le bardo.

- On peut établir un parallèle entre le bardo du rêve et le bardo du moment de la mort. Est-ce que notre comportement au sein des rêves peut être une indication sur notre attitude au moment de la mort ? Par exemple, on peut dans le rêve rencontrer des situations très douloureuses et réagir instantanément — dans le rêve même — en récitant certains mantras ou en appliquant certaines pratiques ; ceci peut-il être la preuve d'uneévolution de la pratique ayant établi des tendances suffisamment profondes dans l'inconscient pour y retrouver une aide dans le bardo ? Ainsi, malgré la peur, on serait enclin à prier Tchenrézi par exemple...

Effectivement, le comportement dans le rêve face aux circonstances encourues peut donner une indication assez précise du comportement que l'on pourrait avoir dans le bardo, puisque ce sont des tendances spontanées, inconscientes qui vont se manifester ; ainsi, réciter des mantras est positif. Mais c'est encore mieux si, dans le rêve même, se trouvant par exemple dans une situation périlleuse, on se dit : "C'est une illusion, quelque chose qui va se dissiper" ; alors, le danger dans le rêve se dissout effectivement. C'est excellent parce que cela induit dans l'esprit une tendance à considérer la réalité extérieure comme illusoire et, dans le bardo où l'on se trouve soumis à de grandes terreurs, cette tendance va resurgir et nous permettre de reconnaître en fait les apparences du bardo pour ce qu'elles sont, c'est-à-dire des créations de notre propre esprit par exemple, reconnaissant les lumières aveuglantes et effrayantes du bardo comme étant la luminosité de l'esprit même, on pourra s'en libérer et les dissoudre au moment où elles apparaissent.

- Est-ce que le fait de ne pas rêver peut être considéré comme quelque chose de positif ou non ?

Il faut faire une distinction : le fait de ne pas rêver lorsqu'on est un bodhisattva parvenu à la deuxième terre d'Eveil est excellent, car cela signifie que l'on a déjà grandement purifié le voile des tendances inconscientes ; quant à un être ordinaire, en général cela signifie simplement qu'il ne se souvient pas de ses rêves.

Après avoir enseigné les processus et manifestations qui accompagnent le moment de la mort, Rinpoché décrit les moyens de se libérer du cycle des renaissances durant ce moment, par la pratique du transfert de conscience. Puis nous sommes introduits à ce qui suit la mort proprement dite, à savoir le bardo du Dharmata.

Comme nous l'avions déjà mentionné auparavant, il est possible de se libérer au moment de la mort sans avoir à traverser le bardo du devenir, en se souvenant de son maître spirituel et en priant avec sincérité pour rencontrer le Bouddha Amitabha. De même, si l'on parvient à un degré suffisant de détachement vis-à-vis de ses parents, de ses amis, de ses possessions, de tout ce qu'il nous faut quitter, obtenant de ce fait un état de calme mental suffisant, on n'aura pasà traverser le bardo du devenir. Sur la base de cette stabilité du calme mental, par la reconnaissance de la Claire-lumière fondamentale du Dharmata, véritable nature vide et limpide de tous les phénomènes et de l'esprit qui se manifeste à la fin du bardo du moment de la mort, on sera instantanément libéré du cycle des naissances et des morts.

Le transfert de conscience

II existe aussi une pratique nommée powa, ce qui signifie transmigrer. C'est la technique qui permet au principe conscient de se transférer directement dans les Terres pures, au moment de la mort ou juste à l'apparition de la Claire lumière. La maîtrise de ce processus méditatif permet à celui qui en a reçu la transmission et les instructions, et qui est éventuellement aidé à l'accomplir effectivement, de se libérer au moment de la mort sans avoir à expérimenter de nouvelles renaissances. Il existe plusieurs niveaux de powa, en fonction de la manière dont on l'exécute et du moment où le transfert est effectué.

Le powa du Dharmakaya

II consiste en la compréhension de la non-dualité du sujet et de l'objet, du fait qu'il n'y a pas quelque chose qui transmigre en un quelconque endroit. Il s'agit de parvenir à la réalisation de la nature fondamentalement lumineuse, pure et vide de ce qui est la base même de l'esprit et des phénomènes, et qui en même temps transcende toute manifestation. Lorsque l'esprit s'établit et repose dans l'ouverture de sa dimension propre, pure de toute éternité, il réalise le powa du Dharmakaya.

Le powa du Sambhogakaya

II a pour base la pratique de kyérim, c'est-à-dire la visualisation d'une déité et l'assimilation de soi-même à cette déité. On peut choisir n'importe quel aspect pur, que ce soit Dordjé Pamo, Korlo Demtchok, ou autre... Au moment de la mort, on développe la visualisation de cette déité et on se visualise soi-même sous tous ses aspects (différents constituants, canaux subtils, etc.) comme étant indifférencié de la déité même. Notre corps est perçu comme étant le corps de la déité, tous les sons et paroles comme étant le mantra de la déité, et tous les phénomènes mentaux (pensées, émotions...) comme étant le jeu du samadhii profond de la déité. Lorsque l'on maîtrise correctement ce kyérim, on peut s'identifier totalement à cet aspect pur au moment de la mort ; ainsi on n'a plus à expérimenter le bardo du devenir, on réalise - ou on transmigre en - la Terre pure de la déité, et on y demeure.

Le powa du Nirmanakaya

Cette troisième forme de powa nécessite de la part du pratiquant un entraînement effectué de son vivant pour pouvoir être accompli au moment de la mort, libérant alors le principe conscient. On visualise son propre corps comme une enveloppe de lumière parfaitement vide, translucide et ne laissant apparaître que le canal médiant vertical au milieu.

Celui-ci est doté de quatre caractéristiques signifiantes :
- il est rouge à l'intérieur : c'est la sagesse-vacuité,
- il est blanc à l'extérieur : c'est la compassion,
- il est parfaitement droit et lisse : la pratique de powa mène directement aux Terres-pures sans passer par d'autres formes d'existence,
- il s'arrête et se ferme à quatre doigts sous l'ombilic : le powa ferme l'entrée des états d'existence inférieurs.

A l'intérieur du canal, au niveau de la poitrine, se trouve la syllabe HRI reposant sur un tiglé, qui symbolise la conscience individuelle ou principe conscient. Au dessus de notre tête se tient le Bouddha Amitabha (si l'on pratique le powa d'Amitabha ; il y a en effet plusieurs formes possibles de powa). En s'identifiant complètement à la syllabe HRI, on expulse son principe conscient vers le haut en prononçant la syllabe appropriée. Le tiglé-principe conscient vient toucher le gros orteil d'Amitabha, demeure quelques instants, puis redescend ; ceci constitue la pratique d'entraînement que l'on effectue de son vivant. Par contre, au moment de la mort, le principe conscient ne s'arrête pas au pied d'Amitâbha mais va se fondre directement en son coeur. A ce moment-là on se libère en la Terre pure d'Amitabha, Déouatchene.

La pratique

L'entraînement à la pratique de powa se fait au cours de retraites d'une semaine, de deux semaines... En général, on s'entraîne jusqu'à l'apparition des signes certains de réussite de la pratique, le laps de temps nécessaire variant selon les individus. Ces signes se traduisent généralement par une sensation d'échauffement ou de brûlure au sommet de la tête, accompagnée d'un petit écoulement de sérum ou de sang. A ce moment-là, apparaît dans le cuir chevelu, au sommet de la tête, une petite cavité qui correspond au débouché du canal médian, situé théoriquement à huit doigts en arrière de la racine frontale des cheveux, bien que l'emplacement puisse varier en fonction des individus. On peut alors enfiler dans ce petit trou une herbe konsha, que l'on porte en signe de réussite de la pratique.
Chez certaines personnes, ces signes n'apparaissent pas parce que le canal médian ne débouche pas, ceci étant dû à une constitution défectueuse des canaux subtils qui va alors provoquer de violents maux de tête.
A l'issue de chaque session de powa, il convient de recevoir la grâce du Bouddha Amitayus qui est l'aspect de longue vie du Bouddha Amithaba. On médite Amitayus au-dessus de notre tête, versant en nous le nectar de longue vie, et on s'identifie à Amitayus même. Par cette méditation sont réparés les dommages causés par la pratique de powa : celle-ci a pour effet de relâcher les liens entre l'esprit et le corps physique, ce qui pourrait raccourcir la durée de la vie.
La méditation d'Amitayus permet donc de contrebalancer cet effet néfaste éventuel.
Que l'on accomplisse la pratique de powa pour soi-même, ou qu'on l'effectue pour une autre personne dans le cas où l'on est très qualifié, il convient de choisir le moment juste.
Celui-ci se situe après l'apparition des signes extérieurs de la mort (cessation du mouvement respiratoire...) et avant la manifestation de la Claire lumière, c'est-à-dire lorsque les deux tiglés convergent vers le cœur ; c'est le moment adéquat, instant crucial où l'on atteint le point de non-retour au-delà duquel la conscience ne peut plus rester liée au corps mais où elle n'en est pas encore totalement séparée.

Sortie du principe conscient

D'après les textes issus de Naropa, on considère traditionnellement neuf orifices du corps : anus, sexe, bouche, narines, yeux, oreilles, auxquels s'ajoute le débouché supérieur du canal médian. Au moment de la mort, il faut fermer ces orifices pour ne laisser ouvert que le débouché supérieur du canal médian. Si le principe conscient quitte le corps par un autre orifice, c'est le signe d'une renaissance dans l'une des six classes d'êtres, celle-ci pouvant être déterminée en fonction des signes observés (les orifices inférieurs par exemple correspondent aux mondes inférieurs).
Il est donc important que la conscience quitte le corps par l'orifice supérieur, et c'est pour cela que l'on s'entraîne mentalement à fermer tous les autres.

Le bardo du Dharmata

Au moment de la réunion des deux principes, masculin et féminin, dans le canal central au niveau du cœur (voir articles précédents), il peut se produire deux types d'expérience : une personne qui a développé un entraînement suffisant à la méditation et qui possède une grande stabilité va reconnaître la Claire lumière fondamentale du Dharmata (nature même de l'esprit et des phénomènes tels qu'ils sont). Cette contemplation n'est autre que la réalisation de l'état de Bouddha. Autrement, si l'on n'a pas suivi un entraînement suffisant, on aura un bref aperçu de cette Claire lumière sans qu'elle soit toutefois reconnue comme telle, et cet "éclair" sera suivi d'une sorte de coma, un état d'inconscience totale.
Emergeant de cet état, on se trouve immédiatement confronté aux "cent dettes du bardo". Celles-ci traduisent en fait la manifestation en notre propre esprit des principes constituant l'individu, qui vont apparaître comme extérieurs à nous, à travers des lumières formidables, extrêmement intenses, qui nous transpercent complètement, des sons incroyablement violents, insupportables... Cette expérience est en elle-même tout à fait terrifiante ; cependant, dans la mesure où l'on a suivi l'entraînement nécessaire, on doit être capable de se souvenir à ce moment que ces apparitions effrayantes ne sont rien d'autre que la manifestation des principes de notre corps psycho-physique, de notre propre esprit.

Par la reconnaissance de la nature de ces productions, simples projections des énergies psycho-physiques et de l'esprit, on se dégage de toute forme de terreur et, dans cette compréhension, on peut s'en libérer complètement, réalisant de ce fait au moment de la mort la parfaite libération en l'état de Bouddha.

La Claire-lumière

Pour parvenir à la libération par la reconnaissance de la Claire lumière du Dharmata, la nature propre des phénomènes et de l'esprit, il faut donc s'entraîner de son vivant. Ayant eu un aperçu de la Claire lumière fondamentale à travers la méditation (Claire lumière "fils"), cette expérience va spontanément entrer en résonnance avec la manifestation de la Claire-lumière qui apparaît au moment de la mort (Claire lumière "mère") ; il y a alors réunion immédiate, fusion spontanée, libre de tout processus intellectuel - c'est la rencontre du fils et de la mère : l'enfant se jette naturellement dans les bras de sa mère dès qu'il la reconnaît, sans réfléchir, sans hésitation.
La Claire lumière fondamentale demeure inconnue pour la plupart d'entre nous ; elle est hors de notre perception, au-delà de notre compréhension, sans quoi nous serions tous déjà des Bouddhas... Par exemple, pour quelqu'un qui n'a jamais vu d'écriture, apercevoir des lettres immenses sur des affiches n'évoquera absolument rien ; par contre à celui qui sait lire apparaîtra une signification immédiate.
Pour rendre manifeste cette Claire lumière du Dharmata, on s'entraîne à la contemplation, c'est-à-dire à s'établir dans un état de calme et de clarté où l'on ne produit plus délibérément de phénomènes mentaux. Demeurant dans cette vigilance non-altérée, l'esprit devient capable de percevoir les choses non seulement dans leur apparence mais telles qu'elles sont réellement. Dans cet état, la manifestation apparente, qui n'est pas extérieure à l'esprit mais dépendante de lui comme son reflet propre, va se dissoudre en l'esprit même et laisser apparaître la nature fondamentale de tous les phénomènes.

Durant notre existence, cette reconnaissance ne peut s'effectuer le plus souvent que pendant de très courts instants. Quoiqu'il en soit, ce bref aperçu suffît à déclencher en l'esprit un processus qui permet ensuite, à chaque fois que l'on se trouve confronté à cette réalité de la Claire lumière, de la reconnaître immédiatement. Au moment de la mort, l'entraînement effectué portera ses fruits, d'autant plus qu'à cet instant l'esprit est débarrassé d'un certain nombre d'obstacles.

On peut aussi définir la Claire lumière en termes de base, chemin et fruit. La première est la base de tous les phénomènes et de l'esprit de tous les êtres. La seconde, celle du chemin, correspond à l'aperçu de la Claire lumière de base que l'on peut avoir à travers l'entraînement méditatif, dans le courant de notre existence. Cependant, du fait des circonstances et des voiles qui recouvrent l'esprit, on ne peut pas s'assimiler complètement à la Claire lumière fondamentale (ou de base). C'est au moment de la mort que la manifestation de la Claire lumière de base qui se produit alors peut apparaître comme évidente, grâce à la Claire lumière du chemin. Il s'agit de la reconnaissance spontanée de la Claire lumière fondamentale qui n'était en fait jamais séparée de nous-même ; on s'y assimile consciemment et cette réalisation dans la reconnaissance est appelée la Claire lumière du fruit.

Les Terres-pures

La Claire lumière du fruit correspond à la réalisation des Terres pures, chacune d'entre elles étant associée à l'un des cinq Dhyani Bouddhas qui sont l'essence pure des cinq agrégats, les constituants psycho-physiques de notre individu. Elles se divisent en Terres-pures du Dharmakaya, du Sambhogakaya et du Nirmanakaya. Il ne faut pas les considérer comme des endroits où l'on se rend ; ce sont des états d'être, de conscience, de manifestation en lesquels l'esprit s'établit.

Les Terres pures du Sambhogakaya sont difficiles d'accès car, pour y parvenir, il est nécessaire d'avoir atteint le huitième bhoumi (stade de réalisation de bodhisattva).

L'obtention des Terres pures du Nirmanakaya exige la complète purification du voile des émotions conflictuelles. Parmi ces dernières, il en est toutefois une qui est relativement facile d'accès puisque, au lieu de cette purification, il suffit de développer une confiance totale pour y parvenir : c'est Déouatchene, la Terre-pure du Bouddha Amitabha. Cependant, d'une manière générale, il est nécessaire, pour atteindre les Terres pures du Sambhogakaya ou du Nirmanakaya, de réaliser la Claire lumière du fruit, reconnaissance de la Claire lumière de base au moyen de la Claire lumière du chemin. Comme il a été dit, celui qui opère cette reconnaissance n'a pas à traverser le bardo du devenir, mais s'établit en une Terre pure quelle qu'elle soit. Là, recevant directement des instructions de Bouddhas et d'autres bodhisattvas, il pourra poursuivre sa progression spirituelle et se manifester dans le monde à volonté pour le bien des êtres.

Il est cependant une autre catégorie d'êtres qui n'ont pas à passer par le bardo du devenir et qui sont amenés directement au bardo de la naissance à la mort (ou bardo de la vie). Ce sont les êtres au karma particulièrement négatif, ceux qui ont accompli des actes extrêmement nuisibles, qui se sont volontairement détournés de toute possibilité d'Eveil, qui ont sciemment brisé les liens initiatiques du Vajrayana... Du fait des dispositions extrêmement néfastes qu'ils ont établies en eux, ces êtres se plongent eux-mêmes dans les enfers, un état de souffrance intense pour un temps très long.

QUESTIONS/REPONSES

- Rinpoché pourrait-il rappeler la chronologie de l'apparition des cent deités dans le cadre des différents bardos ?

Il y a en fait deux phases d'apparition des cent déités paisibles et courroucées. Tout d'abord, lors du bardo du Dharmata, au moment de la manifestation de la Claire lumière fondamentale, apparaissent les cent déités sous la forme de lumières fulgurantes, de bruits retentissants, etc. Ensuite ces déités vont se manifester jour après jour pendant le bardo du devenir, sous une forme moins essentielle que précédemment.

- Comme il a été dit, on peut déterminer le type de renaissance en fonction de l'orifice par lequel la conscience quitte le corps. Cela implique-t-il que l'état d'existence à venir est déterminé dès cet instant et, dans ce cas, quel rôle joue le bardo du devenir dans le "choix" par la conscience d'une renaissance future ?

Dès l'instant où l'on entre dans le bardo du devenir il n'y a plus tellement de libre-arbitre, la conscience est poussée par le "vent du karma". Il faut vraiment l'intervention d'un maître spirituel pour nous aider éventuellement à éviter des renaissances inférieures et à trouver une condition d'existence propice. Cependant, dans la mesure où le processus suit son cours naturel sans intervention extérieure, on peut dire que le type de renaissance est en effet déjà déterminé.

- Dans quel type d'existence sont amenées à renaître les personnes qui sont forcées d'accomplir des actions très négatives, par exemple des enfants du Tibet qui sont contraints de battre ou de tuer leurs parents ?

Bien entendu, ce type d'action accomplie contre volonté et sous la menace n'a pas la même incidence que d'assassiner ses parents sous l'emprise de la haine. Il y a cependant une dette karmique qui se crée pour le tueur envers sa victime. Ce lien créé n'est pas foncièrement négatif ; en tous cas, dans une existence future, "l'assassin forcé" se retrouvera dans une situation où il devra venir en aide à son ancienne victime à travers des actes positifs de générosité : il aura cette personne à charge, par exemple.

- En Occident, il est d'usage d'effectuer immédiatement après le décès différentes manipulations plus ou moins respectueuses sur le corps afin de l'apprêter. La personne qui vient de mourir a-t-elle connaissance de cela et ressent-elle l'état d'esprit de ceux qui s'occupent de son corps ?

La plupart des gens ne se rendent pas compte de ce qui se passe, puisque ces manipulations sont effectuées juste après la résorption des principes vitaux, pendant la phase d'inconscience totale. Par contre, elles sont un obstacle pour un méditant qui demeure en méditation après la mort et qui est donc tout à fait conscient.

- Dans le cas d'un accident violent, il est impossible de se préparer au moment de la mort. Qu'en résulte-t-il ? Que faire aussi lorsqu'il ne reste plus rien du corps ?

Lors d'une mort accidentelle brutale, les différentes phases de résorption ne peuvent pas se produire correctement. Un excellent moyen de pallier ce risque est d'effectuer le powa du nirmanakaya, dans la mesure où l'on s'est entraîné durant sa vie ; cette pratique peut être effectuée instantanément, au moment même de l'accident. Si la personne a un lien particulier avec un lama, celui-ci peut ensuite effectuer le powa pour elle, ainsi que d'autres pratiques facilitant l'accès aux Terres pures. Bien qu'il soit plus facile de bénéficier de la présence du corps physique qui constitue un pôle d'attraction pour le principe conscient, lorsqu'il ne reste rien du corps il est toutefois possible pour un maître qualifié d'effectuer le powa, puisque le principe conscient est distinct du corps. Dans ce cas, le principe conscient est ramené sur un substitut du corps, une feuille de papier spécialement consacrée, qui le maintient durant le temps nécessaire pour l'envoyer dans les Terres pures.

- Jusqu'à combien de temps après la mort peut-on pratiquer powa pour quelqu'un ?

Lorsque le processus s'effectue normalement, le lama va aider le mourant en accomplissant le powa au moment adéquat, très précisément après l'arrêt de la circulation externe (arrêt de la respiration et du cœur) et avant l'arrêt de la circulation interne (énergies subtiles). Dans le cas d'un accident, le powa peut être effectué dans un délai de deux ou trois jours sans trop de difficultés. Au-delà, il faut faire appel à des lamas hautement qualifiés et spécialisés dans ces pratiques ; dans ces conditions, on peut parvenir à "récupérer" le principe conscient jusqu'à une quarantaine de jours après la mort.

- Qu'advient-il d'une personne qui a pris refuge et qui, plus tard, s'est suicidée ? Que peut-on faire pour elle ?

Une telle personne se trouve dans une mauvaise posture, parce que se suicider n'est vraiment pas positif. Bien évidemment, il faut par tous les moyens essayer de dissuader la personne de mettre fin à ses jours ; si l'on échoue, on peut faire des poujas et prières d'Amitabha, de Tchenrézi, du Bardo Thôdgi. Quant à ce qu'il advient d'un suicidé, il n'y a pas de règle générale, cela dépend beaucoup des motifs pour lesquels la personne a mis fin à ses jours : on peut se suicider dans un état d'esprit de violence et de rancœur, ou bien parce que l'on souffre beaucoup, ou même pour éviter des souffrances à autrui... Ceci dit, en mettant fin à ses jours, on stoppe prématurément un processus avant son échéance naturelle. Cela a pour effet de maintenir le principe conscient dans un état d'emprisonnement sans qu'il puisse trouver une nouvelle naissance, ceci pendant un temps parfois très long.

- Comment ces enseignements sur les bardos ont-ils pu être constitués, dans la mesure où il faudrait être revenu du bardo pour pouvoir en faire la description ?

Il y a plusieurs façons de savoir ce qui se passe dans le bardo. L'une d'entre elles consiste justement à en être revenu. C'est le cas de certains individus extrêmement rares appelés dé-lo, "ceux qui sont revenus de l'au-delà", qui décrivent avec une étonnante précision tout ce qu'ils ont vu et expérimenté dans le bardo, et qui sont également capables de révéler des choses ayant trait aux affaires courantes de la vie mais que personne ne devrait connaître, telles des secrets de famille bien gardés par exemple ! D'autre part, certains grands méditants parviennent à des états d'absorption méditative tels qu'ils développent ainsi la possibilité de retrouver le souvenir de leurs existences antérieures ainsi que des états intermédiaires du bardo. Il faut bien considérer le fait que les bardos sont une chaîne ; rien ne nous sépare de notre mort précédente, si ce n'est la naissance. La mort n'est pas une expérience nouvelle à venir mais quelque chose que nous avons vécu d'innombrables fois, et il est possible pour un méditant de retrouver ces expériences passées, de franchir le barrage de la naissance qui en occulte le souvenir conscient.

- Comment peut-on situer ces pratiques de powa et l'évocation des cent dettes du bardo par rapport aux pratiques chamaniques et autres courants religieux ?

Bien entendu le bouddhisme n'a pas le monopole de la mort ni de son approche pratique. Cependant, ce que l'on appelle les "cent divinités paisibles et courroucées" traduit une réalité universelle constitutive d'un bouddhiste comme d'un non-bouddhiste. Tous les êtres, tout ce qui possède un esprit, sont confrontés à cette même réalité. Cependant chaque religion, chaque civilisation a développé sa propre approche de la mort et ses pratiques spécifiques pour traiter une réalité commune à tous ; quant à powa et aux autres pratiques liées au bardo, il s'agit du traitement bouddhiste de cette réalité universelle qu'est la mort.

Cette partie est consacrée à l'étude des particularités du bardo du devenir ; nous y trouverons des détails intéressants sur les caractéristiques du "corps mental". Rinpoché décrit les différents processus se déroulant pendant le bardo de la mort, mais aussi au moment précis précédant l'entrée dans une matrice, en d'autres termes une nouvelle incarnation.

L'esprit d'éveil et le bardo

Avant de recevoir des enseignements, il convient de s'établir dans la juste motivation, l'attitude d'esprit éveillée. Cette bodhicitta se développe à deux niveaux: aspiration et mise en action.

En premier lieu, on va prendre conscience de la situation indésirable dans laquelle sont pris tous les êtres qui errent dans le cycle des existences, dont l'esprit est sous l'emprise des émotions, ce qui les entraîne dans le cycle sans fin des naissances et des morts. Contemplant cette souffrance dans laquelle sont plongés les êtres qui furent nos mères d'innombrables fois, on développe la ferme détermination de tous les libérer des tourments dont ils sont affligés et de les rétablir dans le bonheur immuable de l'au-delà de la souffrance.

C'est la bodhicitta d'aspiration, qui s'exprime au travers des souhaits et des prières.

Ceci dit, cette détermination n'est pas suffisante en soi, il faut la concrétiser par la mise en application de notre aspiration ; c'est le deuxième aspect de la bodhicitta. Cette mise en oeuvre va s'effectuer par la pratique des six vertus transcendantes (paramitas) que sont générosité, éthique, patience, énergie enthousiaste, méditation et sagesse- connaissance, vertus qui nous permettent d'agir de façon authentique pour le bien des êtres. Sans considération pour son propre bienfait, on va agir avec l'unique dessein d'établir tous les êtres sans exception dans l'au-delà de la souffrance.
On va donc s'efforcer de développer une noble attitude du corps, tournée vers le bien d'autrui, une attitude conforme à l'esprit d'éveil. On pratiquera la générosité d'une manière simple et naturelle en donnant vêtements et nourriture à ceux qui en ont besoin, en offrant assistance médicale aux nécessiteux ; pour résumer, toute forme de générosité accomplie avec sincérité. Il convient aussi d'avoir une attitude noble au niveau de la parole, s'adressant à son prochain d'un ton égal, poli, en employant des termes qui ne sauraient blesser directement ou indirectement, en évitant toute allusion déplacée. On s'efforcera également de développer une noble attitude d'esprit en se débarrassant au maximum de toutes pensées de jalousie, de colère et autres et en se tournant sincèrement vers autrui avec la meilleure bienveillance, de façon à être à même d'aider les autres d'une manière naturelle et sans orgueil.

Non seulement cette attitude noble du corps, de la parole et de l'esprit est éminemment profitable à autrui, mais on en retire soi-même un grand bienfait : débarrassé des scories qui l'encombrent, des émotions violentes, l'esprit s'établit dans une attitude intérieure paisible et bienveillante en accord avec l'attitude extérieure, et on expérimente un état de paix et de calme, avec une qualité de clarté et de lucidité d'esprit bien supérieure à la normale.

Dans le développement de la bodhicitta, il existe plusieurs approches de notre relation aux autres. Eh premier lieu, on va considérer autrui comme étant égal à soi-même : en nous basant sur notre propre expérience de la souffrance et du bonheur, nous allons considérer le fait que tout être vivant souhaite comme nous éviter la souffrance et obtenir le bonheur. Ainsi, puisque nous désirons éviter la douleur, nous nous abstiendrons de faire souffrir autrui ; puisque nous ne souhaitons pas perdre ce que nous avons acquis, nous éviterons de prendre aux autres ce qui ne nous est pas donné ; et aussi, puisque nous-mêmes recherchons bonheur, paix et sécurité, nous nous efforcerons de les apporter aux autres, de
leur procurer les conditions que nous aimerions trouver pour nous-mêmes. Nous allons ainsi agir conformément à l'esprit d'éveil, mettant en pratique la compassion - désir d'écarter la souffrance pour autrui et l'amour - désir d'établir tous les êtres dans le bonheur. Nous allons donc adopter un mode de vie et de comportement à travers lequel nous nous efforcerons d'établir les êtres dans le bonheur et de les libérer de la souffrance, d'une manière aussi instinctive et naturelle que nous le ferions pour nous-mêmes.

Ceci dit, il existe une attitude plus proche de la bodhicitta qui consiste à considérer son prochain comme plus important que soi-même, donnant aux autres tout le bonheur que l'on souhaiterait pour soi et prenant sur soi toute la souffrance d'autrui. La méditation de tonglen qui utilise le support de la respiration permet de développer cette attitude. En expirant, on pense que l'air expiré est une lumière qui emplit l'univers et apporte bonheur et félicité à tous les êtres, sans distinction entre proche et lointain, ami et ennemi ; c'est une lumière de félicité qui pénètre tous les êtres de manière égale, comme la lumière du soleil. En inspirant, on pense que l'on aspire une sorte de fumée noire opaque condensant toute la souffrance, les émotions et négativités des êtres, les débarrassant ainsi de leurs tourments. Cette fumée noirâtre se dissout en nous et disparaît. Cette méditation a donc pour but l'entraînement de l'esprit à l'attitude pleinement altruiste ; elle est très bénéfique pour ceux qui la pratiquent car elle apaise la saisie égocentrique, source des émotions conflictuelles qui perturbent l'esprit.

L'entraînement à la bodhicitta sous tous ses aspects, notamment à travers des pratiques spécifiques telle la méditation de tonglen, est non seulement bénéfique à tous, mais est de plus extrêmement utile lorsqu'on entre dans les états intermédiaires du bardo. On se trouve alors face à des situations périlleuses et terrifiantes qui sont la matérialisation de nos craintes, émotions et tendances profondes. Plus on est préoccupé par soi-même, attaché à sa propre personne et soumis à une forte emprise des émotions sur notre esprit, plus les projections et hallucinations du bardo apparaîtront de manière réelle et terrifiante.

Ainsi, l'entraînement à la bodhicitta et toutes les pratiques en général non seulement apportent des effets relativement immédiats dans cette existence, mais ont pour but de faire du moment de la mort et du passage dans le bardo une transition paisible, dans la mesure où notre esprit se sera habitué à se détacher de ses propres projections et émotions conflictuelles. Cet entraînement nous permet donc d'éviter de nous laisser entraîner par les visions terrifiantes du bardo. De plus, dans l'éventualité d'une future naissance, selon la force de nos souhaits et de notre pratique nous nous dirigerons vers un état d'existence favorable, une précieuse existence humaine qui nous offrira la possibilité de poursuivre notre chemin vers l'éveil et de venir en aide aux êtres.

Le bardo du devenir

Nous avons vu que le méditant excellent qui, s'étant entraîné de son vivant à la méditation, avait reconnu la Claire lumière du chemin et pouvait se libérer dans le meilleur des cas au moment de la mort. Le méditant un peu moins qualifié se libérera au moment du bardo de la Claire lumière du dharmata. Le méditant de capacité moindre pourra se libérer durant le bardo du devenir. Pour la majorité des êtres, ordinairement, la Claire lumière fondamentale n'apparaît que pour un temps très bref et n'est pas reconnue comme telle, l'esprit demeurant comme aveugle, fermé à sa reconnaissance.
La conscience, dès lors, tombe dans une sorte de coma dépourvu de tout phénomène mental, un peu comme le sommeil très profond, état qui peut durer de quelques instants à quelques jours en fonction des individus. Puis on va émerger de cet état d'inconscience, ce qui marque l'entrée dans le bardo du devenir. La durée de ce bardo varie selon les individus : certains peuvent demeurer prisonniers de cet état intermédiaire pendant très longtemps, étant bloqués pour une raison ou une autre ; pour d'autres, c'est un passage qui dure simplement quelques instants ou quelques jours. On considère traditionnellement que la durée maximum du bardo du devenir est de quarante neuf jours.
II existe des signes extérieurs qui indiquent que la personne a quitté le bardo du dharmata et est entrée dans le bardo du devenir. Il se produit en général un écoulement au niveau des narines ou de l'orifice sexuel. Ceci n'a rien à voir avec le relâchement des sphincters qui se produit au moment de la mort ; c'est un phénomène qui se produit beaucoup plus tard, à l'issue du bardo du dharmata, donc jusqu'à deux ou trois jours après le moment de la mort selon les individus.
L'apparition de ces signes marquent donc l'entrée dans le bardo du devenir qui se termine au moment où la conscience entre dans un nouveau processus de renaissance, à travers une matrice ou autre.

Le corps mental

Dans le bardo du devenir, on est doté de ce qu'on appelle un "corps mental". Ce corps mental est en fait le reflet de nos tendances inconscientes ; tout comme celui auquel on s'assimile dans le rêve, il est le fruit de nos expériences, de notre vécu, et ressemble donc en tous points à celui que nous avions de notre vivant, à la seule différence qu'il apparaît comme parfaitement complet : même si l'on était sourd, aveugle, infirme ou estropié en cette existence, le corps mental du bardo du devenir apparaît tout à fait complet et opérationnel. Tout comme notre individualité psychophysique en cette vie était formée des cinq agrégats, cristallisation de nos tendances profondes, de la même façon ces tendances inconscientes vont dans le bardo réunir les loungs, les éléments subtils et mentaux qui créent l'illusion d'un corps semblable à celui qu'on expérimente dans le rêve, base d'expériences sensorielles.
Ce corps mental peut se déplacer sans aucun obstacle, traversant porte, mur ou montagne sans difficulté ; on se rend instantanément là où nous portent nos pensées. Il est dit de ce corps mental qu'il génère sa propre lumière. En effet, ordinairement, pour percevoir ce qui nous entoure, nous avons besoin non seulement de nos yeux mais aussi d'une lumière naturelle ou artificielle qui se réfléchisse sur les objets ainsi perceptibles par l'intermédiaire de l'organe visuel. Le corps mental, quant à lui, est dépourvu de matérialité et ne possède
donc pas d'organe visuel. Lorsqu'on dit qu'il génère sa propre lumière, cela ne signifie pas qu'il rayonne comme une lampe, mais qu'il n'a pas besoin d'une source de lumière extérieure pour percevoir les objets ; c'est un peu comme dans le rêve où la lumière extérieure n'est pas nécessaire pour percevoir les objets oniriques.
Dans le bardo, il est impossible de se nourrir de substances matérielles. Néanmoins les êtres du bardo expérimentent la faim et la soif qui peuvent toutefois être apaisées par l'odeur d'aliments si ceux-ci leur sont spécialement dédiés, sinon cela n'a aucun pouvoir de les soulager. Lorsqu'on évolue avec ce corps mental, on possède d'une manière erratique et limitée certaines facultés supra-normales comme la clair-audience, la clairvoyance, la télépathie, etc…, qui apparaissent de façon fragmentaire et instable au gré des circonstances. Les êtres du bardo qui sont karmiquement très proches les uns des autres ont la possibilité de se percevoir.
Une autre caractéristique du corps mental est son extrême instabilité : actuellement, notre principe conscient est ancré, circonscrit à un corps physique qui assure une certaine stabilité relative. Débarrassé de ce corps physique, la conscience du corps mental est extrêmement mouvante et volatile. Il suffira de penser à quelqu'un, par exemple, pour se trouver instantanément en face de cette personne, sans que celle-ci puisse évidemment nous percevoir. Puis, dès que la pensée vacille un peu et qu'on perd sa concentration, on se retrouve en face de quelqu'un d'autre ou dans un lieu totalement différent; on est ainsi constamment projeté d'une situation à une autre au gré des fluctuations mentales. La réalité dite "objective", considérée comme extérieure, s'exprime d'une manière tout à fait chaotique reflétant directement l'agitation de nos pensées. Ceci n'apparaît pas comme étant extraordinaire au départ, mais finit par se révéler progressivement et être reconnu comme "état post-mortuaire".

Les expériences du bardo

Lorsqu'on entre dans le bardo du devenir, on voit clairement son propre cadavre étendu sans que cela nous paraisse étrange, bien qu'on perçoive, sans comprendre
pourquoi, les personnes se trouvant réunies autour de notre corps. On n'a pas du tout l'impression d'être mort ; un peu comme dans un rêve où l'on serait confronté à des situations fantastiques nous paraissant cependant tout à fait normales. Mais on va percevoir petit à petit que les gens qui nous entourent se lamentent et se désolent, ce qui nous intrigue un peu puisqu'on est là ; on va réaliser progressivement que l'on se déplace sans projeter d'ombre, ou bien qu'au lieu de passer une porte de façon ordinaire, on se glisse dessous ou par le trou de la serrure ! A travers une accumulation de tels faits observés on en arrive finalement à conclure que l'on est mort, cette prise de conscience demandant un certain temps car notre situation n'est pas évidente au premier abord.

D'autre part, il est dit que notre propre cadavre ainsi que les êtres qui l'entourent peuvent être perçus sous une forme correspondant au signe animal de l'année de notre naissance, ce qui peut être assez effrayant en ce qui concerne les signes "forts" comme le dragon par exemple, ceci provoquant d'une manière générale un certain émoi même si l'on est du signe du rat ou du chien !

Les apparences du bardo se développent en fonction des tendances habituelles accumulées dans cette existence. Ainsi, pendant la moitié du temps du bardo du devenir, les apparences que l'on perçoit, le monde et les circonstances à travers lesquels on évolue seront très proches de ce qu'on a expérimenté de notre vivant. Puis, petit à petit, les choses vont changer et se singulariser. Au fur et à mesure que ces tendances habituelles s'épuisent, vont se manifester de plus en plus les tendances profondes ancrées dans ce qu'on appelle en Occident le "subconscient", qui vont prendre le relais, conditionnant le karma de perception, l'expérience de notre existence à venir. Actuellement nous possédons un karma de perception qui correspond à l'état d'être humain, et de ce fait nous percevons l'existence, l'univers selon le mode humain.
Cependant, si l'on est destiné à subir un karma de perception différent dans l'existence suivante, la réalité fondamentale va être déchiffrée selon une grille de référence différente, elle va apparaître selon un mode qui ne correspondra plus du tout à la référence humaine, par exemple le mode animal. Ainsi, les apparences du bardo vont évoluer dans ce sens jusqu'à ce que l'on intègre finalement un processus de renaissance correspondant à notre karma.

Lumières de sagesse et lueurs des six mondes

Au cours du bardo du devenir, on va être confronté à l'apparition de phénomènes lumineux successifs de différentes couleurs (blanc, rouge, bleu, vert, jaune, noir). Ces apparitions se produisent à chaque fois selon deux aspects. Tout d'abord, se manifeste une lumière éclatante, éblouissante, extrêmement vive et effrayante, d'une violence quasiment insoutenable, qui est l'essence même de la luminosité et de la couleur. Cette lumière d'une couleur définie, parfaitement pure et limpide, correspond à l'une des suprêmes connaissances associée à cette couleur lumineuse. Ces apparitions éclatantes sont libératrices dans la mesure où l'on en reconnaît la nature propre ; ce sera alors la fusion de l'esprit en la suprême connaissance manifestée en cette lumière.
En même temps apparaît une lumière douce et tamisée, pâle reflet de la précédente, qui correspond à une classe d'existence définie et vers laquelle on se sent attiré. Dans la mesure où l'on se sent tout à fait transpercé, terrassé et effrayé par l'éclat de la lumière de suprême connaissance, on va dans cette situation avoir tendance à se diriger vers ces lumières douées et attirantes qui nous entraînent dans l'existence cyclique et nous amènent à renaître au sein de l'une des six classes d'êtres. Le blanc un peu terne correspond au monde des dieux (dévas) dominés par l'orgueil ; le rouge au monde des dieux jaloux ou demi-dieux (asouras) dominés par la jalousie ; le bleu au monde humain dominé par l'attachement ; le vert à l'existence animale dominée par l'ignorance ou opacité mentale; le jaune correspond au monde des esprits avides (prêtas) habités par l'avarice ; et le noir aux états infernaux dominés par la colère.

Les lumières de sagesse originelles extrêmement vives sont accompagnées de sons formidables, très violents, semblables au tonnerre, l'essence même du son. Si l'on s'est entraîné de son vivant au calme mental, si l'on a reçu des enseignements et pratiqué le Dharma, on peut être amené à reconnaître ces manifestations lumineuses et sonores comme étant la projection, l'objectivation de notre propre essence. Dès lors, ces phénomènes terrifiants, lorsqu'ils sont perçus comme extérieurs à nous, n'ont plus rien d'effrayant lorsqu'ils sont reconnus comme étant simplement la manifestation essentielle de notre propre esprit. Non seulement ils sont ainsi dégagés de toute charge émotive, mais de plus, la reconnaissance de leur nature nous permet de nous libérer en la suprême connaissance correspondante - ils sont reconnus comme l'un des cinq Dhyani-bouddhas. Cependant, pour que cette reconnaissance libératrice puisse s'effectuer, il faut avoir suivi l'entraînement nécessaire ; faute de quoi, fuyant ces manifestations extrêmement vives qui nous effraieront, dans notre confusion nous nous dirigerons fatalement vers la lumière terne et douée menant à l'un des six états d'existence.

Vers une nouvelle existence dans le cycle

Lorsqu'on est attiré par l'un des six états d'existence, on n'a pas conscience de se diriger vers tel ou tel monde. Il n'y a rien pour nous montrer la direction que l'on est en train de prendre. Les apparences du bardo vont se manifester d'une manière totalement symbolique dépendant de chaque individu, comme dans le rêve. Par exemple, en étant attiré par le monde des dieux, on aura l'impression de se diriger vers un superbe palais de cristal ; destiné à renaître en le monde des dieux jaloux, on sera attiré par des roues de feu, des champs de bataille où l'on pourra se couvrir de gloire ; penchant vers le monde animal, on aura l'impression de se réfugier dans des grottes accueillantes ou des trous dans la terre, comme des terriers ; destiné à renaître comme esprit avide, on aura envie de se glisser dans des fentes de rochers ou à l'intérieur de souches vermoulues ; si l'on doit renaître dans les enfers, on sera attiré par des lieux sombres et souterrains que l'on trouvera accueillants et vers lesquels on se précipitera, cherchant à échapper à un danger imaginaire. L'entrée en ces différents mondes se fait d'une façon très symbolique qui n'a que peu de rapport avec la situation en soi. Une fois que l'on s'est dirigé vers l'une des six classes d'existence, se produit ensuite l'entrée en la matrice (Il est à préciser toutefois qu'il existe d'autres formes de naissance. On en dénombre quatre en tout : par une matrice, par un oeuf, par humidité, par apparition.)

On aura la vision de ceux qui vont devenir nos parents géniteurs dans le monde où nous sommes appelés à prendre naissance. Si nous devons renaître en tant qu'humain, nous aurons connaissance de nos futurs parents en union sexuelle.
Au moment du coït, nous éprouverons une attraction irrésistible pour l'un et une aversion violente pour l'autre, suivant que l'on est destiné à renaître mâle ou femelle (si l'on doit renaître en tant qu'homme par exemple, on éprouvera attraction pour la future mère et aversion envers le futur père). En fait, à ce moment, le principe conscient suit ou s'associe en quelque sorte au processus de rencontre des deux gamètes, spermatozoïde et ovule, principe masculin et principe féminin.

Bardo et libération

Au moment où s'opère la fusion des deux éléments mâle et femelle formant ainsi un zygote, premier élément de l'être vivant, le principe conscient se trouve totalement identifié à cet oeuf, ce début d'embryon. Il y demeure complètement prisonnier, ne pouvant plus désormais s'échapper. Alors commence le processus de constitution et de développement du corps au sein de la matrice, qui amènera finalement à la naissance, à l'entrée dans le bardo de la vie (le bardo de la naissance à la mort). On a ainsi bouclé le cycle des différents bardos de l'existence conditionnée.
Il faut savoir que ces bardos ne constituent pas des entités distinctes mais forment un courant continu et sont reliés les uns aux autres au sein de l'existence globale, de la même façon qu'on ne peut pas dire que le sommeil et le rêve sont séparés de ce que nous appelons la vie, ils en font partie.
Si l'on parvient au sein de l'un de ces bardos à percevoir le caractère illusoire des phénomènes auxquels on est confronté, on en sera libéré. C'est la raison pour laquelle on pratique l'absorption méditative, le yoga du rêve, etc. Même si, en le rêve ou la méditation, on parvient seulement à s'approcher de l'état de reconnaissance de la nature illusoire de la manifestation, cela nous aidera à reconnaître le caractère également illusoire des phénomènes qui apparaissent lors des bardos qui suivent le moment de la mort. Dans ce contexte, la reconnaissance est à la fois plus difficile du fait de la violence des manifestations, et plus facile car l'esprit n'est plus limité ni prisonnier d'un support matériel.
Les bardos constituent un seul courant d'être et l'on peut à tout instant s'en libérer. Si de son vivant on parvient à rester dans un état de méditation stable, quand l'esprit demeure dans la contemplation de sa propre essence sans être emporté par les phénomènes mentaux et les émotions, on va pouvoir en dehors de la méditation développer la compréhension du caractère illusoire de tous les phénomènes. On développe la réalisation du fait que les cinq agrégats constitutifs de notre personne sont en essence les cinq Dhyani-bouddhas et que les cinq éléments composant l'univers sont en essence les cinq parèdres (aspects féminins) de ces Bouddhas. Cette prise de conscience peut donc s'effectuer au sein même de la vie quotidienne. Elle se poursuit dans le rêve.
On n'entrera plus dans le rêve d'une façon ordinaire, sans aucun libre-arbitre, mais en toute lucidité, comprenant qu'il s'agit de quelque chose de complètement illusoire, que le rêve est totalement dépourvu de réalité. On pourra alors conserver cette lucidité à l'état de veille. Au moment de la mort et après, cette lucidité agira par rapport aux illusions du bardo et, par la force de cette prise de conscience, on sera libéré instantanément. On n'aura pas à subir le passage en le bardo.
Tel est le but de la pratique méditative du Vadjrayana dans ses deux phases de développement (kyérim} et d'achèvement (dzokrim). On développe tout d'abord consciemment en notre esprit la visualisation d'une déité ; puis cette déité se dissout en lumière et se fond en nous, cette phase exprimant l’indissociabilité de la déité et de notre propre esprit dont elle n'est qu'un des aspects essentiels ; finalement, indifférencié de la déité, on se fond soi-même en la vacuité originelle qui n'est rien d'autre que la Claire lumière fondamentale.

Si de son vivant on s'est entraîné à ces différentes phases de la méditation, on aura l'opportunité de se libérer des apparences et du cycle des existences, que ce soit au moment de la mort, lors du bardo du dharmata ou dans le bardo du devenir. Le moment de cette libération dépend du degré de maîtrise de notre pratique ainsi que de la phase en laquelle on s'est le mieux entraîné. Quoiqu'il en soit, l'entraînement que nous aurons poursuivi en les pratiques du Vadjrayana donnera directement accès à la nature de ces expériences auxquelles nous serons confrontés dès le moment de la mort. Et il sera possible de réaliser toutes ces manifestations extérieures comme étant la projection de notre propre esprit, comme n'étant pas différentes de l'esprit même. Ainsi, lorsqu'apparaîtront les divinités du bardo, quel que soit leur aspect, on les reconnaîtra pour ce qu'elles sont et on se libérera ainsi instantanément des apparences.

Les deux phases de création (kyérim} et d'achèvement (dzokrim} correspondent respectivement aux moyens et à la sagesse. Elles ne peuvent être considérées indépendamment l'une de l'autre. Les déités que l'on développe en notre esprit ne sont pas différentes de la vacuité. Toute la manifestation n'est pas différente en essence de la vacuité. Il n'y a donc pas de séparation entre la nature ultime des phénomènes et leur réalité apparente. De ce fait il est très important de considérer les phases de kyérim et dzokrim comme un tout indissociable.
Milarépa a dit qu'il n'y a pas d'autre démon que notre propre esprit et que la seule manière de les subjuguer est de vaincre nos propres tendances négatives. Ceci dit, il apparaît néanmoins des entités malfaisantes que l'on appelle "démons", qui sont définies en différentes catégories.
Ce peut être des entités individuelles errantes ou rattachées à un lieu particulier ; dans ce cas, ces entités vont charger ce lieu d'influences extrêmement négatives, rendant les gens malades, provoquant hallucinations ou impulsions à commettre des actes nuisibles.
Ce peut être aussi des entités prisonnières d'un état végétatif obscur, un peu "crépusculaire", conséquence d'une puissante emprise des émotions sur leur esprit en dépendance d'une très forte saisie égocentrique. Par la force d'un attachement intense, d'une très grande haine, avidité, jalousie ou autre, ces êtres vont se trouver prisonniers d'un état qui leur permet d'avoir certaines relations avec le monde humain et d'exercer des influences plus ou moins négatives vis-à-vis des humains dans des situations données.
D'autres, que l'on peut appeler "fantômes", endossent l'apparence et certaines caractéristiques d'une personne décédée, ce qui est cependant tout à fait distinct du corps mental du défunt ; ces entités vont amener beaucoup de perturbations chez les vivants par leurs apparitions, en les empêchant de dormir, en provoquant certains déséquilibres entraînant des maladies psychosomatiques... Bien que dépourvues de réelle substance, ces entités peuvent donc entraîner des troubles chez les humains.
D'autres types de "démons" sont des êtres prisonniers du bardo du devenir. Dotés d'un corps mental, ils errent dans ces états intermédiaires sans pouvoir s'en libérer. Certains d'entre eux finissent par renaître en tant qu'esprits avides, les autres continuent à errer dans le bardo et peuvent devenir malfaisants du fait de leur insatisfaction permanente. En fait, toutes ces entités ou "démons" sont malheureuses, tourmentées, et par conséquent enclines à agir de façon malveillante et nuisible envers autrui.
Comme le dit Milarépa, la meilleure façon de vaincre les démons est de purifier son propre esprit. Ceci dit, il existe certains rituels de purification qui écartent ou apaisent ces entités. Par l'aide qu'on leur apporte, on peut alléger leur souffrance, leur état de profonde insatisfaction, les rendre plus heureuses et les libérer des états dont elles sont prisonnières.
On diminue ainsi leurs tendances malveillantes, libérant du même coup les humains de leurs influences négatives. Par exemple, il est un moment où l'on présente à ces entités de la nourriture et des boissons destinées à calmer leur faim dévorante, ces offrandes s'adressant également aux prêtas, les esprits avides. On brûle de la farine, un mélange de différentes graines, de sucre, etc. Ces substances leur sont dédiées, de telle sorte qu'elles peuvent en absorber l'essence et être ainsi rassasiées et désaltérées. Toutes ces pratiques permettent d'apaiser ces entités en soulageant leur faim, leur soif, en diminuant leur agressivité et ainsi de les libérer de l'état en lequel elles sont enfermées, ou tout au moins d'apaiser leur désir de nuire à autrui.

Source http://www.dhagpo-kagyu.org/france/enseignements/chemin/nature_mind/6bardos-bkr-1.htm
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Les 6 bardos

Message par hananou le Sam 08 Jan 2011, 22:46

Merci pour cette source de connaissance Bonjour
Elle crée des réponses a mes questions et me guide au plus juste
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Re: Les six bardos - Bérou Khyentsé Rinpoché

Message par tindzin le Sam 24 Sep 2011, 15:27

Si à notre mort il est question de visions oniriques et d'apparitions de points ou tâches de couleurs, donc de représentation illusoires et de lumières, alors à mon sens, ceci est la preuve que notre monde n'est qu'une projection de notre conscience.

La perception matérielle de notre monde et de nous même, est la démonstration de l'attachement que porte l'égo à son désir schizophrène et erroné d'une recherche de validation de son existence, au détriment de l'élévation de la vrai nature des phénomènes, soit de notre vrai nature, qui elle n'empêche nullement l'apparition et le développement des phénomènes, qui eux sont liés au Karma.

Ainsi il m'apparait (ce que je pense) que la restauration de notre nature développe notre réalisation confirmant l'imposture de l'égo, ce qui nous installe dans une dynamique favorisant l'apparition, l'élévation, le développement, puis finalement nous assure l'obtention de l'insurpassable et incommensurable Eveil, très loin de la schizophrénie, de toutes détresses mentales ou de la dépression.

Bonne journée à vous toutes et tous.

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Re: Les six bardos - Bérou Khyentsé Rinpoché

Message par Pema Gyaltshen le Dim 25 Sep 2011, 08:33

Merci pour le partage de ces enseignements précieux Karma Djinpa Gyamtso !



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Re: Les six bardos - Bérou Khyentsé Rinpoché

Message par Karma Yéshé le Dim 25 Sep 2011, 14:31

merci pour ce partage;cet enseignement est très complet.
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Re: Les six bardos - Bérou Khyentsé Rinpoché

Message par karma djinpa gyamtso le Dim 25 Sep 2011, 18:29


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Re: Les six bardos - Bérou Khyentsé Rinpoché

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