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la méditation : une médecine d'avant garde ( article de 2005 )

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Invité

la méditation : une médecine d'avant garde ( article de 2005 )

Message par Invité le Sam 06 Fév 2010, 22:39

En direct de Washington…





LA MEDITATION : UNE
MEDECINE D’AVANT-GARDE ?









Du 8 au 10 novembre 2005,
plusieurs scientifiques de renommée internationale rencontraient le dalaï-lama
et d’autres personnalités du monde spirituel pour débattre des bases scientifiques
et des applications cliniques de la méditation. Organisées par le Mind and
Life Institute
, ces trois journées se déroulaient à Washington, juste avant
l’ouverture du Congrès annuel de la Society for Neuroscience où le
dalaï-lama était invité à prendre la parole.






Synergies


Il n’existe sans doute pas de
meilleur exemple d’interdisciplinarité et de complémentarité que celui du Mind
and Life Institute
. Au départ, deux hommes : Adam Engle, avocat et
homme d’affaire américain, et Francisco Varela, neurobiologiste chilien,
diplômé de Harvard et directeur de recherche au CNRS (Centre National de la
Recherche Scientifique) à Paris. Rien ne les prédestinait à se rencontrer, si
ce n’est le fait que, chacun de leur côté, ils s’étaient convertis au
bouddhisme et que, tous les deux, ils avaient entendu parler de l’intérêt du
dalaï-lama pour la science occidentale. C’est une femme, Joan Halifax,
enseignante bouddhiste zen, qui, en 1985, eut la bonne idée de les réunir. Le Mind
and Life Institute
était né. L’esprit et la vie. Avec un objectif : établir
un dialogue entre la science et le bouddhisme. Deux cultures qui, chacune à
leur manière, tentent de comprendre la nature de la réalité afin d’améliorer la
condition humaine. Un projet ambitieux, donc. Puisque rien n’est plus difficile
que réussir un dialogue constructif entre deux cultures. Deux ans plus tard,
une première rencontre fut organisée entre le dalaï-lama et des chercheurs, dans
les appartements privés du chef spirituel des Tibétains, à Dharamsala. Une
dizaine d’autres réunions se déroulèrent en petit comité jusqu’en 2003, lorsque
le prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT),
invita Engle à organiser une réunion à Boston, en présence d’un public plus
large. Entre temps, Francisco Varela était décédé au mois de mai 2001. Il
aurait certainement apprécié de constater à quel point, aujourd’hui, les
dialogues du Mind and Life Institute suscitent l’intérêt de la
communauté scientifique.


Qui aurait pu imaginer vingt ans
plus tôt que, pour leur treizième édition, ces rencontres
scientifico-spirituelles seraient parrainées par deux institutions aussi
sérieuses que la Johns Hopkins University de Baltimore et la Georgetown
University de Washington ? « Notre mission est d’aborder des
territoires inexplorés et de comprendre ce qui nous paraît encore
incompréhensible. Nous devons rester ouverts à de nouvelles questions pour
apporter de nouvelles réponses », résumait fort bien Edward Miller, le
doyen de la faculté de médecine de Johns Hopkins, dans son allocution inaugurale.
Cette fois, il s’agissait d’évaluer les bases scientifiques et l’efficacité
clinique de la méditation. Des questions que les chercheurs occidentaux se posent
depuis longtemps. Mais ce n’est que depuis les récents progrès des
neurosciences qu’ils commencent à y apporter des réponses. Une évolution que le
parcours de Jon Kabat-Zinn et de Richard Davidson, les responsables du
programme scientifique de ces journées, illustre parfaitement.





Une manière de vaincre le
stress


Depuis le début des années 1970, le biologiste Jon Kabat-Zinn,
s’intéresse aux interactions du corps et de l’esprit. Très vite, il comprend
l’intérêt de recourir à des techniques méditatives basées sur la notion de la « pleine
conscience » (mindfulness). Apaiser l’esprit pour relâcher le
corps. Débarrassée de toute connotation religieuse, exotique ou orientale, la
méthode qu’il propose prend alors le nom scientifique mindfulness-based
stress reduction
(MBSR). « Une





manière de rassurer les
suspicieux. Un moyen d’intégrer la méditation dans la pratique clinique »,
commente Kabat-Zinn. L’approche consiste avant tout à développer une attention,
instant après instant, dans le présent. Une pratique méditative
« allégée » qu’il enseigne au sein de la Clinique de réduction du
stress de l’université du Massachusetts. Son programme d’apprentissage est
simple : une séance de deux heures et demi, une fois par semaine, durant
huit semaines, plus une heure par jour d’entraînement chez soi. Depuis vingt
cinq ans, plus de quinze mille personnes en ont bénéficié pour aider au
traitement de troubles aussi divers que des problèmes cardiaques, le sida, des
douleurs chroniques, des dysfonctionnements gastro-intestinaux, des migraines,
de l’hypertension artérielle, des troubles du sommeil, de l’anxiété ou de la
panique. Forte de ses succès, la MBSR est aujourd’hui enseignée aux
étudiants dans vingt neuf facultés de médecine à travers les Etats-Unis.
« Cela change les rapports que les médecins entretiennent avec leurs
patients », expliquait Jon Kabat-Zinn au dalaï-lama. De plus en plus
d’études cliniques démontre l’intérêt de la méthode. L’une d’elle, rapportée au
cours des journées du Mind and Life, montre qu’en cas de psoriasis, la
photothérapie à base de rayons ultraviolets obtient des résultats nettement supérieurs
si elle est associée à la pratique de la MBSR. « Par son action sur
le stress, la méditation pourrait jouer un rôle essentielle dans la prévention
et la guérison de nombreuses pathologies », concluait Kabat-Zinn. Une opinion
que partageaient Robert Sapolsky, professeur de biologie et de neurologie à
Stanford, John Sheridan, professeur d’immunologie à l’Ohio State University, et
Esther Sternberg, directrice du programme de recherche neuro-immunologique au National
Institutes of Health
(équivalent du CNRS français).





Des moines au labo


Ami de Kabat-Zinn depuis
longtemps, Richard Davidson a adopté une démarche nettement moins empirique. Et
pour cause : professeur de psychologie et de psychiatrie à l’Université du
Wisconsin, il est aussi à la tête d’un laboratoire ultramoderne où capteurs
électriques et imagerie par résonance magnétique fonctionnelle lui permettent
d’enregistrer l’activité du cerveau en temps réel. Ainsi, il a pu montrer que
le fait de méditer régulièrement augmentait l’activité de la partie antérieure
du cerveau gauche (appelée : cortex préfrontal), laquelle est associée à
la gestion des émotions positives et, de là, à une meilleure qualité des
défenses immunitaires. Après deux mois, un test de vaccination mettait en
évidence une production d’anticorps nettement supérieure chez les sujets ayant
pratiqué la méditation de manière régulière par rapport à des personnes n’ayant
jamais médité.


Dans une autre étude, à laquelle
participait le moine bouddhiste français Matthieu Ricard, Richard Davidson et
Antoine Lutz (un autre Français, ancien élève de Francisco Varela) ont montré
que, par rapport à l’activité cérébrale de personnes peu habituées à méditer,
celle de moines ayant passé plus de dix mille heures en méditation générait
beaucoup plus d’ondes gamma. Ondes gamma qui d’après Wolf Singer, directeur de
l’Institut Max Planck de Francfort, également présent à Washington, augmentent
la cohérence de l’activité cérébrale, permettant ainsi à plusieurs aires du
cerveau de synchroniser leur fonctionnement et, donc, d’accroître le niveau de
conscience des sujets habitués à méditer. Evidemment, on peut imaginer que ces
particularités sont à l’origine de la vocation des moines au lieu d’être une
conséquence de leur assiduité à la méditation. Pour répondre à cette hypothèse,
Lutz et Davidson ont comparé les « performances » de moines ayant
médité durant quarante mille heures à celles de moines n’ayant pratiqué que dix
mille heures. Les résultats sont éloquents : plus les moines ont passé du
temps à méditer, plus ils manifestent des ondes gamma, et ce indépendamment de
leur âge. « Il semble donc qu’un entraînement mental permette d’atteindre
un état de conscience plus ouvert et une meilleure clarté de l’esprit »,
concluait Wolf Singer.


Dernière édition par finette le Sam 06 Fév 2010, 23:18, édité 1 fois
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Invité
Invité

Re: la méditation : une médecine d'avant garde ( article de 2005 )

Message par Invité le Sam 06 Fév 2010, 22:40

Par ailleurs, des images obtenues
par la résonance magnétique fonctionnelle ont montré, chez les moines aguerris,
une nette augmentation de l’activité de leur cortex préfrontal gauche, en
relation avec les émotions positives. Et, lorsque des photographies
représentant la souffrance leurs étaient montrées, les régions cérébrales
responsables du mouvement planifié s’activaient immédiatement. Comme si la
pratique méditative les incitait à passer à l’action pour aider ceux qui en ont
besoin. « Passer du temps à méditer loin du monde prépare sans doute à une
action plus juste et plus altruiste dans le monde », commentait Matthieu
Ricard.





Entraîner le cerveau


Le concept central de ces
journées du Mind and Life Institute fut donc celui de la plasticité du
cerveau. La découverte est relativement récente : en fonction de leur
utilisation, les connexions neuronales disparaissent ou, au contraire, se
créent ou se renforcent. Et comme le faisait remarquer Richard Davidson, les
résultats obtenus avec la méditation semblent prouver que des signaux purement
mentaux suffisent à déclencher le phénomène. Certains changements apparaissent
en quelques minutes ou quelques heures. D’autres, plus profonds, prennent
davantage de temps. Ainsi, la discipline et la pratique – éléments essentiels
de toute démarche spirituelle - n’influencent pas seulement la pensée, elles
provoquent de véritables remaniements dans l’agencement des cellules du cerveau
et, inévitablement, ceux-ci finissent par rejaillir sur le fonctionnement du
corps. La démonstration ne pouvait que réjouir le dalaï-lama, Thomas Keating
(moine cistercien américain), Ajahn Amaro (psychologue et moine bouddhiste
anglais), Jan Chozen Bays (pédiatre et nonne bouddhiste américaine), Joan
Halifax et toutes les autres personnalités du monde spirituel éparpillées au
milieu des deux mille cinq cent participants à ces trois journées de dialogues.


Comme le faisait remarquer Jack
Kornfield, psychologue, moine bouddhiste et auteur du succulent Après
l’extase, la lessive
(éditions de la Table Ronde, 2001), lui aussi présent
aux côtés du dalaï-lama, il y a des milliers de façons de pratiquer la
« pleine conscience ». L’une d’entre elle, la mindfulness-based
cognitive therapy
(MBCT) est particulièrement adaptée à notre
culture médicale occidentale. Apprendre à observer sans attachement, instant
après instant, les sensations du corps et les pensées de l’esprit. Inspirée de
la MBSR de Jon Kabat-Zinn, cette méthode rivalise avec les thérapies
cognitives et comportementales utilisées pour traiter la dépression et ses
récidives. Les résultats présentés par Zindel Segal, professeur de psychiatrie
à l’université de Toronto, sont éloquents : comparée à un traitement
placebo qui prévient les récidives de dépression dans 19% des cas, la MBCT
améliore ce score à 60%, un bénéfice proche des 75% enregistrés avec les
thérapies cognitives classiques où les patients apprennent à changer leurs
croyances et leur manière de réagir aux évènements de leur existence.
Néanmoins, une étude présentée par Helen Mayberg, professeur de psychiatrie et
de neurologie à l’Emory University d’Atlanta, semble indiquer que, au niveau du
cerveau, le mode d’action de la méditation et de ses dérivés type MBCT diffère
de celui des thérapies cognitives classiques. Des images obtenues par scanner à
émission de positrons (PETScan) laissent penser que l’état de « pleine
conscience »agit directement sur l’équilibre entre les zones
cérébrales en relation avec le fonctionnement du corps et celles orientées vers
l’élaboration de la pensée. La méditation et la MBCT apparaissent donc
comme de véritables médecines du corps et de l’esprit.





Intégration

Ainsi, la méditation, pratique spirituelle millénaire, est en train de
devenir un remède pour soigner les maux de nos sociétés modernes. Loin d’être
une méthode démodée, elle est peut-être tout simplement en avance sur son
temps. « En tibétain, il n’existe pas de mot pour traduire le
‘‘stress’’ », faisait remarquer Esther Sternberg. Or, c’est précisément ce
stress qui est à l’origine d’un grand nombre de nos souffrances psychologiques
et physiques. Peur,





angoisse, tension, douleur,
agressivité et violence. « Il y aurait un réel intérêt à apprendre aux gens
à réguler leur attention, calmer leurs craintes et développer une attitude
neutre par rapport aux évènements de la vie », constatait John Teasdale,
psychologue et chercheur à Cambridge. Car « le but principal des dialogues
du Mind and Life Institute c’est d’aider l’humanité en proie à la
violence », rappelait le dalaï-lama. « Une violence nourrie par les
médias », s’inquiétait Jan Chozen Bays en relevant le fait que « nos
cerveaux ne sont probablement pas conçus pour ingurgiter tant de souffrance.
Jadis, il fallait faire face aux difficultés de sa petite tribu. Aujourd’hui,
c’est au malheur du monde entier que la télévision nous oblige de
répondre. »


De l’avis des nombreux
spécialistes présents à Washington, la compréhension des mécanismes
neurologiques de la méditation permettra d’inclure ses principes dans nos
attitudes préventives et dans nos stratégies curatives. « Nous avons tous
emprunté des chemins différents pour arriver jusqu’ici, constatait Ralph
Snyderman, professeur de médecine et ancien président de la Duke University.
Cependant, nous souhaitons tous trouver des moyens pour diminuer la souffrance.
Et nous savons tous que la technologie n’y suffira pas. » Loin de renier
les acquis de la médecine scientifique, il paraît donc opportun de lui
adjoindre des méthodes issues de l’expérience séculaire de notre humanité.
« Si il est prouvé qu’une retraite méditative peut aider à guérir une
dépression, il n’en reste pas moins vrai que, parfois, un médicament
anti-dépresseur est nécessaire pour permettre au patient de sortir du gouffre
et envisager la possibilité d’entreprendre un programme de méditation », faisait
remarquer Jan Chozen Bays, dont la double culture, scientifique et spirituelle,
lui permet de jeter la passerelle indispensable à cette approche médicale
« intégrée ».


« Face aux problèmes
d’attention et d’agressivité que nous rencontrons dans nos écoles, il faudrait
peut-être y introduire l’enseignement de la méditation dès les petites
classes », me disait un fonctionnaire de l’U.S. Department of Education,
assis à mes côtés tout au long de ses journées. C’est sans doute ce qu’espère
Richard Davidson lorsqu’il déclare qu’« un jour, en plus de leur programme
d’‘‘éducation physique’’, nos enfants bénéficieront peut-être d’une initiation
à l’‘‘éducation mentale et spirituelle’’. Qui sait ?


En tout cas, il paraît important
de préciser que la spiritualité n’est envisagée ici que dans sa
conception la plus pure, débarrassée de ses préjugés religieux. « Il ne
s’agit pas d’une affaire de foi et de croyance, précisait le dalaï-lama. Mais
plutôt d’une préoccupation éthique et morale. Il est de notre responsabilité
d’être humain d’utiliser notre intelligence pour comprendre la nature et le
fonctionnement de notre esprit. » Cette précision rassurera peut-être les
scientifiques suspicieux qui insistent pour que la science reste indépendante
de toute forme d’influence religieuse. Car le débat est passionné. Pour preuve,
la pétition signée par des médecins et des chercheurs pour protester contre
l’invitation faite au dalaï-lama par la Society for Neuroscience afin
qu’il prononce le discours inaugural du Congrèsqui se tenait à
Washington, quelques jours après les rencontres du Mind and Life Institute.
« Si la science prouve que certaines croyances du bouddhisme sont fausses,
alors le bouddhisme les changera », confiait le dalaï-lama à la docte
assemblée. Force est de constater que, à ce jour, les conclusions issues de
l’expérience millénaire du bouddhisme rejoignent celles qui découlent de la
méthode scientifique. Et, les deux approches nourrissant le même désir d’aider
l’évolution de l’humanité, il paraît logique de les voir unir leurs efforts. Isaac
Newton n’a-t-il pas écrit « les hommes construisent trop de murs, pas
assez de ponts » ?





Thierry Janssen


Médecin, chirurgien et
psychothérapeute, auteur des livres Le Travail d’une vie (Robert
Laffont, 2001), Vivre en paix (Robert Laffont, 2003) et La Solution
intérieure. Vers une nouvelle médecine du corps et de l’esprit
(Fayard,
2006)


Source : http://www.thierryjanssen.com/index.php/articles/divers/69-la-meditation-medecine-davenir.html

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