David Loy
Né en 1947, David Loy est l'un des principaux bouddhistes occidentaux engagés dans une réflexion sur la confrontation du bouddhisme et de la modernité. Il a publié de nombreux livres et articles notamment "Lack and transcendence : the problem of death and life in psychotherapy, existentialism, and Buddhism" (New Jersey, Humanities Press, 1996). Enseignant zen au sein de la tradition Sambô Kyôdan, David Loy enseigne la philosophie à la faculté des études internationales de l'Université de Bunkyô (Chigasaki, Japon). Ce texte est la traduction d'un article intitulé "Healing Justice : A Buddhist Perspective", publié dans le Journal de l'Université de Bunkyô en octobre 1999.
traduction française : Alain Liénard
note du traducteur : Cet article remet en question nos conceptions centrales des Droits de l'Homme, telles qu'elles se sont construites au cours des siècles, en réaction à l'arbitraire de l'Ancien Régime : la légalité des délits et des peines, l'accès à un juge impartial et indépendant. Une réflexion sur la justice a des implications centrales pour l'adaptation du bouddhisme en Occident, mais elle doit être engagée avec circonspection : elle pourrait servir de prétexte idéologique à un « totalitarisme du Bien ». D'un autre côté, elle questionne notre conception individualiste du droit et de l'organisation politique. Il est à noter que cet article repose sur une analyse du droit américain, laquelle n'est pas immédiatement transposable au droit français.
Introduction
"Sous certains aspects, l'histoire de la punition ressemble à celle de la guerre ; elle semble indissociable de la condition humaine de façon quasi-universelle, bénéficier de périodes de glorification, être communément considérée comme justifiée dans de nombreux cas, et pourtant aller à l'encontre de notre vision ultime de ce que devrait être une société humaine."
Pourquoi imposons-nous des punitions ? Cela semble être une question stupide, jusqu'à ce que nous essayions d'y apporter une réponse. Punir, c'est faire du mal à quelqu'un, et une telle attitude doit être justifiée. On propose en général trois types de justification : le mal causé par la punition est contrebalancé par un bien qui est plus grand (par exemple, il a un effet dissuasif sur les autres) ; la punition ne cause pas réellement de mal aux délinquants (parce qu'elle sert à les amender) ; et causer du mal aux délinquants est en soi un bien (parce que le traitement "annule le crime"). Pourtant, chacune de ces raisons devient problématique à mesure qu'on les sonde.
Le premier argument est utilitariste, mais il paraît immoral de causer du mal à quelqu'un du fait que l'on veuille exercer une influence sur le comportement d'autrui ; un tel principe pourrait également servir à faire d'innocents des boucs émissaires. Il ne s'agit pas là simplement de considération abstraite, les délinquants de notre époque sont peut-être bien les boucs émissaires de nos problèmes sociaux. Si la punition doit servir d'avertissement à de possibles délinquants, pourquoi les Etats-Unis, qui condamnent dans des proportions bien plus importantes que dans n'importe quel pays occidental, continuent-ils d'avoir le taux de criminalité le plus élevé ?
Le second argument, selon lequel la punition amende le délinquant plutôt qu'elle ne lui cause du tort, n'est à l'évidence plus fondé de nos jours. Si les Quakers ont pu avoir l'intention de faire des pénitenciers un lieu où se repentir, il n'y a guère de doute qu'à l'heure actuelle l'incarcération n'améliore pas la plupart des délinquants, bien au contraire. Une étude menée par Rand mis en évidence que la récidive est en réalité bien plus importante chez les délinquants envoyés en prison que chez les auteurs de mêmes infractions placés en régime probatoire. Ce qui n'est pas pour nous surprendre : les collectivités prédatrices que l'on trouve dans la plupart des prisons en font des enfers plus que des lieux où se repentir et s'amender. L'environnement carcéral déshumanise, il détourne les délinquants d'un égard aux victimes et renforce leur déficit d'estime de soi. Comme c'est fréquemment le cas, une institution qui ne remplit pas son objectif initial continue d'exister pour d'autres raisons - dans ce cas particulier, pour dire la vérité, parce que nous ne savons pas quoi faire d'autre de la plupart de ces délinquants.
Le troisième argument, qui veut que faire du mal aux auteurs d'infractions annule d'une certaine façon le crime, subsume plusieurs types de justifications. La plus répandue est le désir de vengeance, qui est compréhensible mais moralement douteux et doté d'un effet social dévastateur. Une autre version de cet argument envisage le châtiment comme une punition de Dieu ; l'équivalent bouddhiste explique la punition de manière plus impersonnelle, comme un effet de son propre karma. Aucun de ces arguments n'est recevable pour le châtiment humain : ni Dieu ni une loi morale objective n'ont besoin de notre soutien, d'autant qu'il est inévitable que des hommes commettent des fautes fortuites (par exemple tuer des innocents).
Le point à souligner c'est que toutes les versions de cette troisième justification reposent sur la croyance intuitive que quelque chose doit être fait pour "redresser" le tort que les infractions causent aux victimes et au tissu social. Le mouvement pour la justice réparatrice est motivé par la prise de conscience croissante d'une défaillance de notre système judiciaire actuel sur ce plan là. Nous commençons à comprendre que le problème est réellement profond : nous sentons que quelque chose cloche peut-être dans notre compréhension atomiste du contrat social et de ses présupposés sur "la bonne vie", mais nous ne savons pas bien où chercher pour trouver un paradigme de remplacement - c'est la raison pour laquelle il est essentiel de trouver de nouvelles perspectives relatives qui ne peuvent être fournies que par les conceptions du monde et les valeurs d'autres cultures.
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