
Une exceptionnelle crise planétaire
Chaque génération pense sans doute qu’elle est confrontée à une crise qui décide du sort de la planète. Mais à moins de se mettre la tête dans le sable (ou quelque équivalent bouddhiste), nul ne peut ignorer l’exceptionnelle crise planétaire à laquelle aujourd’hui nous sommes tous confrontés.
La destruction de l’environnement n’est plus simplement une menace : nous la vivons, et il est déjà évident que les sociétés telles que nous les connaissons subiront des transformations pour le moins douloureuses par l’épuisement des systèmes écologiques qui se renforcent mutuellement, en particulier le changement climatique planétaire, la diminution de la couche d’ozone, l’extinction rapide de nombreuses espèces, les différents types de pollution et tout ce que nous ne connaissons pas encore.
Bien que notre système économique mondial soit une filiale à cent pour cent de la biosphère (note : en d’autres termes qu’il dépend complètement de la biosphère, qu’il en est un sous-ensemble, mais j’aimerais garder l’expression), les PDG qui dirigent ce système (comme n’importe qui qui le contrôle) ne peuvent voir plus loin que le prochain rapport trimestriel, pas plus que les hommes politiques ne peuvent raisonner au-delà de la prochaine élection.
La surpopulation, les pandémies, la privation croissante de besoins essentiels pour de vastes catégories de personnes font planer la menace d’un effondrement social, alors que les médias – des entreprises commerciales dont le principal intérêt est la dernière ligne du bilan, non de découvrir et de dévoiler la vérité – nous divertissent à coup d’infospectacles et nous assurent que la solution, c’est toujours plus de la même chose : garder confiance, tenir bon, et que finalement nos problèmes seront résolus par le développement technologique, la croissance économique, encore plus de consommation et un produit national brut plus important.
Comme si cela n’était pas suffisant, nos dirigeants – ou plutôt nos maîtres – ignares, corrompus et arrogants se sont montrés incompétents en tout à l’exception du mensonge et de la conquête du pouvoir. Maintenant que leur fourberie et leur incompétence reviennent les hanter, leur cote de popularité s’est effondrée, en même temps, ils ont consolidé leur pouvoir. Les têtes changeront, mais la structure du pouvoir restera globalement la même, à moins que nous trouvions les moyens d’y remédier.
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qq autres extraits que je ne peux resister de vous faire partager
Que ferait le Bouddha ? Comment réagirait-il à notre situation ?
Je me demande parfois ce qu’il penserait du
bouddhisme actuel. Le Bouddha n’a jamais enseigné le bouddhisme. Il
n’était même pas bouddhiste pouvons-nous dire, de même que le Christ
n’était pas chrétien. Shâkyamuni a enseigné le dharma. Le
bouddhisme n’est pas ce qu’il disait, mais ce qu’il a suscité. Le
bouddhisme tel que nous le connaissons est le résultat du développement
du dharma et du sangha pendant des siècles, dans des endroits et des
cultures variés. Serait-il heureux de voir ce que ses efforts ont
produit ?
L’indifférence nombriliste
Il s’agit de la situation critique où nous nous
trouvons aujourd’hui, et les bouddhistes doivent la regarder rapidement
comme tout le monde. A moins d’être obtus, si vous n’êtes pas un tant
soit peu conscient de ces questions urgentes, c’est que vous vivez dans
une bulle très étrange à l’écart de toute source d’informations (vous
êtes peut-être à la fin d’une retraite de vingt ans dans une caverne de
l’Himalaya ?) ou que votre pratique spirituelle comporte une faiblesse.
Soit vous n’êtes pas attentif, soit quelque chose ne fonctionne pas
dans votre faculté de voir.
Il existe une place spéciale en enfer (les enfers
bouddhistes comme l’enfer chrétien) pour ceux qui refusent d’abandonner
l’indifférence nombriliste qui leur permet de rester indéfiniment sur
leur coussin tandis que le reste du monde se dirige en enfer.
Le bouddhisme promeut l’attention
et la conscience et il est nécessaire, tout particulièrement
aujourd’hui, que cette conscience s’étende au-delà de nos coussins de
méditation et de nos salles de pratique du dharma, pour embrasser une
compréhension plus vaste de ce qui se passe dans le monde, dans notre
monde, un monde qui crie de douleur. Comme Kwan Yin, nous devons être capables d’entendre cette douleur.
La pratique de la méditation
On pense parfois que la pratique de la méditation
signifie “juste voir, juste entendre, juste sentir, voilà qui est bien,
les concepts sont mauvais”.
Il y a des moments et des lieux où nous devons nous
concentrer sur les données sensorielles immédiates et sur les
phénomènes mentaux, mais ces pratiques sont incomplètes en elles-mêmes,
tout comme le serait un éveil bouddhiste qui nous libérerait sans nous entraîner à considérer la libération de tous.
Sans quoi nous risquons de finir comme des grenouilles
au fond d’un puits profond, oublieux du monde plus vaste qui se trouve
à l’extérieur.
A cette explication, deux autres
objections bouddhistes courantes tentent de justifier qu’il
conviendrait de se concentrer uniquement sur sa propre pratique et son
propre éveil :
- « Je dois m’occuper de ma propre
libération avant de pouvoir aider les autres. » Et du point de vue le
plus élevé, les êtres vivants n’existent pas – tout est “vide”- « nous n’avons pas besoin de nous soucier de leur sort ni de celui de la biosphère ».
Pourtant, aucun de ces arguments
n’est valide. D’une façon ou d’une autre, ils sont tous les deux, en
effet, et au mieux des demi-vérités qui relève du dualisme.
Nous ne pouvons attendre d’avoir surmonté toutes nos souffrances avant de nous occuper de celles des autres.
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