La diaspora tibétaine a élu, le 20 mars dernier, un jeune professeur en droit de Harvard, Lobsang Sangay pour diriger le gouvernement en exil installé à Dharamsala en Inde. Le message est clair: alors que le dalaï-lama abandonne ses fonctions politiques, selon le vainqueur lui-même, «le gouvernement en exil et le mouvement tibétain ne vont pas disparaître».

Lobsang Sangay, en tant que nouveau kalon tripa, va sans doute recevoir l'essentiel des pouvoirs politiques du dalaï-lama – lourde tâche pour ce juriste de 43 ans
Face à deux candidats plus connus et plus expérimentés, Lobsang Sangay, un ancien étudiant activiste, a été porté par la jeunesse tibétaine pour remporter 55% des suffrages. Il sera donc kalon tripa (Premier ministre) du kashag (gouvernement en exil) qui va entrer en fonction en septembre prochain.
Il sait qu'il va sans doute devoir «être plus» que son prédécesseur. En effet, le dalaï-lama n'a cessé d'affirmer – et il l'a dramatiquement rappelé le 10 mars dernier– qu'il va abandonner ses fonctions politiques avant la fin de l'année, pour se consacrer exclusivement à ses fonctions religieuses. Si la gestion de la nouvelle donne incombera au chitrue (parlement en exil), aussi nouvellement élu, il semble probable que la plupart des charges politiques du dalaï-lama atterriront sur les épaules de Lobsang Sangay. Si cela se confirme, celui-ci va devoir à la fois maintenir allumé le flambeau d'aura et de respect reçu du dalaï-lama et inventer le visage nouveau que la jeunesse tibétaine attend de lui.
Crucial
«En effet, affirme Monique Paillard, présidente des Amis du Tibet, Luxembourg*, le Parlement en exil a prévu une session extraordinaire pour amender la Charte, mais il semble que le rôle de chef d'État, jusqu'ici assuré par le dalaï-lama, sera endossé par le Premier ministre: alors qu'il était plutôt jusqu'ici un exécutant des décisions du Parlement, il sera vraiment au premier plan, un peu comme Angela Merkel en Allemagne.» Le défi est de taille.
«C'est une période cruciale, ce mot revient dans toutes les conversations: crucial parce qu'en Chine, on sait que ça va bouger un jour ou l'autre. Aussi parce que beaucoup de jeunes sont tentés de remettre en question la ligne du dalaï-lama, qui réclame l'autonomie réelle du Tibet plutôt que son indépendance.
Ce n'est en aucun cas un désaveu de sa politique non-violente, mais plutôt l'idée qu'après ce qu'ils perçoivent - à tort je pense - comme 50 ans de surplace, le dialogue a trouvé ses limites et qu'il faut essayer une autre voie. Et s'il faut sacrifier sa vie pour faire bouger les choses, ils sont prêts. Enfin et surtout, cette période est cruciale car le dalaï-lama a confirmé qu'il voulait se retirer en 2011 alors que le Parlement l'avait solennellement supplié fin 2010 de surseoir à sa décision.»
Pas très logique, à première vue, ce retrait dans la tourmente... À y regarder de plus près, l'intéressé, qui n'a cessé de prévenir son peuple, a de même toujours suivi une même ligne: mettre fin à la fusion entre l'État et l'Église par le biais de nouvelles institutions démocratiques, tout en assurant une transition en douceur.
Aujourd'hui, avec l'âge, il aimerait que la transition soit assurée avant sa mort. À défaut, les Chinois n'attendent que de s'occuper de sa succession – comme ils l'ont fait avec le panchen-lama (kidnappé avec toute sa famille en 1995 et on est toujours sans nouvelles).
Le dalaï-lama, en assurant sa succession politique démocratiquement maintenant, non seulement renforce la légitimité et l'autorité du gouvernement en exil, mais coupe pas mal d'herbe sous les pieds des Chinois. C'est même un joli pied de nez à Pékin, qui dénonce déjà le retrait comme une manœuvre de façade.
«Le dalaï-lama a un poids et un charisme que personne d'autre n'aura. Son retrait fait peur à tous les Tibétains. Après sa déclaration du 10 mars – j'y étais – tout le monde était très ému ou même en larmes.»
Politiquement, Lobsang Sangay va devoir faire preuve de beaucoup d'habileté. Il a déjà annoncé qu'il suivra la «voie médiane» du dalaï-lama.
«Et puis, ajoute Monique Paillard, Il ne sera pas seul à décider et il s'entourera de gens expérimentés. Enfin, le dalaï-lama ne va pas se retirer dans une grotte.»
www.amis-tibet.lu/
David Broman
12/05/2011 15:53:00
Source: http://www.lejeudi.lu/Forum/3184.html
Lobsang Sangay, en tant que nouveau kalon tripa, va sans doute recevoir l'essentiel des pouvoirs politiques du dalaï-lama – lourde tâche pour ce juriste de 43 ans
Face à deux candidats plus connus et plus expérimentés, Lobsang Sangay, un ancien étudiant activiste, a été porté par la jeunesse tibétaine pour remporter 55% des suffrages. Il sera donc kalon tripa (Premier ministre) du kashag (gouvernement en exil) qui va entrer en fonction en septembre prochain.
Il sait qu'il va sans doute devoir «être plus» que son prédécesseur. En effet, le dalaï-lama n'a cessé d'affirmer – et il l'a dramatiquement rappelé le 10 mars dernier– qu'il va abandonner ses fonctions politiques avant la fin de l'année, pour se consacrer exclusivement à ses fonctions religieuses. Si la gestion de la nouvelle donne incombera au chitrue (parlement en exil), aussi nouvellement élu, il semble probable que la plupart des charges politiques du dalaï-lama atterriront sur les épaules de Lobsang Sangay. Si cela se confirme, celui-ci va devoir à la fois maintenir allumé le flambeau d'aura et de respect reçu du dalaï-lama et inventer le visage nouveau que la jeunesse tibétaine attend de lui.
Crucial
«En effet, affirme Monique Paillard, présidente des Amis du Tibet, Luxembourg*, le Parlement en exil a prévu une session extraordinaire pour amender la Charte, mais il semble que le rôle de chef d'État, jusqu'ici assuré par le dalaï-lama, sera endossé par le Premier ministre: alors qu'il était plutôt jusqu'ici un exécutant des décisions du Parlement, il sera vraiment au premier plan, un peu comme Angela Merkel en Allemagne.» Le défi est de taille.
«C'est une période cruciale, ce mot revient dans toutes les conversations: crucial parce qu'en Chine, on sait que ça va bouger un jour ou l'autre. Aussi parce que beaucoup de jeunes sont tentés de remettre en question la ligne du dalaï-lama, qui réclame l'autonomie réelle du Tibet plutôt que son indépendance.
Ce n'est en aucun cas un désaveu de sa politique non-violente, mais plutôt l'idée qu'après ce qu'ils perçoivent - à tort je pense - comme 50 ans de surplace, le dialogue a trouvé ses limites et qu'il faut essayer une autre voie. Et s'il faut sacrifier sa vie pour faire bouger les choses, ils sont prêts. Enfin et surtout, cette période est cruciale car le dalaï-lama a confirmé qu'il voulait se retirer en 2011 alors que le Parlement l'avait solennellement supplié fin 2010 de surseoir à sa décision.»
Pas très logique, à première vue, ce retrait dans la tourmente... À y regarder de plus près, l'intéressé, qui n'a cessé de prévenir son peuple, a de même toujours suivi une même ligne: mettre fin à la fusion entre l'État et l'Église par le biais de nouvelles institutions démocratiques, tout en assurant une transition en douceur.
Aujourd'hui, avec l'âge, il aimerait que la transition soit assurée avant sa mort. À défaut, les Chinois n'attendent que de s'occuper de sa succession – comme ils l'ont fait avec le panchen-lama (kidnappé avec toute sa famille en 1995 et on est toujours sans nouvelles).
Le dalaï-lama, en assurant sa succession politique démocratiquement maintenant, non seulement renforce la légitimité et l'autorité du gouvernement en exil, mais coupe pas mal d'herbe sous les pieds des Chinois. C'est même un joli pied de nez à Pékin, qui dénonce déjà le retrait comme une manœuvre de façade.
«Le dalaï-lama a un poids et un charisme que personne d'autre n'aura. Son retrait fait peur à tous les Tibétains. Après sa déclaration du 10 mars – j'y étais – tout le monde était très ému ou même en larmes.»
Politiquement, Lobsang Sangay va devoir faire preuve de beaucoup d'habileté. Il a déjà annoncé qu'il suivra la «voie médiane» du dalaï-lama.
«Et puis, ajoute Monique Paillard, Il ne sera pas seul à décider et il s'entourera de gens expérimentés. Enfin, le dalaï-lama ne va pas se retirer dans une grotte.»
www.amis-tibet.lu/
David Broman
12/05/2011 15:53:00
Source: http://www.lejeudi.lu/Forum/3184.html









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