En cette periode ou nous voulons toutes et tous faire quelque chose pour le Tibet, après avoir voulu faire qq chose pour la Birmanie, je relaie ici et maintenant sur
cette analyse très pertinente sur Karuna -la compassion en action de notre amie Tinh-Yhttp://karuna.anussati.org/spip.php?article315#forum1272
A QUOI POURRAIT BIEN RESSEMBLER UN VRAI BOUDDHISME ENGAGÉ...
par Tinh Ý
Il y a quelques mois déjà que j’ai pris l’initiative de
ce site... Même s’il fournit une certaine manière de voir le monde, il
reste, justement et simplement, une certaine manière de voir le monde.
Plus que des bouddhistes engagés nous risquons de devenir des
bouddhistes voyeuristes...
Signer des pétitions c’est bien, manifester avec des
bougies c’est bien aussi et c’est à faire. Mais comme pour nous c’est
un risque zéro, on peut dire que l’engagement n’est pas bien grand...
Dans notre naïveté nous attendons que les états et
gouvernements agissent, qu’ils agissent à notre place. Les bouddhistes
savent que la libération est leur oeuvre mais quand il s’agit de
politique ou d’engagement social ils ont perdu ce savoir-là et
attendent tout des autres. Et si ces autres-là ne répondent pas à leur
attente on les maudit... (enfin en y mettant la forme, bon bouddhisme
oblige).
Nous n’avons rien à attendre de nos gouvernants (voir « la fin programmée de la démocratie » [1]
). Qui a regardé l’émission de Arte sur Monsanto et les OGM aura vite
compris que la solution passe par une autre forme d’action... Dans les
pays pauvres cette action existe et les forums sociaux en rendent
parfois compte...
Informer c’est bien, mais il ne s’agit pas d’accumuler
des articles pour faire de l’audimat, c’est ça le danger d’internet :
la boulimie d’informations qui finissent par ne plus en être car nous
n’y prenons plus garde. On frémit sur le moment et on oublie...
La misère du monde est si grande, le monde va si mal
que finalement cela nous autorise à ne rien faire... Une petite
signature, un petit don et basta... En fait ce genre d’action, si elle
est la seule action, s’apparente au mensonge, ce mensonge qui permet
d’apaiser les consciences à bon compte.
Nous n’avons pas le pouvoir de changer le monde mais il
faudra bien pourtant le changer... On peut se poser la question clé :
QUE FAIRE ?
REVENIR A NOS ROUETS
L’action de Gandhi est un exemple pour nous : il a
invité la population à filer et à tisser elle même son coton, à ne plus
passer par les industries...
Aujourd’hui ce serait difficile sans doute, car
quiconque cherche à échapper à l’emprise des grands monopoles se trouve
de facto hors la loi. Assurer sa propre production pour simplement sa
survie devient un délit. Certains ont essayé un système de troc, le
troc est aussi un délit, donner est un délit : pour avoir le droit de
donner et recevoir il faut payer des taxes...
Vouloir vivre le plus que nous pouvons en dehors des systèmes totalitaires du capitalisme devient une désobéissance civile.
Pourtant il est fort probable que la survie de la race
humaine passera par un retour à de petites communautés tentant
d’assurer leur survie en ménageant la terre, en cultivant leur potager,
en devenant le plus possible autonomes dans leurs moyens de production.
En ce sens la société des Amishs [2]
qui nous a bien fait rire parfois, est tout de même un exemple de
croissance raisonnable.De même les enseignements du Vénérable
Buddhadasa [3] se révèlent être plus révolutionnaires que rétrogades.
MADE IN CHINA
Faut-il boycotter les JO ?... on aurait envie de dire
oui.. D’un point de vue politique ce ne serait pas un très bon choix
car les Tibétains risqueraient de payer très cher ce choix
d’occidentaux qui n’ont rien à perdre... et qui encore une fois
seraient contents d’avoir fait une bonne action en ne risquant rien.
Donc nous sommes prêts à boycotter les JO tout en continuant d’acheter
une quantité considérable de produits Made in China.
Qu’est ce qui chez vous, chez moi, n’est pas « Made in
China »... D’ailleurs il y a tellement de Made in China que j’en oublie
parfois de regarder, pire même j’évite de regarder. Ne pas regarder, ça
m’évite de savoir...
Ah oui d’accord ..
Mais si je n’achète plus made in china, je ne vais
presque plus rien acheter..
Ça c’est suûr, en tout cas si par hasard vous trouvez quelques chose
qui ne soit pas « Made in China », ça va coûter plus cher...
Finalement il n’y a que les riches qui peuvent acheter
ce qui n’est pas « made in china » et faire fabriquer en Chine des
produits pour les pauvres...
D’un coup je m’interroge : à part la vieille armoire
qui vient de ma grand-mère qui la tenait de la sienne, qu’est ce qui
chez moi n’est pas « made in china » ? parce que parfois c’est « made
in china », mais comme il y a un petit truc qui est fait chez nous on
n’est pas obligé de le dire..
Donc si je n’achète plus « made in china » qu’est ce qui va me rester. ?.. Nous touchons là au coeur du problème...
Nous touchons là à la question cruciale...
LE DÉSIR D’APPROPRIATION
C’est bien notre désir d’appropriation qui a provoqué
cette course effrénée vers l’épuisement des ressources planétaires,
l’exploitation des peuples.
Ce désir a fait de nous des consommateurs :
consommateurs de biens matériels certes, mais aussi consommateurs de
savoirs, d’informations, et ce qui est pire consommateurs de
spiritualités...
Si les bouddhistes occidentaux ont souvent de la
difficulté à s’engager, c’est que nous sommes plus des consommateurs de
bouddhisme que des pratiquants du dhamma...
La force des enseignements du Bouddha réside certes
dans l’enseignement d’une voie vers la libération individuelle, mais
qui peut sincèrement et honnêtement prétendre à cette libération si
tous les autres sont condamnés... C’est la démarche inverse de ce que
fut la démarche du Bouddha...
Dévotion, pratique méditative et action vont de pair.
Le mot Kamma ou Karma ne signifie-t-il pas acte ou action ?...Se
contenter de s’abstenir d’actes négatifs ce n’est pas la voie... La
méditation est là pour nous aider à nous libérer de notre égoïsme
fondamental... Le mot égoïsme est plus juste en fait que le terme égo
employé à tort et à travers. L’égoïsme c’est l’action qui est tournée
vers la satisfaction personnelle. L’égoïsme c’est l’appropriation en
action, cet égoïsme est tout aussi matériel que spirituel...
Si nous étions libérés du désir d’appropriation et en
premier de ce désir tenace de l’appropriation de notre vie et de nos
progrès spirituels, nous commencerions à pouvoir inventer une autre
manière de vivre, plus proche de la terre, plus respectueuse des autres
et de l’environnement...
La Nature voudrait que chacun d’entre nous ne consomme
que ce dont il a effectivement besoin. Pendant des années les hommes
n’ont pas réussi à tenir compte de la voie de la Nature, entrant en
compétition pour prendre le plus possible, causant les problèmes avec
lesquels nous vivons aujourd’hui. Si nous n’avions pris que le
nécessaire, aucun de ces problèmes n’existerait, car les hommes ne
prendraient pas avantage les uns sur les autres et ne s’opprimeraient
pas. La question est de savoir quelle est alors la quantité suffisante.
Il n’y a pas de règle fixe, cela varie avec le temps, l’espace et avec
la situation. De nos jours il semble que rien n’est jamais suffisant.
Un proverbe bouddhique dit : « Deux montagnes d’or tout entières ne
suffiront pas à combler les désirs d’une seule personne. » Ce proverbe
est une façon d’illustrer comment nos désirs se multiplient sans cesse,
accroissant nos besoins aux dépens de la société.
Même le communisme considère que l’inégalité dans la
distribution des richesses est le problème majeur à résoudre. Son
approche, cependant, est en contradiction avec la voie de la Nature. Ce
qu’il faut c’est une approche qui insiste sur le fait qu’il ne faut pas
prendre plus que le nécessaire et qui soit en même temps compatible
avec les lois de la Nature, car alors, les hommes partageront les
surplus par compassion et bonté d’âme (mettâ-karunâ). Les hommes ne
mettront de côté que ce dont ils auront besoin, tout ce qu’il y aura en
trop sera laissé pour la société.
Vénérable Buddhadasa [4]
La solution aujourd’hui ne sera probablement pas
d’ordre politique au sens traditionnel du terme, mais dans la naissance
d’une nouvelle politique...
APPRENDRE À MARCHER
Jadis l’homme marchait, il allait où le portait ses
pas, il ne faisait pas beaucoup de chemin en une journée mais cela lui
suffisait.. Il rencontrait son voisin, il cultivait son champ... Il
savait trouver sa place au milieu de la nature...
Aujourd’hui l’homme vole, il survole la terre, il surfe
sur internet... Et pourtant l’homme n’a jamais été aussi ignorant, il
ignore la terre et il s’ignore lui même... Il a cru pouvoir soumettre
la nature et la nature lui rit au nez. C’est comme si l’homme avait
perdu sa propre nature... Il a cessé d’être naturel.
L’action de Gandhi fut de marcher...
Toute marche a plus de valeur qu’un acte pétitionnaire car nous engageons notre personne. nous risquons quelque chose...
NOUS CHANGER NOUS MÊME C’EST DÉJÀ CHANGER LE MONDE
Sans doute allons-nous devoir apprendre une autre manière de vivre. Je dis sans doute en fait c’est une certitude...
Les bouddhistes sont mieux placés que quiconque pour
initialiser cela... Ils sont en marche vers la simplicité, la
désapropriation, etc...
Ça ne sert à rien de pleurer sur la misère du monde,
sur les Birmans ou les Tibétains, ce qui sert à quelque chose c’est de
changer notre manière de vivre et d’entrainer d’autres à le faire...
Nous changer nous même c’est déjà changer le monde. Il
n’y a aucune autre solution... Dans ce monde de la pensée unique, se
changer soi même et sortir des shémas, c’est déjà un acte politique...
Il ne s’agit pas d’entrer dans une autre pensée qui serait bouddhiste
ou écologiste, il s’agit simplement d’abandonner nos à prioris sur
quoique ce soit et recommencer à regarder la nature et vivre à son
échelle au lieu de vouloir la dominer sans cesse..
Tous les hommes sont frêres, a dit Gandhi et bien
d’autres avec lui... puissions nous faire que cela soit sans aucune
restriction...
Puisse ce site nous dynamiser pour avoir le courage d’inventer, le courage de risquer.
Ce ne sont ni le capitalisme ni
les multinationales qui dominent le monde. Ce qui domine le monde c’est
la peur... notre peur de perdre, et la peur d’avoir peur...
Tinh Ý
le 17 mars 2008
http://karuna.anussati.org/spip.php?article315#forum1272










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