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Dharma et nourriture

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Message par Invité le Mer 22 Juin 2011, 06:25

Dharma et nourriture


Quelle prescriptions trouve-t-on dans le Dharma concernant la nourriture ?


Par Jean-François Gantois
La question ’manger devant Dieu" ne se pose pas, du moins en ces termes, pour un bouddhiste. Ne serait-ce que parce que, dans le Dharma, il n’y a pas de Dieu. Le Dharma est une religion non théiste. La question ne peut donc être posée qu’en termes de relation entre le Dharma et la nourriture.
Il faut rappeler d’abord que le Dharma propose une voie menée jusqu’à son terme par le Bouddha Sakyamouni, mais qui ne peut être validée que par l’expérience personnelle. Le Bouddha, et son enseignement, le Dharma, ne sont pas deux choses séparées (la troisième étant le Sangha, la communauté) mais une même réalité. Qu’enseignent la vie du Bouddha et son enseignement ?
Le futur Bouddha, Siddharta Gautama, a d’abord abandonné confort, famille et pouvoir, à l’âge de vingt-neuf ans, pour expérimenter pendant six ans l’ascétisme extrême, ne se nourrissant, dit-on, que d’un grain de riz et d’un grain de sésame par jour. Il se trouva aux portes de la mort. Aussi abandonna-t-il cette pratique, jugeant qu’elle ne menait pas à l’ultime. Il accepta une sorte de confiture de lait et des fruits qu’une jeune femme, Soujata, destinait à Shiva afin qu’il la bénisse et qu’elle devienne mère. Grâce à ces aliments, le futur Bouddha reprit aussitôt des forces et son corps devint doré et irradiant de lumière. Il accepta une autre offrande, d’un paysan : de l’herbe kousha (une sorte de gazon) pour s’en faire un siège de méditation, plus confortable que la grotte où il avait médité pendant six ans. Il se lava aussi dans l’eau de la rivière Naranjana, un affluent du Gange. Il s’installa sous un ficus religiosus, appelé depuis l’arbre de la bodhi, et prît la résolution de ne pas bouger tant qu’il n’aurait pas réalisé l’ultime éveil, l’état de Bouddha.
En mémoire de ces événements, les bouddhistes ont conservé la coutume de finir une période de jeûne par l’absorption de yaourts ou nourritures lactées.
Le Bouddha a enseigné la voie du milieu. D’un point de vue philosophique, elle est le dépassement des deux extrêmes que sont l’éternalisme (croyance en un principe personnel, stable, permanent) et le nihilisme (le matérialisme athée, la négation de la loi des actes -loi du karma- selon laquelle les actes vertueux génèrent de la félicité et vice versa). D’un point de vue moral, la voie du milieu est le rejet des deux extrêmes de l’ascétisme forcené et de l’abandon aux plaisirs.
L’attitude face à la nourriture a sa place dans ce point de vue moral. Mais il faut distinguer les règles des moines et nonnes (Vinaya) et celles recommandées aux laïcs. La grande question est le végétarisme.
Les moines du Bouddha devaient mendier leur nourriture chaque matin, après le lever du soleil, et ne manger qu’avant le soleil au méridien, une seule fois par jour. Ils ne pouvaient solliciter une aumône que trois fois, et après trois refus, devaient jeûner. A ce sujet, je voudrais citer une anecdote amusante. Un moine avait interprété l’obligation de ne pas solliciter plus de trois aumônes par repas comme : il est licite de mendier trois fois de suite sa nourriture, même si on a déjà été servi. Ainsi, ce moine accumula tant de nourriture sur le toit de sa cabane, durant la saison des pluies, qu’il s’effondra sur lui, manquant de peu le tuer. Depuis, et aujourd’hui encore, les moines vont le voeu de ne pas accumuler de nourriture sur le toit de leur cabane, bien que la plupart vivent dans des maisons.
Parmi les nombreuses règles des moines et nonnes, il était prescrit qu’ils ne devaient pas tuer d’animaux sous peine d’exclusion de la communauté. Ils devaient si possible être végétariens. Toutefois, ils pouvaient accepter de la viande, en aumône ou lors d’une invitation, à condition que l’animal n’ait pas été tué à leur intention, ni en leur présence, et qu’il ne soit pas vivant. Ils devaient aussi mélanger toute la nourriture dans leur bol à aumônes et tout accepter, sans trier.
La raison de ces préceptes est le non-attachement au plaisir du goût, comme à ceux des autres sens, mais aussi la reconnaissance qu’une nourriture suffisamment abondante est nécessaire pour maintenir en bonne santé le corps humain, support le plus précieux pour la pratique et la réalisation de l’éveil. Ainsi, le bon moine "est pleinement satisfait par les aumônes de nourriture, s’abstient de faire des réserves et de s’en réjouir, réserves de nourriture, de boisson, de vêtements , de véhicules, lits, parfums, friandises."(sermon à Vasettha). Ou encore : le disciple religieux, lorsqu’il mange « a sa porte gardée envers les facultés sensorielles, pleinement satisfait par les aumônes de nourriture dont il sustente
son ventre. Il emporte seulement, partout où il va, sa robe et son bol à offrandes. »
Dans le soutra intitulé « L’Incendie », donné à Gaya devant un groupe de mille disciples, le Bouddha a dit que "tout est en flammes", c’est-à-dire les six sens : « Je dis que cela est enflammé par le feu du désir, par le feu de la haine, par le feu de l’illusion... ». En ce qui concerne la langue, le Bouddha a dit : "La langue est en flammes, ô moines. Les saveurs sont en flammes. La conscience gustative est en flammes. Le contact des saveurs avec la langue est en flammes. La sensation qui naît du contact avec ce que la langue perçoit, que ce soit plaisir, que ce soit douleur, que ce ne soit ni douleur ni plaisir, cette sensation aussi est en flammes. Par quel feu cela est-il enflammé ? Je dis que cela est enflammé par le feu du désir, par le feu de la haine, par le feu de l’illusion ; cela est enflammé par la naissance, par la vieillesse, par la maladie, par la mort, par les peines, par les plaintes, par la douleur, par le chagrin, par le désespoir."
Le Bouddha lui-même, fils de roi, et ayant des relations diplomatiques naturelles avec les rois des régions où il enseigna, fut souvent invité, avec son Sangha, à des banquets où il eut à accepter de la viande. En revanche, il n’accepta, ni lui ni ses moines, de l’alcool.
On peut considérer que la question de la nourriture n’est pas des plus fondamentales dans le Dharma. Je voudrais évoquer l’histoire de ce moine du temps du Bouddha qui, en mendiant sa nourriture, fut retenu prisonnier par des ennemis du Sangha. On lui dit qu’il serait mis à mort s’il ne transgressait pas sur le champ un de ses trois voeux fondamentaux : boire de l’alcool, avoir des relations sexuelles avec une femme ou tuer. Jugeant que le moins lourd en conséquence karmique était de boire de l’alcool et qu’il devait d’abord préserver sa précieuse existence humaine, il résolut d’accepter de l’alcool. Mais quand il fut ivre, il fit l’amour à la femme et tua une chèvre. Ainsi, la transgression d’un seul voeu, même considéré comme mineur, entraîne régression et dégénérescence.
Voilà le point de vue pour le moine ou la nonne quant à la nourriture.
Les recommandations faites aux laïcs par le Bouddha étaient moins strictes. Le point de vue général est de se contenter de ce que l’on a et de partager pour aider les êtres, et, surtout, de respecter la vie. Ainsi le Bouddha a-t-il déclaré que, selon la loi du karma, qui entraîne des renaissances dans six mondes, dont l’humain et l’animal, tous les êtres avec qui nous sommes en contact en cette vie ont été plusieurs fois nos mères dans une vie antérieure et que nous devons leur rendre leur bonté, à tout le moins en nous abstenant de les tuer. Sauf raison impérative, il a donc recommandé, le végétarisme.
A ce sujet, un maître du passé, mais très postérieur au Bouddha, Katyayana, mendiait sa nourriture lorsqu’il vit un hommes mangeant du poisson, tenant un enfant sur ses genoux et lançant des pierres pour l’éloigner à une chienne rongeant des arêtes.
Grâce à ses pouvoirs supranormaux, Katyayana vit que le poisson avait été le père de l’homme dans une vie antérieure ; la chienne, sa mère ; et son fils, un ennemi qu’il avait tué, toujours dans une vie antérieure. Aussi s’écria-t-il : « Cet homme dévore son père, frappe sa mère, tient sur ses genoux et chérit l’ennemi qu’il tua et cette chienne mâche les os de celui qui a été son époux. Devant le samsara me prend l’envie de rire ! ».
Du temps du Bouddha, les disciples laïcs n’étaient pas tenus à ne consommer qu’un seul repas par jour, mais l’alcool et les intoxicants en général leur étaient aussi proscrits. Le plus important est de consommer sans générer d’attachement compulsif au goût, c’est-àdire à la gourmandise, qui enflamme le sens du goût, et à la goinfrerie qui développe l’opacité mentale, obstacle majeur à la méditation.
Tel est le point de vue exposé quant au consommateur. Recommandations de bon sens, utiles à la pratique de la voie et aussi (et surtout) au bien des êtres en général. Ainsi, le laïc doit-il nourrir les pauvres et les religieux.
Mais l’enseignement du Bouddha est toujours empreint de la compassion universelle (maitri) et de son application : la nonviolence. Ainsi désapprouva-t-il les sacrifices d’animaux faits par les brahmanes. « Les sacrifices où l’on massacre des vaches, des chèvres, des moutons, des volailles, des pourceaux et où des êtres vivants sont tués, je les désapprouve. »... "Un homme qui maltraite des êtres vivants n’est pas noble." (Dhamapada 207).
Le Bouddha a non seulement prôné l’amour universel et la nonviolence, mais, plus encore, incité à protéger la vie, insistant sur l’argument de la réciprocité. « En comparant la douleur de sa propre personne avec celle de la victime, on ne doit pas la harceler ni la tuer." Ou, selon le Bouddha, le noble disciple constate : « J’aime la vie je ne veux pas mourir. J’aime la joie et répugne à la douleur. Si je suis privé de la vie par quelqu’un, c’est un fait qui n’est ni plaisant ni agréable pour moi. Si moi, je prive quelqu’un d’autre de sa vie, ce ne sera un fait ni plaisant ni agréable pour lui. Car il ne veut pas qu’on le tue, il aime la joie et répugne à la douleur. Ainsi, un fait qui n’est ni agréable ni plaisant pour moi doit être un fait qui ne soit ni agréable ni plaisant pour quelqu’un d’autre. Donc, un fait qui n’est ni agréable ni plaisant pour moi, comment puis-je l’infliger à quelqu’un d’autre ? Le résultat d’une telle réflexion est que le disciple noble lui-même s’abstient de tuer les êtres vivants. Il encourage les autres à s’abstenir de tuer les êtres vivants. Il parle et fait l’éloge d’une telle abstinence." (Veludvareya soutra).
Tuer nuit à la victime mais est un acte négatif, produisant un mauvais karma pour le tueur. Mohan Wijayaratna, un érudit bouddhiste sri-lankais, ajoute, à propos de la corrida : "C’est un acte qui procure une satisfaction à des milliers de spectateurs. Cependant, même de ce point de vue plutôt myope, ce n’est une action ni bonne ni irréprochable ni héroïque car, si le torero et les spectateurs sont satisfaits, c’est en incitant une bête innocente à la haine et en lui infligeant un mal immense et une douleur mortelle. Or, inciter quelqu’un à la haine ne peut être fait avec une pensée bienveillante. Enfin, c’est une action qui apporte le mal à son auteur et à la victime. Dans l’arène se trouvent donc deux êtres également malheureux et également ignorants... En les regardant et en appréciant leur combat, les spectateurs cultivent aussi une habitude mentale qui se retrouvera dans leurs futures naissances : par exemple assister ou participer activement à un tel carnage en tant que tortionnaire, victime ou spectateur, selon les circonstances obtenues."
Pour le Bouddha, les animaux éprouvent les mêmes douleurs que nous lorsqu’ils sont maltraités ou tués. La différence entre eux et nous est une renaissance défavorable ou favorable, due à un karma plus ou moins bon. Dans le fameux metta-sutta (maitri s outra), il expose : "Tous les êtres vivants, faibles ou forts, longs, grands ou moyens, courts ou petits, visibles ou invisibles, proches ou lointains, nés ou à naître, que tous ces êtres soient heureux ! Que nul ne déçoive un autre ni ne méprise aucun être si peu que ce soit ! Que nul, par colère ou par haine, ne souhaite de mal à un autre !Ainsi qu’une mère au péril de sa vie surveille et protège son unique enfant, ainsi, avec une pensée sans limite doit-on chérir tout être vivant, aimer le monde entier, au-dessus, au-dessous, et tout autour, sans limitation, avec une bonté bienveillante infinie."
A diverses reprises, le Bouddha a dénoncé les professions de pêcheur et de marchand de poissons ainsi que de boucher. Ces professions ne font pas partie des moyens d’existence justes (cinquième des huit étapes de l’Octuple Sentier) non plus que le commerce des armes, des intoxicants (de l’alcool) et que le trafic des êtres vivants, humains ou animaux.
Actuellement encore, les laïcs prennent tout ou partie des voeux suivants, d’ordre d’importance décroissant :
ne pas tuer (y compris des animaux) ;
ne pas prendre ce qui n’a pas été offert ;
ne pas mentir (pour se vanter ou abuser autrui) ;
avoir une attitude sexuelle correcte ;
ne pas consommer d’intoxicant (drogues, alcool), mais la consommation de viande n’est pas mentionnée.
Toutefois, on peut tirer des enseignements du Bouddha des degrés de gravité, dans le fait de tuer des animaux. Les conséquences les plus négatives sont dues aux meurtres par plaisir : sacrifices rituels, corridas, chasse, pêche. Conséquences moyennes : élever des animaux pour la viande. Conséquences faibles ou nulles : tuer des animaux par nécessité, pour protéger la vie humaine.
Le Dharma est pratique. Il ne pousse jamais la logique jusqu’à l’absurde. Ainsi est-il jugé légitime par les maîtres contemporains de tuer un animal sauvage menaçant une vie humaine car celle-ci est plus précieuse et cet acte épargnera aussi à l’animal les conséquences très lourdes du meurtre d’un être humain. L’important est de générer compassion envers l’animal, de faire des voeux pour qu’il obtienne une meilleure renaissance, de reconnaître en lui une ancienne mère et de se garder de toute colère contre lui. De même, dans notre société, est-il nécessaire de faire procéder à la dératisation de certains locaux, ou à la désinfection contre certains parasites, ou encore d’éliminer les poux de la tête de son enfant. Mais il est recommandé, dans ces cas, de développer une attitude de compassion et de se garder de toute haine ou colère.
Dans le Tibet ancien, il est arrivé que des moines abandonnent des constructions de montagne envahies part les rats pour éviter d’avoir à les tuer. Certains maîtres, aujourd’hui, recommandent à ceux qui consomment de la viande de préférer les gros animaux aux petits afin d’économiser la vie.
L’intention est primordiale et exige l’attention. Ainsi, de nombreux bouddhistes, y compris des maîtres, ne sont pas végétariens, selon l’argument suivant : "Dans notre société, on ne peut s’abstenir de tuer des animaux, sinon, il faudrait renoncer à circuler en voiture ou par tout autre moyen moderne. Combien d’insectes sont-ils tués lors d’un voyage d’été en voiture ? On peut vouloir épargner la vie animale en étant végétarien, mais est-on conscient du nombre d’insectes sacrifiés par la culture des fruits et légumes que nous consommons ? »
Dans les écoles du Vajrayana, chaque repas est précédé d’une dédicace de la nourriture : aux Trois Joyaux et à Tchenrezi (Avalotikeshvara), yidam de la compassion universelle. Son mantra est récité à l’intention des animaux sacrifiés lorsque de la viande ou du poisson est servi. De même, le disciple automobiliste récite souvent des mantras à l’intention des insectes qu’il tue.
Il n’y a pas d’autre prescription alimentaire, la grande question -aux réponses nuancées- est celle du végétarisme pour le respect de la vie, et la consommation d’alcool, un peu de vin n’étant pas interdit. En revanche, même à très faible dose, le tabac est déconseillé, comme obstruant les canaux subtils et générant un grand obstacle à la méditation.
Dans le Vajrayana, il y a les "tsoks", offrandes de nourritures aux yidams irrités (aspects de la nature de Bouddha comme antidote à la haine-aversion), tsoks qui sont ensuite partagés entre les assistants. Ces tsoks comprennent de l’alcool, versé dans la creux de la main, et aucune offrande ne doit être refusée. La consommation de ces tsoks est considérée comme une sorte de bénédiction, ou de support à une influence bénéfique. Ils ont une certaine parenté avec la communion chrétienne.
Il faut noter une différence de point de vue entre le Theravada et le Mahayana dans le domaine de l’alimentation. Le premier insiste sur la discipline, le second sur l’intention et l’intériorité,,, il est donc plus souple.
Quant à moi, depuis plus de vingt ans que je pratique, j’ai pris l’habitude de dédier chaque repas aux Trois Joyaux (A l’insurpassable Maître, le précieux Bouddha à l’insurpassable guide, le précieux Dharma ; à l’insurpassable protecteur, le précieux Sangha, ceci est offert) et, surtout, à Tchenrezi (Avalokitechvara) : « Seigneur qu’aucune faute ne revêt, blanc est votre corps, le parfait Bouddha orne votre tête et vous regardez tous les êtres avec les yeux de la compassion, Tchenrezi ceci vous est offert." Et lorsque je mange de la viande, je récite le mantra Om Mani Pedmé Houng dont chacune des six syllabes purifie les renaissances dans les six mondes, visualisant l’animal sacrifié, le reconnaissant comme une ancienne mère d’une vie antérieure, et lui souhaitant une renaissance plus favorable.
De même, ai-je absolument renoncé à consommer des huîtres, qui sont vivantes. Je ne suis pas végétarien, pour les raisons exposées plus haut, parce que ma femme ne l’est pas et aussi par lâcheté. Je l’ai été durant six mois, pour accompagner une pratique spécifique qui l’exigeait. Mais je n’ai jamais pu me faire aux tofus, pilpil, riz complet et autres protéines d’origine végétale. Néanmoins, il m’arrive de pratiquer quelques nyougnés- nyénés, après la période du Nouvel An, le Losar. Cette année, il est fixé au 24 février. Cette période est propice au renouvellement à la naissance d’un nouveau cycle annuel. C’est une pratique de deux jours, renouvelable autant que l’on veut, mais un bon cycle est de huit paires de jours. Le premier, on mange, au petit matin et à midi, quelques fruits et des produits lactés, ensuite, le jeûne est total, même de boisson ; le second jour, jeûne total, même de boisson.
Le premier nyougné-nyéné est un peu difficile. Il permet de comprendre la souffrance de la faim et de la soif et de s’apercevoir, même pour quelqu’un comme moi chez qui les autres vices sont beaucoup plus développés que la gourmandise, que la langue, aussi, est en feu, comme l’a enseigné, le Bouddha. La deuxième paire de jours est plus facile et, après, il s’ensuit un sentiment de légèreté et un grand bonheur envahit l’esprit. Ce genre de bonheur n’est pas la joie du style : "On a gagné, !’ car il n’est pas lié à une cause extérieure ni à la peine ou à la défaite d’autrui, et rien ni personne ne peut nous le retirer. C’est le bonheur que je vous souhaite à tous. Bon appétit, pour les vertus et la sagesse qui mènent à l’ultime et définitive félicité !
Mars 2001

Jean-François Gantois









Buddhaline


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